Venezuela : Roger Waters critique un grand concert humanitaire pro-Guaido

Roger Waters à Mexico City le 29 novembre 2018
Roger Waters à Mexico City le 29 novembre 2018 (Liliana Ampudia Mendez / REX / Shutterstock / Sipa)

Roger Waters (Pink Floyd) a critiqué mardi le concert humanitaire prévu le 22 février en Colombie à la frontière avec le Venezuela : un show de soutien au chef de l'opposition Juan Guaido et consécutif à la crise politico-économique qui secoue ce pays, alors qu'une aide humanitaire destinée aux Vénézuéliens est bloquée à la frontière colombienne. Il interpelle Peter Gabriel, invité de ce concert.

Dans une vidéo diffusée sur Twitter, le musicien parle d'un "truc" qui "n'a rien à voir avec l'aide humanitaire".
https://twitter.com/rogerwaters/status/1097631133938913280
"Ça n'a rien à voir avec les besoins des Vénézuéliens, ça n'a rien à avoir avec la démocratie, ça n'a rien à voir avec la liberté", assure-t-il au sujet de cet événement programmé vendredi, et financé par le milliardaire britannique Richard Branson. "Cela a à voir avec le fait que Richard Branson a pris pour argent comptant ce que disent les États-Unis" sur la situation au Venezuela, ajoute le musicien dans son message.

Une vingtaine d'artistes invités par Richard Branson

Le Portoricain Luis Fonsi, interprète du tube planétaire "Despacito", le Britannique Peter Gabriel (ex-Genesis), les Espagnols Miguel Bosé et Alejandro Sanz ou la Brésilienne Anitta sont annoncés pour ce concert qui aura lieu à Cucuta, ville colombienne frontalière où est stockée de l'aide humanitaire américaine refusée par le gouvernement de Nicolas Maduro.

Au total, une vingtaine d'artistes ont été invités par le fondateur du groupe Virgin. Ce concert aura lieu la veille du jour choisi par le leader de l'opposition, Juan Guaido, reconnu président par intérim par une cinquantaine de pays, pour faire entrer l'aide humanitaire au Venezuela. Guaido n'a toutefois pas donné de détails sur la tactique qu'il compte mettre en œuvre pour forcer le blocus militaire mis en place par le gouvernement.

De son côté, le pouvoir chaviste a annoncé la tenue d'un autre concert, vendredi et samedi, côté vénézuélien.

Son appel à Peter Gabriel

Dans son message, retransmis en boucle par la télévision publique vénézuélienne, Roger Waters demande en particulier à son "ami" Peter Gabriel - artiste très engagé sur les questions des droits de l'Homme - de ne pas se "laisser mener en bateau". "Peter Gabriel, mon ami, s'il te plaît, appelle-moi, je veux parler de tout ça avec toi, parce qu'il est très facile de se laisser guider sur un chemin qui aboutit à un changement de régime."

"Souhaitons-nous vraiment que le Venezuela devienne un autre Irak, une autre Syrie, une autre Libye ?", s'interroge encore le musicien britannique, connu pour ses critiques acerbes de la diplomatie américaine.

"J'ai des amis à Caracas en ce moment, et pour l'instant, il n'y a pas de guerre civile (...) d'assassinats, ni de présumée dictature, pas de détentions massives, ni d'élimination de la presse (...) même si c'est l'histoire qu'on nous vend", affirme-t-il.

Son appel à ne pas "politiser l'aide"

Lançant un appel à la Croix-Rouge et aux Nations Unies, il a également demandé à ne pas "politiser l'aide". "Laissez au peuple vénézuélien le droit à l'autodétermination".

Selon l'Onu, plus de 2,3 millions de personnes ont quitté le Venezuela depuis 2015 en raison de la grave crise économique et une quarantaine ont été tuées depuis le début des mouvements de protestation contre le gouvernement de Nicolas Maduro, le 21 janvier. Depuis cette époque, deux présidents cohabitent au Venezuela : l'un élu, Nicolas Maduro, et l'autre autoproclamé par intérim, Juan Guaido, qui préside par ailleurs l'Assemblée nationale. Guaido a été reconnu notamment par Washington.
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