Neil Young : cinq combats d'un musicien engagé

Neil Young le 18 mai 2016 en Californie.
Neil Young le 18 mai 2016 en Californie. (RICH FURY/AP/SIPA)

Neil Young publie vendredi "Colorado", un nouvel album militant en compagnie du groupe Crazy Horse. L'occasion de rappeler les nombreux engagements du musicien canadien en faveur de l'écologie, mais pas seulement.

Colorado, le nouvel album de Neil Young en compagnie du groupe Crazy Horse, son groupe fétiche depuis 1969, est un manifeste en faveur de l'environnement et de la planète. "Nous avons entendu les avertissements / Nous les avons ignorés / Nous avons vu le climat changer / Le feu et les inondations", chante le Canadien, sur Green is Blue, cinquième titre de l'album, qui paraît vendredi 25 octobre.

Déjà, en 2015, "le père du grunge" dénonçait les ravages des pesticides et en particulier du Round Up de Monsanto dans l'album The Monsanto Years. Mais Neil Young, 73 ans, ne défend pas que l'environnement. Il n'est jamais à court de combats. La preuve en cinq coups de gueule et autant d'hymnes.


1Monsanto, les OGM et Starbucks 

Le semencier américain Monsanto est la bête noire de Neil Young. "Le pire bandit au monde", selon lui. Au point qu'il lui a consacré un disque, The Monsanto Years en 2015. Dans la chanson titre, il dénonçait l'asservissement des fermiers aux graines OGM "empoisonnées" et stériles, résistantes au pesticide Roundup que le semencier vend de l'autre main. Dans son nouvel album live Earth, Neil Young, 70 ans, invite encore à traquer les OGM dans la nourriture.

Dans cette bataille contre les OGM, il s'est aussi attaqué à Starbucks à qui il reproche d'avoir entamé aux côtés de Monsanto des poursuites en justice contre l'Etat du Vermont. Ce dernier, dans une loi votée en avril 2014 (Act 120), réclame le signalement des OGM dans toute nourriture (y compris le lait que sert Starbucks dans ses cafés) à compter du 1er juillet 2016.

Considérant ce procès comme celui du pot de terre contre le pot de fer, Neil Young invitait dès 2014 ses fans à boycotter la multinationale du café. "On a le droit de savoir ce qu'il y a dans notre café", insistait-il. L'année suivante, dans la chanson A Rock Star Bucks A Coffee Shop (album Monsanto Years) il chantait : "Oui, je veux une tasse de café mais je ne veux pas d'OGM, Je veux commencer ma journée sans aider Monsanto". Fin mai il répondait encore du tac-au-tac à un épi de maïs humain OGM  dans le Colbert Show (la vidéo vaut le détour).

2La piètre qualité sonore des MP3 

La qualité pitoyable selon lui du son des MP3 est un autre sujet récurrent de colère chez Neil Young. Il n'a pas de mots assez durs contre ce format de compression "merdique",  à l'origine du "pire son que nous ayons jamais connu". Aujourd'hui, "le beat conduit tout. La chaleur, la profondeur et les aigus ont disparu", déplorait-il déjà en 2012 dans le NME. La même année, il publiait Driftin' back (album Psychedelic Pill avec le Crazy Horse), une plainte longue de presque 30 mn contre le MP3. "Je ne veux pas de MP3 / Quand tu écoutes ma chanson maintenant / Tu n'en as que 5% / Avant tu l'avais en entier", chante-t-il.

Depuis, grâce à une campagne de financement participatif sur Kickstarter, il a sorti avec un certain succès le Pono, un appareil pour audiophiles présenté par le musicien comme "le lecteur portable avec le meilleur son du monde". Sa colère contre le MP3 ne s'est pas pour autant apaisée. Il a même décidé de ne pas vendre son album Earth sous ce format (disponible uniquement en vinyle, CD, et fichiers Pono). Pas plus tard que la semaine dernière, il disait encore préférer que le public vole les MP3 de sa musique plutôt que de les lui vendre.

3Donald Trump 

La fibre écologique de Neil Young apparaît irréconciliable avec le point de vue du républicain Donald Trump : pour le milliardaire le changement climatique est un concept bidon  inventé par les Chinois pour rendre les Etats-Unis moins compétitifs ! Or, Trump est un gros fan de Neil Young, comme il l'expliquait à Rolling Stone en 2008. Du coup, il a jugé bon d'entrer en campagne en juin 2015 au son de Rockin' in the Free World, un des hymnes universels de Neil Young.  Ce que ce dernier lui a aussitôt interdit, précisant qu'il ne laisserait aucun politicien utiliser sa musique, excepté le démocrate Bernie Sanders qu'il soutient. 

Mais Donald Trump a fait la sourde oreille un moment, continuant de faire résonner la chanson dans ses meetings. Sur Facebook, début juin, Neil Young a vu rouge et réitéré son interdiction d'utiliser sa musique au candidat républicain. En précisant qu'il "n'approuve pas la haine, le fanatisme, les injures puériles, la superficialité de la célébrité ou l'ignorance". Le musicien a accompagné ce post Facebook d'une vidéo dans laquelle il joue Rockin' in the Free World et rugit "Fuck You Donald Trump !".

 

4Le projet d'oléoduc XL Keystone et les sables bitumineux 

Depuis longtemps, Neil Young combat aux côtés des fermiers américains. Or le projet de pipeline XL Keystone, long de 3.500 km, qui acheminerait les hydrocarbures issus du sable bitumineux depuis la région canadienne de l'Alberta jusqu'à Houston au Texas (USA), sont très contestés par les fermiers situés sur le parcours, notamment au Nebraska. Les défenseurs de l'environnement y voient un risque de pollution des sols et de l'eau en cas de fuite d'hydrocarbures et une contribution au réchauffement climatique.

Neil Young est bien sûr de cet avis et monte le son en 2014 avec les manifestants des deux côtés de la frontière. Pour lui, l'oléoduc XL Keystone (actuellement au point mort, bloqué par Obama) "est un grand pas dans la mauvaise direction pour la santé de la Terre". Il se fend aussi d'un nouveau brûlot, Who's gonna stand up. "Interdisez les énergies fossiles et fixez des limites/ Avant que nous ne construisions un autre pipeline (...) Protégeons la terre de la cupidité de l'homme, faisons sauter les barrages / Dressons-nous contre l'industrie pétrolière, protégeons les plantes et renouvelons les sols / Qui va se lever et sauver la Terre ?", demande-t-il dans cet hymne écolo.
 

5George W. Bush et la guerre en Irak 

Il aurait été étonnant que le vieux hippie soit un va-t-en-guerre. Trois ans après l'invasion de l'Irak, en 2006, alors que les soldats américains revenaient au pays blessés, Neil Young sortait l'un de ses albums les plus politisés. Living with War dénonçait la politique agressive de l'administration du président américain George W. Bush et son coût humain exorbitant. Une charge culminant avec la chanson Let's Impeach The President, dans laquelle il plaidait pour une destitution pure et simple du locataire de la Maison Blanche. Un retour furibard qui a été suivi de bien d'autres. La décennie écoulée restera sans doute comme sa plus fertile en combats.
 

Neil Young & Crazy Horse publient l'album Colorado le 25 octobre 2019.

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