Les Vieilles Charrues, un festival accueillant pour les personnes en situation de handicap

Festival des Vieilles Charrues, Carhaix-Plouguer, Bretagne, juillet 2018
Festival des Vieilles Charrues, Carhaix-Plouguer, Bretagne, juillet 2018 (FRED TANNEAU / AFP)

Jérôme Tréhorel, directeur de l'événement qui se tient à Carhaix tout le week-end, plaide pour "un festival pour tous les publics".

Bien installée dans une joëlette, Elodie rayonne. Elle fait partie des 900 festivaliers en situation de handicap à assister aux Vieilles Charrues, un rendez-vous musical "ouvert à tous", qui se tient jusqu'à dimanche en Bretagne.

"Je me sens en vie ici, j'ai l'impression d'être comme tout le monde"

Dans son fauteuil à une roue manoeuvré par deux bénévoles de l'Association d'aide au développement économique et social (Addes) des Monts d'Arrée, partenaire de l'événement, elle vient de parcourir de long en large l'immense site du premier festival de France en termes de fréquentation.

"La musique", répond simplement sans se départir de son large sourire, un peu de travers, la jeune femme de 32 ans polyhandicapée, interrogée pour savoir ce qu'elle apprécie le plus. "Elle connait tout le répertoire français!", assure à ses côtés Marion Pinton, éducatrice de 27 ans, soulignant la "facilité d'accès" du site pour les personnes comme elle.

Sur une plate-forme située au pied de l'espace réservé aux VIP, à droite de la grande scène Glenmor, Serge L'Hermitte abonde: "Je n'ai rencontré aucun problème pour venir ici. C'est tout juste génial!" se réjouit cet homme de 47 ans, installé dans un fauteuil électrique dernier cri. Zazie, Vald, Booba... cet habitant du sud-Finistère a enchaîné les concerts entouré de bénévoles aux petits soins, proposant boissons à volonté, couvre-chefs en journée ou couvertures à la nuit tombée.

"Je me sens en vie ici, j'ai l'impression d'être comme tout le monde et puis je ne reste pas enfermé chez moi comme un imbécile", assure, la voix légèrement saccadée, cet homme touché par une sclérose en plaques progressive depuis 2009 et venu aux Vieilles Charrues grâce à l'Association des paralysés de France (APF).

Un dispositif adapté

Les quatre scènes du festival disposent d'espaces réservés aux personnes en situation de handicap, afin de faciliter la visibilité des concerts. Les véhicules médicalisés peuvent se garer à quelques mètres seulement de ces plate-formes, où des réfrigérateurs conservent les médicaments et des tentes permettent de s'isoler pour se changer ou recevoir des soins.

"Nous faisons en sorte d'avoir les meilleures conditions possibles d'accueil"Jérôme Tréhoreldirecteur des Vieilles Charrues

Des entrées, un parking et un espace au sein de l'immense camping du site leur est en outre réservé. Au total, 100 bénévoles, dont des professionnels de l'accompagnement social, prennent en charge et accompagnent les quelque 900 personnes en situation de handicap attendues sur le site entre jeudi et dimanche.

Le handicap moteur n'est pas le seul à être pris en compte. Ainsi, quatre boucles magnétiques installées sur les quatre espaces scéniques permettent aux malentendants de profiter des concerts. Un livret d'accueil en braille est fourni aux personnes aveugles ou malvoyantes.

Encore des progrès à faire

"C'est pas mal ici par rapport à d'autres festivals", estime Serge Mousset, 33 ans. Assis dans un fauteuil roulant classique, il regrette cependant la difficulté à se déplacer au sein du site, une vaste prairie, notamment lorsqu'il pleut, comme vendredi lors des concerts de Jane Birkin et Aya Nakamura devant une foule en cirés colorés.

"C'est difficile d'avancer avec mon fauteuil sur l'herbe ou sur la terre", indique ce dessinateur de maisons en bois venu avec un ami de Pornic (Loire-Atlantique). "Seul je n'aurais pas pu venir", assure-t-il, regrettant aussi la hauteur des comptoirs des stands de restauration. "Je peux rester longtemps sous le comptoir, on ne me voit pas". Pour des questions de sécurité, selon les organisateurs, seuls deux comptoirs sont adaptés aux personnes en fauteuil.

De son côté, l'association bretonne "Main Forte" regrette que les accompagnants soient contraints de payer leur billet. "Le festival des Vieilles Charrues est l'un des seuls en Bretagne à ne pas proposer la gratuité aux accompagnants", selon son président, Gérard Briant, estimant que cela représente "un véritable frein" pour les personnes en situation de handicap.

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