"A Rock en Seine, on gagne environ 80 euros chacun" : Nathan Roche, chanteur du groupe de rock Le Villejuif Underground, parle cash

Le groupe Villejuif Underground, avec Nathan Roche (troisième depuis la gauche).
Le groupe Villejuif Underground, avec Nathan Roche (troisième depuis la gauche). (BORN BAD RECORDS)

Sorte d'ovni poétique, le jeune chanteur australien Nathan Roche est un hyperactif touche-à-tout qui n'a pas la langue dans sa poche. Il est à Rock en Seine ce dimanche avec son groupe Le Villejuif Underground.

Avec Nathan Roche, les interviews, c'est obligatoirement autour d'une bière dans un bar. Ce grand blond au visage famélique et à l'air jovial parle le français avec un accent australien à couper au couteau. Arrivé il y a cinq ans en France, il co-fonde en 2016 le groupe de rock Villejuif Underground avec trois Français.

Auteur en 2016 d'un premier album de garage rock foutraque et lo-fi, le quatuor est tout de suite bien accueilli pour son côté iconoclaste et son humour grinçant. Signé entre temps en France chez Born Bad Records, l'écurie rock'n'roll par excellence, il a sorti au printemps un second album au titre drôlatique, When Will The Flies In Deauville Drop ? (Quand les mouches - ou les braguettes - de Deauville tomberont-elles ?)

Désormais établi à Marseille, le chanteur/poète/écrivain australien est de passage à Paris pour un problème de passeport, énième épisode de son long combat avec l'administration française pour rester sur le territoire, bataille au long cours qu'il raconte dans le morceau Villejuif Underground. Il est, avec son trio déjanté, à Rock en Seine, dimanche 25 août.

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Franceinfo Culture : Qui êtes-vous ?

Nathan Roche : Je m’appelle Nathan, je chante dans le grand bordel rock’n’rollesque qu’est le Villejuif Underground. Je suis Australien mais j’habite en France.

Et que faites-vous en France, si loin de votre Australie natale ?

La vie en Australie était… trop simple, trop facile. Je me levais à pas d’heure et j’allais tous les jours à la plage en vélo, vivant d’allocations. J’avais besoin de m’épanouir et de faire travailler mon cerveau, et j’ai d’abord déménagé à Sydney. Le fait de changer de ville, de rencontrer de nouvelles personnes, a commencé à me manquer, et j’ai décidé de le refaire mais dans un autre pays, avec une nouvelle langue. 

Pourquoi la France en particulier?

J’y avais fait une tournée avec un groupe australien dans lequel je chantais, puis j’y ai rencontré des gens… En fait, j’allais déménager à Barcelone, puis j’ai décidé de rester en France, c’était moins cher [rires]

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De quoi parlez-vous dans vos chansons ?

Toutes les chansons sont différentes les unes des autres. Mais si je devais résumer le délire général, je dirais que c’est de l’humour d’observation. On parle du train-train quotidien avec humour, sur toutes sortes de sujets. Backpackers parle… bah des backpackers, ceux qui voyagent en sac à dos, John Forbes parle d’un poète de ma petite ville en Australie, je lui invente une vie. On parle de tout et n’importe quoi, et en soi, tu peux faire des chansons sur tout ce que tu veux. 

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Comment va Le Villejuif Underground en ce moment ?

Plus ou moins bien… Le guitariste a de gros problèmes d’oreille, donc on a dû annuler quelques tournées. Et je ne crois pas qu’on s’en soit vraiment remis. Maintenant, on ne se retrouve pour jouer qu’une seule fois par mois en moyenne, donc ce n'est pas la grosse ambiance. 

Donc Le Villejuif Underground, c’est fini ?

Non, ça continue, et ça va continuer, mais beaucoup plus lentement. Un projet en particulier ? On a des chansons en rab’. Moi je voulais faire un nouveau 45 tours chez Born Bad Records, mais maintenant c’est compliqué, j’habite à Marseille, les autres membres du groupe sont un peu partout en France… C’est un peu la galère, on va dire. En soi, j’aime beaucoup jouer en concert avec eux, mais on a de moins en moins de dates.

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Rock en Seine, ce n’est pas une première pour vous…

Non, on avait déjà fait la scène Île-de-France en 2017, la plus petite, celle réservée aux débutants [rires]. 

Qu’est-ce que ça fait de jouer sur une plus grande scène cette année à Rock en Seine ?

Alors c’est ça le problème : avec le Villejuif Underground, que l’on joue dans un bar devant cinq personnes ou à Rock en Seine devant 5 000, on gagne environ 80 euros chacun. C’est comme ça depuis longtemps…

80 euros pour Rock en Seine ?

Oui. Quand on a fait la Route du rock, c’était pareil. Donc pour nous ça ne change pas grand chose, au final on repart avec le même pécule minable. Si tu joues dans une salle vide, joue comme si elle était pleine, et si tu joues dans une salle pleine à craquer, joue comme si elle était vide. C’est comme ça qu’il faut voir ça.

Donc que préférez-vous, les grandes scènes ou les petits bars ?

Il faut faire les deux. Les grosses scènes, ce n’est pas humain, ce n’est pas réel, il y a trop de gens pour avoir des interactions. Perso je préfère les petites scènes où il y a plus de contact. En Australie je jouais devant des petites foules, et je connaissais tout le monde donc c’était sympa. Les petits groupes australiens qui viennent jouer en Europe ont tous l’air impressionnés, parce qu’ils sont habitués à jouer pour des amis. En tout cas, je suis content d’aller à Rock en Seine, je suis sûr que la bouffe n’y est pas mauvaise. 

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Vous avez beaucoup voyagé pour les concerts, et notamment en Chine, quelle est votre tournée de rêve ?

J’ai très envie d’aller en Russie. J’ai fait une bonne partie de l’Europe de l’Est, Macédoine, Bulgarie, etc. Sinon j'aimerai aller dans un endroit tropical comme l’Asie du sud-est. La musique, c’est juste un prétexte pour voyager ! C’est un super moyen de connaître des villes et des endroits, ça attire toutes sortes de gens bizarres et intéressants. Mais c’est compliqué avec le Villejuif Underground, les gars aiment utiliser des amplis qui pèsent des tonnes, et seul l'un d’entre nous sait conduire, donc grosse galère pour les déplacements. Avec CIA Débutante, l’autre projet auquel je participe, on part toujours en bus, vu que le matériel électronique est vachement plus léger.

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Avant Le Villejuif Underground, vous avez eu plusieurs expériences en solitaire, notamment en tant qu’écrivain...

Oui j’ai écrit quinze romans et sept recueils de poésie. Je les ai tous imprimés moi-même et vendus dans des librairies en Australie et en Europe, ou dans des concerts. Ecrire, c’est ce que je préfère, mais personnellement je n’arrive pas à gagner ma vie avec. Donc je fais de la musique pour essayer de payer les factures, ce que je n’arrive pas à faire pour le moment, et pour rencontrer des gens, ce qui est plus difficile à faire en écrivant. Ecrire des romans, c’est très solitaire !

Que chantez-vous sous la douche en ce moment ?

John Fahey, un guitariste américain. C'est très instrumental mais j’essaye de chanter ses mélodies qui sont assez compliquées. Sinon, Ivor Cutler, un Anglais complètement excentrique avec des chansons très parlées mais très belles. David Bowie aussi, bien sûr… Je ne prends pas beaucoup de douches en ce moment [rires].

Regardez le replay du concert complet du Villejuif Underground à Rock en Seine le dimanche 25 août sur la scène des 4 vents.  

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