Bruce Springsteen raconte avoir combattu la dépression une partie de sa vie

Bruce Springsteen le 5 novembre 2018 à New York.
Bruce Springsteen le 5 novembre 2018 à New York. (Debra L Rothenberg/REX/Shutterstock/Sipa)

Alors qu'il achève ces jours-ci une résidence à Broadway, Bruce Springsteen, 69 ans, raconte dans une interview fleuve poignante au magazine américain Esquire, avoir lutté une partie de son existence contre la dépression. Le "Boss", qui considère que ses trente ans d'analyse lui ont sauvé la vie, a surtout souffert du manque de considération et d'amour de son père, son "héros et pire ennemi".

Sa première dépression est survenue durant la réalisation de l'album "Nebraska", en 1982, alors qu'il était âgé de 32 ans, se souvient Bruce Springsteen dans cette longue interview à "Esquire".

Pour quelle raison ? Il l'ignore. "Tout ce que je sais c'est qu'en veillissant, le poids de tout notre bagage non réglé devient lourd... de plus en plus lourd. A un moment, les défenses que j'avais construites pour supporter le stress de mon enfance, pour sauver ce qu'il restait de moi, se sont mises à outrepasser leur utilité et je me suis mis à abuser de leurs pouvoirs. Je me suis reposé sur elles (mes défenses) pour m'isoler à tort, pour enfermer mon aliénation, me coupant de la vie, contrôlant les autres, contenant mes émotions jusqu'à un degré dommageable. A ce moment-là, l'addition frappait à la porte et j'allais devoir en payer le prix en larmes."

"Springsteen on Broadway" : trailer du doc sur Netflix

L'absence d'amour d'un père

Cette dépression, qu'il évoquait déjà dans son autobiographie "Born to Run", l'a mené tout droit sur le divan d'un psy. Ses failles psychologiques, il n'en fait pas mystère, remontent précisément à l'enfance. Son père l'a toujours méprisé pour son caractère, hérité de sa mère, plein de compassion et d'attention pour autrui. Des qualités que cet ouvrier taiseux, lui-même dépressif comme Springsteen le réalisa plus tard, considérait comme des défauts pour un garçon. Son fils, qui ne rêvait que d'un peu d'attention, a mis une vie entière à surmonter ce mépris et ce manque d'amour.

Le père de Springsteen régnait sur le foyer, et en particulier sur la pièce centrale qu'était la cuisine, comme une menace silencieuse toujours prête à exploser. "La force qui régnait dans la cuisine était intimidante", raconte le Boss dans "Esquire". "Mais il fallait faire avec. C'était une pièce sombre et silencieuse. L'air y était épais. Si épais. C'était comme de nager dans de la mélasse noire. Il fallait y entrer et en sortir sans déranger ni attirer l'attention." 

Au bord de la maladie mentale

"Enfant, et durant mon adolescence, je me sentais comme un récipient vide", confie encore le musicien à "Esquire". "Et ce n'est que lorsque j'ai commencé à le remplir avec la musique que j'ai commencé à ressentir ma puissance personnelle et mon impact sur mes amis et sur le petit monde dans lequel j'évoluais", se souvient-il. 

Depuis sa première dépression, le Boss confesse s'être retrouvé souvent au bord de l'abîme, au bord de la maladie mentale. Il en reconnaît désormais les signes avant-coureurs. Mais il dit prendre encore aujourd'hui "une variété de médicaments" qui lui assurent "un certain équilibre". C'est Patti Scialfa, son épouse depuis 27 ans, qui l'a, dit-il, "sauvé".

"Springsteen on Broadway" : l'album et la série débarquent ce week-end

Bruce Springsteen achève samedi 15 décembre plus d'un an de résidence intimiste au Walter Kerr Theater de Broadway. Seul sur une estrade en bois, avec sa guitare, son harmonica et un piano, le Boss s'est raconté soir après soir en musique durant 236 shows.

Un doc sur Netflix et un album baptisés tout deux "Springsteen on Broadway" témoignent de ces performances, qui mêlent récit à la première personne et florilège de ses classiques - notamment "My father's house", "Thunder Road", "My Hometown", "Born to run", "Land of Hope and Dreams" et "The Ghost of Tom Joad". L'album sort vendredi 14 décembre et la série est attendue sur Netflix à partir du 16 décembre. 
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