"Rock en Seine aborde une petite mutation" : l'un des programmateurs nous décrypte cette 17e édition

Thomas Langlois à gauche, avec les autres programmateurs de Rock en Seine 2018 et 2019  Marion Gabbai, Ruddy Aboab, Arnaud Meersseman et Pascal Stirn.
Thomas Langlois à gauche, avec les autres programmateurs de Rock en Seine 2018 et 2019  Marion Gabbai, Ruddy Aboab, Arnaud Meersseman et Pascal Stirn. (CHRISTOPHE CRENE / ROCK EN SEINE)

Le festival Rock en Seine débute vendredi 23 août pour trois jours de musique. Comment s'est construit cette 17e édition ? Avec quels désirs et quelles contraintes ? Un programmateur nous répond.

Le festival parisien qui clôt la saison mise cette année sur des exclus alléchantes (The Cure, Jorja Smith, Major Lazer, Aphex Twin...) et tente de garder ses bases tout en s'adaptant aux jeunes oreilles. Explications avec le co-programmateur de Rock en Seine Thierry Langlois.

Comment avez-vous imaginé la programmation de cette 17e édition de Rock en Seine ?

Thierry Langlois : Dans un premier temps nous avons surtout cherché des exclusivités. D’où The Cure en concert unique en France cette année. Major Lazer également, mais aussi Jorja Smith dont ce sera la seule prestation dans un festival français cet été. On est vraiment très contents d'avoir tous ces noms ainsi que le légendaire Aphex Twin, qui n’a pas joué à Paris depuis super longtemps. Nous aurons aussi l’avant-première des Royal Blood qui sortiront leur album à l’automne. Tout ça a amorcé la programmation de cette édition qu'on a voulue alléchante, un peu différente.

L’an dernier vous aviez tenté un pari audacieux : programmer un groupe de rap en tête d’affiche en ouverture, et pas n’importe lequel puisque c’était PNL. Un choix très critiqué notamment de la part des tenants du rock à guitares. Comment avez-vous vécu tout cela et quelles leçons en avez-vous tiré ?
Je ne vais pas dire qu’on l’a bien vécu mais disons qu’on s’y attendait. Pourtant, il n'y avait pas que du rap l'an dernier, nous n’avions pas laissé tomber le rock ! La difficulté aujourd’hui c'est qu’il faut tenir compte du changement de public du festival, avec l'arrivée de nouvelles générations dont les goûts ne sont pas forcément les mêmes que ceux de leurs aînés. Le monde change donc nous évoluons tout en essayant de garder les bases, c'est compliqué. Les Rock en Seine du passé sont aujourd’hui très difficiles à remettre en place. Déjà parce que ces artistes sont aujourd’hui inaccessibles pour nous en terme de cachets. Ils font eux-mêmes leurs tournées des stades et se nichent pour beaucoup dans des évènements ciblés rock métal. Mais c’est un mal pour un bien. Cela nous demande de faire des efforts, de sortir du lot. Rock en Seine aborde une petite mutation, ça prend du temps, le festival programme du rap depuis longtemps, certains acceptent d’autres non, et puis petit à petit on va retrouver la place qu’avait Rock en Seine dans le paysage des festivals et des festivals parisiens en particulier. Il faut comprendre que le Rock en Seine de 2019 ne peut pas être le Rock en Seine d’il y a quelques années avec tout ce qui se passe autour de lui à Paris.

Programmer The Cure en ouverture et en exclu c’était aussi une façon de redresser la barre rock, de caresser les amateurs de guitares dans le sens du poil ?
Oui c’était un peu ça mais la programmation reste équilibrée. Nous devons prendre en compte les cachets et la disponibilité des artistes. En fait, on construit une affiche avec ce qu’on veut mais aussi avec ce qu’on peut. On envisage beaucoup d'artistes qu'on n'a pas en définitive. Il faut savoir qu’on fait quatre ou cinq fois plus de propositions que d’artistes programmés. Mais avec The Cure ça s'est fait facilement parce que leur choix était fait. Le deal était en cours depuis très longtemps, il fallait juste confirmer définitivement au vu des dates de leur tournée globale.

A quoi peut-on s’attendre au concert de The Cure ? Un set consacré à leur album chef-d'œuvre Disintegration qui fête ses 30 ans ?
Je sais juste qu'ils vont jouer un set d’au moins deux heures et demie, c’est à dire beaucoup plus que l’album Disintegration...

Thierry Langlois, l\'un des cinq programmateurs du festival Rock en Seine 2019.
Thierry Langlois, l'un des cinq programmateurs du festival Rock en Seine 2019. (CHRISTOPHE CRENEL / ROCK EN SEINE)

Rock en Seine tient sa 17e édition dans un contexte de concurrence exarcerbée. Où se manifeste le plus pour vous cette concurrence ?
Le marché s’est globalisé, nous ne sommes pas qu’en concurrence avec les festivals français ou les festivals parisiens, nous sommes aussi en concurrence avec les festivals dans le monde entier. Cette rivalité apporte deux problèmes : d’un côté un souci financier avec la hausse du montant des cachets et de l’autre un souci de disponibilité des artistes, qui ont des plannings très chargés.

Vous n’essayez pas de vous organiser entre festivals de même tendance ?
C’est compliqué de créer des alliances, même si on se parle. Le même week-end que Rock en Seine il y a Cabaret Vert à Charleville-Mézières mais aussi l'énorme festival de Reading en Angleterre donc certains artistes ne peuvent pas tout faire non plus. Cabaret Vert n'étant pas très loin de Paris, on a plutôt tendance à essayer de se distinguer. Une critique qui revient souvent vis-à-vis des festivals c’est "au final ce sont les mêmes artistes qui jouent partout". Donc est-ce que c’est pertinent de créer des alliances entre festivals ? Je ne sais pas.

Quand on regarde de près la programmation cette année, il y a de très belles têtes d’affiche, qui plus est exclusives, mais en dessous il n’y a quasiment que des nouvelles têtes, et très peu d’artistes de notoriété intermédiaire. Est-ce que c’est comme cela qu’on équilibre un festival de votre envergure en 2019 ?
L’aspect financier joue beaucoup, c'est vrai. On mise sur de jeunes groupes qui peuvent se faire un nom entre le moment où on les programme et le moment où ils sont sur scène, on mise aussi sur la diversité des styles. Et on veille énormément à la présence féminine sur scène, aujourd’hui encore plus qu'avant. Au moment des arbitrages ça dirige nos choix. Et puis il y a l’esprit de fête, un festival c’est aussi une fête. Il faut prendre conscience qu’on n’accumule pas juste des noms par plaisir, c’est une programmation réfléchie, nous écoutons les groupes, nous allons les voir en concert : on propose des choses en connaissance de cause.

Quels sont les groupes que vous attendez personnellement avec le plus d’impatience cette année ?
Tout est à voir, tout est bien, mais j'attends beaucoup de Céleste, une nouvelle artiste soul funk à découvrir sur scène. Je recommande Kompromat, le duo hyper singulier entre Vitalic et Rebecca Warrior, à la fois très électro et très punk, très années 80. C’est un concert à ne pas louper parce que l’album est sorti en début d’année et que pour le moment ils n'ont fait qu'une seule date à Paris. J'attends aussi Girl in Red, une jeune danoise, et puis Bagarre que j’adore, un groupe dans la tradition indé-alternative française qui rappelle toute la scène Berurier noir mais version 2019. Enfin, j'invite à aller applaudir avant tout le monde deux sensations anglaises qui explosent actuellement outre-Manche : Mahalia, une jeune chanteuse soul un peu plus uptempo que Jorja Smith qui sortira son album début septembre, et Sam Fender, la relève de la pop anglaise traditionnelle, qui va jouer quasiment pour la première fois à Paris et dont le premier album très attendu en Angleterre sortira cet automne.

Rock en Seine 2019 se déroule du vendredi 23 août au dimanche 25 août sur la pelouse de Saint-Cloud. Voir toute la programmation. 
Culturebox via france.tv proposera de nombreux concerts à suivre en direct live.

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