Les amateurs de rap mauvais en orthographe ? Quand BFMTV cite (avec approximation) une étude qui n'a rien de scientifique

Tweet vidéo du reportage de BFM TV, le 4 décembre 2019, sur la cinquième édition du Baromètre Voltaire.
Tweet vidéo du reportage de BFM TV, le 4 décembre 2019, sur la cinquième édition du Baromètre Voltaire. (CAPTURE ECRAN TWITTER)

La chaîne d'information en continu a réalisé un reportage en se basant sur un baromètre dont les méthodologies peuvent être remises en question et dont le coordinateur de l'étude se désolidarise.

Les fans de rap seraient-ils mauvais en orthographe ? Le reportage réalisé par BFMTV, mercredi 4 décembre, donne en tout cas ce sentiment. La chaîne d'information en continu s'appuie sur la cinquième édition du baromètre Voltaire, réalisée par le Projet Voltaire. BFMTV n'est pas le seul média à avoir repris les travaux de cette entreprise vendant des cours d'orthographe en ligne. Ouest-France, L'Express, Le Figaro ou encore Le Parisien qui se vantait d'avoir l'exclusivité, ont rapporté les fruits de cette étude. L'inconvénient est qu'elle n'est pas scientifique. La Cellule vrai du faux de franceinfo vous explique.

Une étude réalisée sur des abonnés

Pour cette édition du baromètre lancé en 2015, Projet Voltaire a mis l'accent sur les 15-25 ans. L'entreprise a comptabilisé 4 976 répondants entre avril et novembre 2019. "Ce sont des utilisateurs [de Projet Voltaire] très, très majoritairement qui le sont par le biais de leur école, collège, lycée ou études supérieures", explique Pascal Hostachy, cofondateur du Projet Voltaire.

Dans cette étude, aucune disposition n'a été prise pour s'assurer que l’échantillon de personnes testées soit représentatif de la population française. Pourtant, le Projet Voltaire présente son baromètre comme "Les Français et l'orthographe". "On ne peut donc pas en tirer des enseignements généraux", explique-t-on à l'Institut national d'études démographiques (Ined), spécialisé dans les études de population.

Introduction de la première partie du Baromètre Voltaire (page 4), publié le 4 décembre 2019.
Introduction de la première partie du Baromètre Voltaire (page 4), publié le 4 décembre 2019. (CAPTURE ECRAN BAROMETRE VOLTAIRE)

Pascal Hostachy avance le fait que les répondants " [lui] semble représentatifs", car ils sont issus de milieux "aussi bien urbains que ruraux". Le cofondateur de Projet Voltaire explique également que la population testée n'est pas uniquement composée d'élèves en difficulté. Pourtant, dans le même temps, il admet que : "On peut nous objecter qu'il y a un biais là-dessus, parce que effectivement, on n'a pas fait de redressement sur la catégorie sociale des personnes interrogées."

"Fantasmes"

Des limites apparaissent également dans l'étude concernant le rapport des choix musicaux avec l'orthographe. Le Projet Voltaire a donné à ses utilisateurs la possibilité d'indiquer plusieurs réponses. Un répondant peut donc se retrouver dans plusieurs catégories indifféremment allant de la meilleure à la plus mauvaise. "Dans ce cas de figure, il aurait fallu définir un profil type", explique l'Ined. Mais, là encore, rien n'a été fait par les auteurs du baromètre. Il est donc compliqué d'affirmer, comme cela a été le cas dans le reportage de BFMTV, que les Français qui écoutent du rap sont moins bons en orthographe que ceux qui écoutent de la musique indie.

Nous sommes outrés par le traitement qui a été fait par BFM.Pascal Hostachy
cofondateur de Projet Voltaire
à franceinfo

Le reportage de la chaîne d'information en continu ne s'est pas seulement attiré les foudres du rappeur marseillais Jul. Pascal Hostachy n'est "pas solidaire du tout" alors qu'il a été interrogé dans ce reportage. Il "pense que le journaliste s'est laissé aller à ses propres fantasmes". L'autre inconvénient, comme l'explique l'Ined, est que le contexte de l'étude n'est pas restitué. L'institut parle même de "malhonnêteté intellectuelle".

Dans le papier web de BFMTV, qui prolonge le reportage diffusé sur la chaîne, il est indiqué "selon l'enquête", que les utilisateurs de WhatsApp "sont des amoureux de la langue française". Il s'agit là d'une erreur, car le baromètre Voltaire n'a pas testé les répondants en ciblant la messagerie WhatsApp, mais les réseaux sociaux. L'étude explique seulement que la chercheuse néerlandaise Lieke Verheijen, dans une thèse parue en 2019, "a constaté par exemple que l'utilisation active de WhatsApp avait une influence directe et positive sur l'orthographe dans les travaux scolaires écrits : les adolescents faisaient moins de fautes d'orthographe."

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