Nile Rodgers et cent autres auteurs signent une lettre ouverte contre Spotify

Nile Rodgers (du groupe Chic), guitariste, compositeur et producteur, assiste aux 39e Brit Awards à Londres le 20 février 2019.
Nile Rodgers (du groupe Chic), guitariste, compositeur et producteur, assiste aux 39e Brit Awards à Londres le 20 février 2019. (Richard Young/ SIPA)

"Vous nous avez utilisés" : c'est ce qu'estiment une centaine de musiciens dans une lettre ouverte à Spotify. Après la décision prise par le Copyright Royalty Board d'augmenter les royalties à verser aux artistes aux Etats-Unis, le mastodonte du streaming musical a décidé de faire appel contre ces nouvelles règles, main dans la main avec Google, Amazon et Pandora.

En janvier 2018, le Copyright Royalty Board américain a décidé d'augmenter mécaniquement les royalties de 10,5% à 15,1% durant les cinq prochaines années. La National Music Publishers Association (NMPA) s'en était félicitée, calculant que l'augmentation de la rémunération serait de 43,8 % pour les auteurs.

Mais lorsque cette décision a été entérinée en février 2019, le géant du streaming musical Spotify a décidé de se battre en compagnie de Google, Amazon et Pandora (Apple n'y est pas) pour que ces règles ne soient pas appliquées.

La déception des signataires de la tribune

"Nous sommes blessés et déçus", écrivent les signataires, parmi lesquels le guitariste et producteur Nile Rodgers (Chic), Babyface, Bibi Bourelly, Greg Kurstin et d'autres compositeurs moins connus de ce côté-ci de l'Atlantique. Tous les signataires de cette tribune publiée dans le Billboard ont en effet été honorés par Spotify lors de ses prix annuels "Secret Genius", censés récompenser les figures de l'ombre de l'industrie musicale.

Si la tribune s'adresse au patron de Spotify Daniel Ek c'est parce que, dit-elle de lui, "vous nous avez laissé penser (avec ces fameux prix Secret Genius) que nous travaillions ensemble à construire une industrie musicale moderne", expliquent les signataires. "En réalité vous nous avez utilisés et cherchez à nous diviser mais nous restons unis", écrivent-ils.

"Nous nous battons pour tous les songwriters", écrivent-ils encore. "Ceux qui cherchent à construire une carrière, ceux de la classe moyenne et le peu qui ont accédé à votre niveau de "Secret Genius". Mais aucun d'entre nous n'est 'secret' ! Nous créons tous ce TRUC que vous vendez... des chansons."

Des rémunérations dérisoires qui ne permettent pas de vivre

Dans un article intitulé "Chanter, c'est ramer" publié dans Télérama cette semaine, l'hebdomadaire revient sur les bouleversements induits par le streaming et les nouveaux modes de consommation qui ont pour conséquence directe d'assécher les droits d'auteur.

"Pour un titre consommé un millier de fois en streaming gratuit, un artiste touche 1 euro s'il a un très bon contrat", rappelle le journal. Une étude de l'Adami citée dans l'article indique que "pour qu'un auteur compositeur gagne 100 euros, il faut que la chanson soit écoutée 250.000 fois en streaming payant ou un million de fois en streaming gratuit." Il en faut donc beaucoup pour remplir un frigo...

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