Scala de Milan : polémique autour d'un possible financement par les Saoudiens

Des carabiniers à cheval devant la façade de la Scala de Milan (ici en 2006).
Des carabiniers à cheval devant la façade de la Scala de Milan (ici en 2006). (FILIPPO MONTEFORTE / AFP)

La Scala de Milan est bien plus qu'une scène lyrique, par ailleurs l'une des plus prestigieuses au monde. C'est une institution en Italie, une référence identitaire. Alors, un possible financement à hauteur de 15 millions d'euros du théâtre avec des fonds saoudiens, et l'entrée du ministre saoudien de la Culture à son conseil d'administration, a déclenché une polémique en Italie.

Dans un entretien le 5 mars au quotidien La Repubblica, le directeur de La Scala, Alexander Pereira, a confirmé que le théâtre négociait un tel financement avec Ryad. 

Un "partenariat"

L'objectif est de construire "un partenariat d'au moins cinq ans", à hauteur de "3 millions d'euros chaque année", comme demandé aux actionnaires historiques de la Scala, a-t-il précisé. Alexander Pereira a expliqué que les négociations avaient "commencé après des contacts avec le gouvernement saoudien et le (géant pétrolier saoudien) Aramco, suggérés par des hommes proches du président de la Région (Lombardie), Attilio Fontana", membre de la Ligue (extrême droite) du ministre de l'Intérieur Matteo Salvini.

Puis le 7 décembre, à l'occasion de la soirée inaugurale de la nouvelle saison de la Scala, a été organisée une rencontre entre le ministre italien de la Culture, Alberto Bonisoli et son homologue saoudien, Bader ben Abdallah. Les contacts se sont ensuite poursuivis.

"Une gifle au Milan des droits de l'Homme"

L'eurodéputé du Parti démocrate (PD), Antonio Panzeri, a estimé que "l'hypothèse d'une entrée des Saoudiens dans la Scala était une gifle au Milan des droits de l'Homme". "Je comprends la nécessité d'obtenir des fonds, mais nous ne pouvons absolument pas permettre qu'un des symboles les plus prestigieux de Milan collabore avec qui dans son propre pays piétine tous les jours les droits et la liberté", a-t-il plaidé.

Cette annonce survient quelques mois après l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi commis dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul par un commando venu de Ryad, qui a marqué les esprits en Europe. Un député du parti de Silvio Berlusconi Forza Italia, Maurizio Gasparri, a souligné pour sa part que le "gouvernement (avait) le devoir de défendre l'histoire et l'identité de La Scala", demandant à Alberto Bonisoli de clarifier la position du gouvernement.

Echos de l'affaire Khashoggi

Alexander Pereira a souligné de son côté "avoir suivi avec effroi le cas Khashoggi": "Je sais très bien quel régime despotique est le régime saoudien, mais au-delà de la froideur comptable (...), je suis convaincu de la force 'positive' de la musique et de l'obligation morale des administrateurs d'en favoriser la connaissance".

"Le prince Bader est très décidé: il pourrait financer la Scala de manière privée ou réorienter sa proposition ailleurs. En France, ils n'attendent rien d'autre", a-t-il averti. Le théâtre de la Scala de Milan, inauguré en 1778, est l'une des salles d'opéra les plus légendaires au monde.
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