"Habiller l'Opéra", quand les costumes racontent deux siècles d'Opéra de Paris

\"Habiller l\'Opéra\", un parcours chronologique au coeur de deux siècles de création.
"Habiller l'Opéra", un parcours chronologique au coeur de deux siècles de création. (J-M. Teissonnier)

A l'occasion du 350e anniversaire de l'Opéra de Paris, le Centre national ducostume de scène de Moulins expose plus de 150 costumes qui racontent l'évolution des choix esthétiques, de l'ouverture du Palais Garnier à nos jours.

"Habiller l'Opéra", c'est le nom de cette exposition proposée jusqu'au 3 novembre au Centre national du costume de scène et de la scénographie de Moulins (CNCS) dans l'Allier. Une belle façon de fêter les 350 ans de l'Opéra de Paris à travers un parcours chronologique réparti en 13 salles et ponctué par plus de 150 costumes tous plus beaux les uns que les autres.

Un vaste panorama qui permet de retrouver les grands succès du répertoire, de l’ouverture du Palais Garnier en 1875 jusqu’aux productions actuelles de l’Opéra Bastille. Les visiteurs découvrent cette histoire à travers une scénographie, ludique et immersive, signée Alain Batifoulier et Simon de Tovar.

L'excellence des ateliers

Ce qui saute aux yeux, c'est d'abord la formidable créativité des costumières et costumiers de l'opéra, le savoir-faire des ateliers de couture qui ont su donner corps à leur imagination. Des ateliers dont "la réputation d'excellence ne s'est jamais, jamais, jamais démentie" souligne avec ferveur Martine Kahane, co-commissaire de l'exposition.

Qu'on soit amateur ou pas d'opéra, difficile de ne pas s'extasier devant la beauté des étoffes et des parures. Et même si l'on ne connaît pas les grandes oeuvres, on perçoit l'évolution des choix esthétiques, qui se font parfois en parallèle avec les impulsions données par les directeurs successifs (Jacques Rouché, Rolf Liebermann, Hugues Gall, Gérard Mortier..)

Charles Bianchini, costume pour \"Othello\", opéra de Giuseppe Verdi, mis en scène par Alexandre Lapissida. Opéra national de Paris, Palais Garnier, 1894.
Charles Bianchini, costume pour "Othello", opéra de Giuseppe Verdi, mis en scène par Alexandre Lapissida. Opéra national de Paris, Palais Garnier, 1894. (NCS / Florent Giffard)

La "patte" Serge Lifar

Jacques Rouché, directeur de 1914 à 1944, imposera l’unité stylistique et mettra fin au monopole des décorateurs et du costumier en titre. La fin de cette règle favorise l’arrivée d’équipes de créateurs différentes pour chaque production, tenant compte ainsi de l’esprit de l’œuvre.

Son allié le plus précieux est Serge Lifar, héritier des Ballets Russes qui fait appel à des peintres pour dessiner les costumes de ses chorégraphies.

Yves Brayer, costume pour Un Triton dans \"Nauteos\", ballet de Jeanne Leleu, chorégraphie de Serge Lifar. Opéra national de Paris, Palais Garnier, 1954.
Yves Brayer, costume pour Un Triton dans "Nauteos", ballet de Jeanne Leleu, chorégraphie de Serge Lifar. Opéra national de Paris, Palais Garnier, 1954. (CNCS / Florent Giffard)

Le faste des années 50

Dans les années 1950, les artistes de l’École de Paris habilleront Les Indes Galantes, Obéron et La Flûte enchantée, spectacles restés symboliques du faste et de la perfection du travail scénique.

Georges Wakhévitch, costume pour Phani dans \"Les Indes galantes\", opéra-ballet de Jean-Philippe Rameau, mis en scène par Maurice Lehmann. Opéra national de Paris, Palais Garnier, 1952. Costume porté par Berthe Monmart pour la reprise de 1953.
Georges Wakhévitch, costume pour Phani dans "Les Indes galantes", opéra-ballet de Jean-Philippe Rameau, mis en scène par Maurice Lehmann. Opéra national de Paris, Palais Garnier, 1952. Costume porté par Berthe Monmart pour la reprise de 1953. (FLORENT GIFFARD +33(0)673032979)

Opéra Bastille, le renouveau esthétique

Inauguré en 1989, l’Opéra Bastille marque une étape majeure dans l’histoire de l’Opéra de Paris, avec une organisation différente des productions. Dorénavant, chaque théâtre dispose d’ateliers de couture et de services pour l’habillement, les perruques et le maquillage. Les spectacles, à l’échelle du bâtiment et de la salle de Bastille (pouvant accueillir 2700 spectateurs) présentent des mises en scène spectaculaires dans de puissantes scénographies.

Eliogabalo, mise en scène Thomas Jolly, costumes Gareth Pugh, 2016.
Eliogabalo, mise en scène Thomas Jolly, costumes Gareth Pugh, 2016. (E. Bauer - OnP)

Ce renouveau esthétique se reflète également dans la création des costumes, chaque production lyrique comprenant en moyenne 300 costumes, allant parfois jusqu’à 700, avec pour ces dernières années une orientation très contemporaine. 

Des choix parfois....déroutants 

L'influence des metteurs en scène est également très forte dans le choix des costumes. Leur vision d'une oeuvre, même classique, peut être déroutante à l'image de ce costume de cosmonaute voulu par Claus Guth en 2018 pour sa version de La Bohème de Puccini.

"C'est vrai que ce costume de cosmonaute pour La Bohème, c'est assez paradoxal, innovant et perturbant pour certains spectateurs qui ont l'habitude de voir cette oeuvre traitée dans une esthétique XIXe, date de sa création" reconnaît Delphine Pinasa co-commissaire de l'exposition

Dans une mise en scène, un costume n'est jamais seul, il est intégré dans une histoire, dans un ballet, dans une esthétique, surtout pour les opéras contemporains"Christine Neumeister, la directrice des costumes de l'opéra

La Bohème à l\'Opéra Bastille, une mise en scène contemporaine de Claus Guth.
La Bohème à l'Opéra Bastille, une mise en scène contemporaine de Claus Guth. (Compte Twitter de l'Opéra de Paris.)

Une collection unique

Devant toutes ces créations, on se dit que le choix des scénographes a dû être cornélien ! Le CNCS (dont l’Opéra national de Paris est une des trois institutions fondatrices) conserve en effet dans ses collections plus de 10.000 costumes dont 5.000 costumes issus de 400 spectacles produits à l'Opéra et couvrant plus de deux siècles de son histoire.

"Habiller l'Opéra"

jusqu'au 3 novembre 2019 au Centre national du sostume de scène 

Quartier Villars,
Route de Montilly
03000 Moulins
Tél. : 04 70 20 76 20
Ouverture tous les jours
de 10h à 18h et jusqu’à 18h30  

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