Caetano Veloso dit craindre pour l'avenir du Brésil dans une tribune

Caetano Veloso, musicien et écrivain brésilien (ici en décembre 2017).
Caetano Veloso, musicien et écrivain brésilien (ici en décembre 2017). (Ciça Neder / Brazil Photo Press / AFP)

A quelques heures du second tour de l'élection présidentielle au Brésil, le chanteur, compositeur et écrivain brésilien Caetano Veloso publie une tribune dans le New York Times titrée "Des temps sombres se profilent pour mon pays". Il pointe la probable victoire dimanche du nouvel homme fort Jair Bolsonaro, dont les idées menacent selon lui le pays d'un retour en arrière à marche forcée.

"Les militaristes sont de retour", s'alarme Caetano Veloso

Le 7 octobre dernier, le candidat populiste Jair Bolsonaro, du Parti social libéral (PSL), est arrivé largement en tête du premier tour de l'élection présidentielle au Brésil avec 46,1% des voix. Dimanche 28 octobre, ce candidat considéré d'extrême droite qui se présente comme ultralibéral et qui a fait de la sécurité sa priorité, pourrait bien devenir le nouveau président du Brésil.

"Dans les années 60, la dictature militaire au Brésil a arrêté et emprisonné de nombreux artistes et intellectuels pour leurs convictions politiques. J'étais l'un deux. Les militaristes sont de retour", écrit Caetano Veloso, 76 ans, en préambule de sa tribune dans le New York Times.

"Comme d'autres pays dans le monde, le Brésil fait face à une menace de l'extrême droite, une tempête de conservatisme populiste", constate Caetano Veloso. "Notre nouveau phénomène politique, Jair Bolsonaro, est un ancien capitaine qui admire Donald Trump mais ressemble davantage à Rodrigo Duerte, l'homme fort des Philippines", poursuit-il.

Si Bolsonaro est élu, une vague de haine s'abattra sur le Brésil, prophétise le musicien

Le créateur de "Coração Vagabundo" pense qu'il est de son devoir, en tant que figure publique, d'alerter ses concitoyens sur le fait que Mr Bolsonaro a défendu la dictature militaire des années 60 et 70 à de nombreuses reprises. Le même plaide aujourd'hui pour "la vente sans restrictions des armes à feu" et "déclare qu'un fils mort est préférable à un fils homosexuel", souligne-t-il.

S'il est élu, prévient Caetano Veloso, les Brésiliens "peuvent s'attendre à une vague de peur et de haine". Et de rappeler que le sang a déjà coulé, le 7 octobre, lorsqu'un partisan de Bolsonaro a poignardé à mort son ami Moa do Katendê, musicien et maître de capoeira, dans l'Etat de Bahia. 

Le musicien raconte ensuite son emprisonnement à la fin des années 60 en compagnie d'autres artistes et intellectuels, dont son ami Gilberto Gil. Derrière les barreaux durant deux mois, il n'a subi aucune torture mais dit n'avoir jamais pu oublier les cris entendus durant la nuit. Ceux sans doute de prisonniers politiques ou de petits trafiquants sous la torture.

"Beaucoup disent ici qu'ils iront vivre ailleurs en cas de victoire du capitaine. Je n'ai jamais voulu vivre dans aucun autre pays que le Brésil. Et je ne le veux pas plus aujourd'hui. J'ai été forcé à l'exil une fois. Cela n'arrivera plus", conclut-il.
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