"J'ai annoncé sa mort à mes enfants comme si c'était leur grand-père" : nos lecteurs racontent leurs souvenirs de Charles Aznavour

Charles Aznavour lors d\'un concert à la Halle Tony Garnier, à Lyon, le 1er décembre 2011.
Charles Aznavour lors d'un concert à la Halle Tony Garnier, à Lyon, le 1er décembre 2011. (MAXPPP)

La légende de la chanson française a fait carrière pendant plus de soixante-dix ans, et accompagné la vie de millions de personnes.

Emmenez-moi, La Bohème, Comme ils disent : la liste des chansons de Charles Aznavour qui resteront dans l'histoire de la musique française est trop longue pour être énumérée entièrement. Des générations de Français ont grandi avec la voix du "grand Charles", au fil de ses soixante-dix ans de carrière. Elle les a émus, elle a accompagné des moments de leur vie, elle leur rappelle le passé ou fait encore partie de leur présent.

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Après la mort de Charles Aznavour, lundi 1er octobre, à 94 ans, des dizaines de lecteurs de franceinfo ont répondu à notre appel à témoignages et raconté le souvenir qu'ils garderont de lui.

"Aznavour, c'est mon éveil à la sexualité"

"J'ai 81 ans, et les chansons d'Aznavour ont accompagné ma vie", se souvient @Papygb dans les commentaires de notre direct. La future légende de la chanson est alors au début de sa carrière : "Il avait déjà quelques tubes à son actif : Sur ma vie, Viens au creux de mon épaule… Les critiques appréciaient les chansons mais raillaient sa 'voix de compositeur', qu'il a si bien travaillée par la suite." L'adolescent d'alors se souvient aussi avec émotion "des chansons que n'aimait pas la censure officielle de l'époque : Trousse chemise, Après l'amour", un peu trop osées pour la France des années 1960.

Pour la jeunesse de cette époque, Charles Aznavour représente une renaissance de la chanson française. "Les plaisirs démodés, Comme ils disent : ces deux chansons, c'est le début de mon adolescence, et un renouveau musicologique, se souvient ainsi Chris. Elles n'ont pas plu à mes parents, mais pour moi, c'était ma nouvelle vie."

J'avais 15 ans et, avec ma sœur aînée, nous avions l'oreille collée au poste de radio, avec le son au minimum pour ne pas contrarier papa qui ne supportait pas sa voix éraillée.Une lectrice anonymedans les commentaires de franceinfo.fr

Une autre internaute, qui se présente comme "une vieille dame", se souvient avec émotion de "sa voix d'alcôve, comme on disait alors. C'était mon éveil à la sexualité, tout ce trouble que sa chanson Après l'amour provoquait en moi."

"Dieu sait pourquoi ça m'est resté en tête"

Les fans d'Aznavour ont grandi, mais ne l'ont pas abandonné. "J'ai l'impression qu'il a toujours été là", écrit @BM, en se souvenant d'un séjour en colonie de vacances, en 1963, lorsqu'il avait 11 ans : "J'ai en mémoire les images du port du Guilvinec et La Mamma à la radio. Dieu sait pourquoi ça m'est resté en tête." La musique sert parfois à remonter le temps : "J'aime Paris au mois de mai me renvoie à mes déambulations dans le Paris des années 1960", se réjouit un autre lecteur. Et Charles Aznavour sera toujours étroitement associé à un événement crucial de la vie d'Odile :

Alors que j'étais enceinte de mon premier enfant, je suis allée écouter Aznavour en concert au Palais des Congrès, en 1994. C'était pour ses 70 ans. Le bébé bougeait dans mon ventre, il dansait. Le lendemain, j'accouchais.Odiledans les commentaires de franceinfo.fr

Celui qui était peut-être le chanteur français le plus connu à l'étranger à accompagné l'apprentissage de notre langue par plusieurs de nos lecteurs. "Hasta siempre, monsieur Aznavour", lance l'un d'eux. "Je devais avoir 8 ans quand j'ai entendu pour la première fois La Bohème. J'habitais en Argentine et ne parlais pas un mot de français. J'ai dû attendre une dizaine d'années pour enfin comprendre ses textes, et l'admirer encore plus."

"La bande-son de notre famille arménienne"

"La particularité de Charles Aznavour, c'est qu'en l'écoutant, n'importe quelle personne dans l'univers pensait qu'il chantait spécialement pour elle, qu'il racontait son histoire, ses peines ou ses joies", estime Fayçal. Et de nombreux autres lecteurs en témoignent. "Pour nous, famille d'origine sicilienne, La Mamma était notre chanson préférée", explique un internaute. "J'ai toujours été frappée par Que c'est triste Venise car je me suis mariée à un Vénitien, et j'y habite toujours", témoigne une autre anonyme.

Charles Aznavour est aussi intimement lié à la mémoire de la communauté arménienne, à laquelle appartenaient ses parents. Dans notre live, @Melkonian se rappelle que ses chansons ont toujours été "la bande-son de [sa] famille arménienne".

Lors de ses concerts, il était facile de reconnaître les Arméniens dans la salle. Dès qu'il interprétait 'Ils sont tombés', nous sortions tous nos mouchoirs. C'est la chanson des Arméniens dans le monde.Tanieldans les commentaires de franceinfo.fr

Et même ses succès les plus anciens ont continué de changer la vie de nouveaux auditeurs, parfois des décennies plus tard. "Un jour, j'avais 20 ans, le hasard me fit entendre Comme ils disent. Et j'ai pleuré, confie un lecteur sous le pseudonyme @Wtr. L'intolérance, excusée par la différence générationnelle, n'avait soudain plus lieu d'être."

Un homme si étranger à ma vie, dans une époque si lointaine, avait tant d'empathie envers moi ! Charles me comprenait, et chantait si justement, sans lourdeurs, sans a priori, une vie qui n'était pas la sienne.@Wtr, fan de Charles Aznavourdans les commentaires de franceinfo.fr

"Cette chanson m'a donné beaucoup d'espoir, affirme le jeune homme, à une période où les manifestations contre le mariage pour tous faisaient renaître mon inconfort vis-à-vis de mon homosexualité."

Aujourd'hui, les admirateurs de Charles Aznavour ont transmis leur passion à leurs enfants, comme Odile "Je leur ai annoncé sa mort comme si c'était leur grand-père." Sa disparition est l'occasion pour Albi de "chanter à tue-tête" comme quand il était au lycée. Même à 94 ans, l'artiste n'avait jamais quitté la vie de ses fans, à l'instar de Cyril, qui raconte son dernier souvenir de lui : "Tout simplement hier soir [dimanche]. En rangeant la table du dîner, je fredonnais La Bohème."

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