Le musicien brésilien João Gilberto, légende de la bossa nova, est mort à l'âge de 88 ans

Le chanteur brésilien Joao Gilberto lors d\'un concert le 14 août 2008 à Sao Paulo (Brésil).
Le chanteur brésilien Joao Gilberto lors d'un concert le 14 août 2008 à Sao Paulo (Brésil). (MARCO HERMES / AFP)

Il est le premier et le plus célèbre interprète du standard "The Girl from Ipanema", de son titre original "A Garota de Ipanema", une chanson de Tom Jobim et Vinícius de Moraes, les deux autres fondateurs de la bossa nova.

Le Brésilien João Gilberto, une des légendes de la bossa nova dont la voix douce susurrant A Garota de Ipanema continue de bercer les coeurs près de 60 ans après son enregistrement, est mort à 88 ans, a annoncé samedi 6 juillet son fils João Marcelo sur Facebook.

"Mon père est décédé. Son combat était noble, il a tenté de conserver sa dignité alors qu'il perdait son autonomie", a écrit João Marcelo à propos de l'icône qui vivait ruiné et solitaire à Rio. Les causes de la mort n'ont pas été précisées dans un premier temps. Elles seraient naturelles, ont annoncé dans la journée des médias brésiliens.

Guitariste et chanteur intimiste de l'âme brésilienne, João Gilberto s'est produit sur les plus grandes scènes du monde. Parmi ses nombreux morceaux d'anthologie, figurent Desafinado, Chega de saudade, Rosa Morena, Corcovado, Aquarela do Brasil, des chansons signées d'autres légendes de la musique brésilienne : Tom Jobim, Dorival Caymmi ou Ary Barroso.

"João a changé la musique du monde pour toujours. Il a enseigné la délicatesse au Brésil, il a apporté la modernité. C'est une perte irréparable", a réagi la chanteuse brésilienne Gal Costa à l'annonce du décès. 

Son importance pour la musique est incalculable. Il fut la principale voix du mouvement musical brésilien le plus connu dans le monde et a été révolutionnaire presque sans l'avoir voulu. Il fut le premier chanteur, du moins au Brésil, à montrer qu'on n'avait pas besoin d'une voix puissante, il chuchotait, en s'accompagnant avec virtuosité à la guitare.Bernardo Araujo, critique musical du journal O Globo

Né le 10 juin 1931 à Juazeiro, dans l'Etat lointain de Bahia (nord-est), João Gilberto Prado Pereira de Oliveira reçoit sa première guitare à 14 ans. Quatre ans plus tard, "Joãozinho" quitte son village natal pour Rio, après un passage à Salvador de Bahia, où il chante à la radio. Il fait ses débuts au sein du groupe Garotos da Lua.

Dans un appartement de Copacabana, la nouvelle vague, "bossa nova" en argot carioca (poètes, musiciens...) se réunit chez Nara Leão, une petite chanteuse de 14 ans. Il y a là Newton Mendonça, Antônio Carlos "Tom" Jobim, Vinicius de Moraes et un jeune homme timide, João Gilberto. Les deux premiers composent, le troisième écrit et le dernier chante de sa voix timide. C'est un chuchotement, un souffle, "la dernière étape avant le silence", disent les critiques. Seul sur son tabouret, avec sa guitare, il invente "la batida", un rythme sensuel et impose le "canto falado", le chant parlé. Le 10 juillet 1958, il enregistre Chega de saudade et Desafinado, manifestes de cette nouvelle vague. Son premier album solo, Chega de Saudade sort en 1959, dans lequel on retrouve l'historique Bim Bom

Le musicien s'installe à New York dans les années 1960, et se produit au Carnegie Hall et à la Maison-Blanche, sur invitation de Jackie Kennedy. En mars 1963, il enregistre ce qui deviendra l'hymne de la bossa nova à New York avec Tom Jobim et le saxophoniste américain de jazz Stan Getz : la chanson A Garota de Ipanema
(The Girl From Ipanema), récompensée d'un Grammy. Le titre est intégré au légendaire album intitulé 
Getz/Giberto, sorti en mars 1964. 

En 1973, il sort l'un des plus grands albums de l'histoire de la musique brésilienne. Intitulé João Gilberto et surnommé l'"album blanc", ce disque s'ouvre sur la chanson Aguas de Março de Jobim, qui deviendra un classique. 

Mis sous tutelle

Du haut de son génie, João Gilberto n'avait jamais été facile à vivre. Son perfectionnisme qui tournait à l'obsession névrotique, son côté excentrique et sa phobie sociale - il vivait reclus depuis des années, souvent en pyjama - étaient légendaires.

Depuis des années, João Gilberto était pris dans un conflit entre deux de ses trois enfants, son fils João Marcelo et sa fille Bebel Gilberto - également musiciens - et sa dernière épouse dont il vivait séparé, Claudia Faissol, une journaliste 40 ans plus jeune que lui et mère de sa fille adolescente. Bebel et João Marcelo accusent Claudia Faissol d'avoir abusé de la faiblesse de leur père et d'avoir provoqué sa ruine. Fin 2017, sa fille Bebel a obtenu sa mise sous tutelle, alors qu'il n'était plus en mesure de s'occuper de sa santé et de ses finances en raison de sa fragilité physique et mentale.

Beaucoup de Brésiliens l'ont vu pour la dernière fois sur une vidéo en 2015, où il apparaissait, très amaigri et en pyjama, chantant A Garota de Ipanema à sa petite fille en s'accompagnant à la guitare.

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