"Je fais du rap rural et j'en suis fier" : Kamini revient avec "Eul' Vraie France", un clip tourné sur ses terres

Extrait du clip \"Eul’ Vraie France\" de Kamini. 
Extrait du clip "Eul’ Vraie France" de Kamini.  (YOUTUBE)

Treize ans après Marly-Gomont, le rappeur met à nouveau à l'honneur sa région d'origine avec "les vrais gens". Interview.

"Bienvenue dans le monde rural où il se passe que dalle. On parle de ton bled que si y a un scandale, un crime brutal, qui frôle la démence". Kamini, le rappeur des campagnes, est de retour sur la scène musicale avec son clip Eul' Vraie France ("La vraie France", en picard). Après l'immense succès de Marly-Gomont dans lequel il décrivait avec humour son enfance dans ce petit village de 400 âmes en Thiérache (Aisne), cet ancien infirmier en psychiatrie revient avec ce titre qui fleure bon le patois des Hauts-de-France. 

Tourné dans la commune de Wignehies (Nord), avec les artisans et commerçants du coin, ce clip préfigure l'album du chanteur, dont la sortie est prévue à la rentrée "si tout va bien", précise Kamini. Car entre l'émission "Les gens des Hauts" qu'il présente sur France 3, la tournée hexagonale pour son one-man-show et la préparation d'un prochain film, il est débordé. Kamini a tout de même accepté de se poser, quelques instants, pour nous parler de son nouveau clip. 

Franceinfo : D'où vient le titre Eul' Vraie France ?

Kamini : Eul' Vraie France je pense que je l'ai entendu étant plus jeune, mon père était médecin donc je l'accompagnais voir ses patients. A l'époque, les anciens parlaient encore picard. J'ai dû entendre ça dans la bouche de certaines personnes âgées ou peut-être que je l'ai inventé... Je dirais que c'est un mix de tout ce que j'ai pu entendre dans le patois.

Vous revendiquez-vous comme "rappeur rural" ? 

La dénomination de "rappeur rural" a été créée par les médias à l'époque de Marly-Gomont.

J'ai eu le droit aussi à 'rap paysan', 'rap agricole', 'rap bio'... Peut-être que bientôt j'aurai le droit à 'rap sans gluten' ou 'rap vegan' !Kaminià franceinfo

Mais oui, je suis fier que l'on parle de moi comme d'un rappeur rural. Ce qui m'intéresse, c'est de parler des "vrais gens". Quand on est authentique dans le rap, on parle de ce que l'on connaît. C'est ça les vrais codes du milieu. C'est peut-être moins vendeur que dire "bitch" à toutes les fins de phrases. Mais je m'en fiche car je ne vise pas un public en particulier : ma règle d'or, c'est d'être sincère dans ce que je fais.


Comment s'est passé le tournage du clip ? 

Je n'avais pas le temps de faire le casting moi-même alors j'ai missionné un pote qui habite à Wignehies (Nord). Je lui ai dit : 'Trouve moi un boulanger, un charcutier, un épicier, un garagiste, une coiffeuse…'

Je voulais qu'on voie les gens dans leur métier, en train de bosser et moi qui rappe à côté.Kaminià franceinfo

L'idée, c'était qu'ils taffent et qu'ils ne s'arrêtent pas pour moi. Les choses se sont faites naturellement : ils me voyaient dans le village, ils venaient me voir en me disant : 'On peut tourner dans le clip ?' Je leur répondais : 'Pas de problème !' J'aime bien les énergies spontanées, du moment, de l'instant.

"Fermeture de l'usine", "fermeture de l'école"... Dans ce titre, votre vision du monde rural est plutôt pessimiste, non ? 

Je ne dirais pas que c'est pessimiste, mais il y a beaucoup de choses qui n'ont pas changé depuis la sortie de Marly-Gomont en 2007, malheureusement. Mais c'est une chanson qui montre la vie, tout simplement.

Je raconte les bons et les mauvais côtés dans la chanson. La campagne, c'est magnifique, on le voit sur les images du clip tournées au drone. Après, quand tu creuses, tu vois qu'il y a des gens qui sont dans une misère sociale. Mais il n'y a pas de raison que l'on n'évoque que la misère des cités.

Pensez-vous que ce titre pourrait rencontrer le même succès que Marly-Gomont ?

Aucune idée, mais ce n'est même pas une question que je me pose.

Marly-Gomont, c'est ma carte de visite, c'était un des premiers buzz en France. C'est pas des trucs qu'on fait deux fois.Kaminià franceinfo

C'est comme si tu demandais à Psy s'il peut faire un deuxième Gangnam Style. Je ne chercherai jamais à reproduire Marly-Gomont. Tout ce que je fais sur cet album-là, c'est répondre à une demande des "Kaministes" et me faire plaisir en même temps.

Il paraît que vous travaillez sur un scénario pour le cinéma. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je vais faire un film, mais il faut encore voir si je produis, coproduis ou si je reste au scénario. Je vais voir. Mais je peux dire que ce sera une comédie romantique. Le titre, à ce jour, c'est Tant qu'ils s'aiment et ce sera une histoire d'amour entre deux êtres qui ont très peu de chances de se rencontrer. Si tout va bien, le film sortira dans deux ans.