"Le cinéma et la musique, mes deux passions" : conversation avec Kyle Eastwood autour de son album "Cinematic"

Kyle Eastwood et sa contrebasse au cinéma Mac Mahon, à Paris (2019)
Kyle Eastwood et sa contrebasse au cinéma Mac Mahon, à Paris (2019) (JEROME BONNET)

Dans son dernier album "Cinematic", le musicien de jazz américain revisite plusieurs bandes originales de longs métrages, de "Bullitt" à "Taxi Driver" en passant par des musiques de films de son père, Clint Eastwood. Il nous parle de ce disque qui réunit les deux passions de sa vie.

Gran Torino, Unforgiven, Skyfall, Taxi Driver, Bullitt, ou encore la chanson de Michel Legrand Les Moulins de mon cœur qui illustrait L'Affaire Thomas Crown... Dans son dernier album studio Cinematic (Jazz Village) sorti le 8 novembre, le bassiste de jazz Kyle Eastwood s'immerge avec délectation dans le cinéma, un univers dans lequel il a baigné dès son plus jeune âge et dont il ne s'est jamais éloigné. Indépendamment de ses albums jazz où il a repris parfois des thèmes cinématographiques, il a signé, cosigné ou arrangé quelques bandes originales de films pour son père. Il reprend d'ailleurs trois musiques de films de Clint Eastwood, ayant cosigné l'une d'elle, Gran Torino.

Cinematic a été enregistré par l'excellent quintet britannique de jazz de Kyle Eastwood, ce dernier partageant son temps entre l'Europe - Paris en l'occurrence - et les États-Unis. On y retrouve le pianiste Andrew McCormack, le trompettiste Quentin Collins, le saxophoniste Brandon Allen et le batteur Chris Higginbottom. Avec deux chanteurs invités : l'Anglais Hugh Coltman, Parisien d'adoption, et la Française Camille Bertault. Après une première série de dates en France cet automne, dont deux concerts à Paris, au Bal Blomet, qui ont enchanté le public fin novembre, Kyle Eastwood revient jouer dans l'Hexagone à partir du mois de mars.

Paroles et musique : Michaël Stevens / Kyle Eastwood / Clint Eastwood / Jamie Cullum
Franceinfo Culture : Vous consacrez un disque entier au cinéma. Vu votre parcours, c'était une évidence...
Kyle Eastwood :
Le cinéma et la musique sont mes deux passions. Quand j'étais enfant, on regardait beaucoup de films à la maison. Mon père, qui avait une grande collection de cassettes VHS, me faisait découvrir des classiques. Ma mère m'emmenait au cinéma chaque week-end, parfois deux jours de suite. Dans le même temps, j'ai toujours aimé la musique, j'en ai toujours fait. Mes parents écoutaient tout le temps des disques, du jazz la plupart du temps, mais aussi du blues, Ray Charles, occasionnellement Johnny Cash...

Comment êtes-vous devenu musicien professionnel, en l'occurrence bassiste de jazz ?
J'ai commencé par prendre des cours de piano. Puis j'ai appris un peu de guitare pour un film dans lequel j'ai joué avec mon père à l'âge de 13 ans je crois, Honkytonk Man. Et à partir de ce moment, j'ai commencé à étudier la basse électrique en autodidacte. J'avais toujours aimé la batterie et la basse, aussi ça m'a semblé quelque chose de naturel. Au lycée, j'avais beaucoup d'amis musiciens et ils cherchaient toujours quelqu'un pour jouer la basse, alors je faisais de la musique avec eux. Puis je m'y suis mis très sérieusement, j'ai pris des cours, j'ai commencé à faire du jazz, j'ai étudié la contrebasse pendant quelques années.

Depuis, vous avez toujours gardé un lien avec le cinéma mais c'est la première fois que vous rendez ainsi hommage au 7e art, vingt-et-un ans après votre première album. Pourquoi maintenant ?
C'est quelque chose que j'ai toujours voulu faire. J'ai déjà enregistré quelques extraits de musiques de films par le passé pour mes disques, mais je souhaitais réaliser un projet dédié au cinéma. Il m'a semblé que c'était le bon moment pour le faire, à un point de ma carrière où j'ai gagné en maturité.

Sur quels critères avez-vous choisi les musiques du disque ?
Il y a environ un an, j'ai commencé à réfléchir aux morceaux que je souhaitais reprendre et, parmi eux, à ceux que je pourrais adapter pour un groupe de cinq musiciens. Certains étaient déjà "jazzy", d'autres ne l'étaient pas tant que ça. J'ai choisi certains de mes compositeurs préférés et certaines de mes musiques préférées, et parmi ces dernières, certaines sont très connues, d'autres pas du tout. C'est le cas du morceau d'Ennio Morricone tiré du film Per le antiche scale ["Par le vieil escalier", film de Mauro Bolognini de 1975, sorti en France sous le titre Vertiges]. Au sein du disque, c'est la seule musique issue d'un film que je n'ai pas vu. C'est un film italien que je n'ai jamais pu trouver. Mais j'ai toujours adoré cette pièce. Je la connaissais car je possède beaucoup d'enregistrements de musiques de Morricone.

"Bullitt" (Lalo Schifrin)

Pensez-vous que votre sensibilité au cinéma a influencé votre manière de composer, d'arranger la musique ?
Probablement, mais pas consciemment. Il arrive que les gens me posent la question, ils trouvent que ma musique est très visuelle, parfois. Il m'arrive d'écrire des choses et de me dire : "Ça serait bien pour un film..." Mais quand j'écris une bande originale, le processus est tout à fait différent. Il faut toujours penser au film : vous le regardez sur un écran, vous cherchez une idée qui corresponde à l'image.

Dans Cinematic, vous reprenez une belle pièce composée par Clint Eastwood pour son film Unforgiven (1992), Claudia's Theme. Y-a-t-il une émotion particulière à travailler sur la musique de votre père ?
Oui, c'est agréable. Et cela a une signification spéciale pour moi parce que je me rappelle du moment où il a écrit cette musique. J'en avais enregistré une démo avec un ami, en duo basse-guitare, qui avait servi pendant la phase de montage du film afin de voir comment la musique sonnait. Puis j'ai joué dans l'orchestre qui a enregistré la bande originale. Ça fait partie des belles musiques que mon père a composées.

L'un des morceaux phares du disque est la chanson-titre du film Gran Torino (2008), dont vous êtes le co-signataire et dont vous proposez deux versions, l'une chantée et l'autre instrumentale...
La version instrumentale de Gran Torino, que j'ai mise à la fin de l'album, est en fait le tout premier morceau que nous avons enregistré en studio. Le premier jour, on s'est installé avec le groupe et j'ai voulu commencer par ce morceau afin de voir comment cela sonnait dans le studio. J'ai beaucoup aimé le résultat et j'ai décidé de le conserver. Pour la version chantée, j'ai invité Hugh Coltman que j'avais découvert sur scène à Paris aux côtés du pianiste Éric Legnini il y a quelques années. J'aime beaucoup sa voix, et Hugh était très intéressé à l'idée de chanter sur ce titre.

Y a-t-il des morceaux dont vous soyez particulièrement heureux ?
J'aime les deux versions de Gran Torino. Bullitt est amusant à jouer, avec une belle ligne de basse. Camille Bertault est super sur Les Moulins de mon cœur... Je suis assez heureux du résultat global. J'aime aussi notre travail sur le morceau de John Williams, une pièce pas très connue qu'il a écrite pour le film The Eiger Sanction ("La sanction", de Clint Eastwood, 1975). On était dans les années 70 et John Williams a dit alors à mon père que c'était une de ses musiques préférées... Mais ça a peut-être changé depuis !

> L'agenda-concert de Kyle Eastwood, sur son site

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