Le célèbre bluesman Lucky Peterson est mort brutalement à 55 ans

Le bluesman Lucky Peterson le 6 août 2016 au Festival du Bout du Monde, sur la presqu\'île de Crozon, dans le Finistère
Le bluesman Lucky Peterson le 6 août 2016 au Festival du Bout du Monde, sur la presqu'île de Crozon, dans le Finistère (FRANCOIS DESTOC / MAXPPP)

Bien connu des amateurs de blues, notamment en France où il se produisait régulièrement, le chanteur et multi-instrumentiste s'est éteint dimanche à Dallas où il avait été hospitalisé en urgence. "On perd un membre de notre famille", déplore le New Morning, à Paris, où Lucky Peterson se produisait régulièrement.

Sa carrière avait démarré dès son enfance. Ex-enfant prodige, chanteur, organiste, guitariste, Lucky Peterson est mort dimanche après-midi à seulement 55 ans dans un hôpital de Dallas où il avait été admis en urgence. Lucky Peterson a été victime d'un accident vasculaire cérébral massif, a indiqué lundi matin Alex Dutilh, producteur sur France Musique, prévenu par la musicienne Patricia Johnston qui travaille avec le manager de Lucky Peterson, Juan Yriart.

La triste nouvelle a été annoncée dans la nuit de dimanche à lundi sur les réseaux sociaux, dans un communiqué en anglais et en français. Lucky Peterson avait sorti ses derniers albums sur le label français Jazz Village et il était bien connu des amateurs de blues et de jazz de l'Hexagone : "Il était chez lui lorsqu'il est tombé malade et a été transporté d'urgence à l'hôpital, dans un état critique. Malheureusement, les médecins n'ont pas pu le ranimer. Nous vous remercions de garder Lucky dans vos prières, tout en respectant l'intimité dont sa famille a besoin maintenant."

De l'enfant prodige au pilier du blues

Né Judge Kenneth Peterson le 13 décembre 1964 à Buffalo, dans l'État de New York, fils du chanteur et guitariste James Peterson, Lucky Peterson a baigné très tôt dans la musique. Enfant prodige de l'orgue, alors qu'il jouait dans le club de son père, il a été repéré dès l'âge de 5 ans par le bluesman Willie Dixon qui l'a "pris sous son aile", selon ses propres mots. Quelques mois plus tard, il était l'invité du célèbre Ed Sullivan Show. Et par la suite, d'autres émissions de télévision allaient lui donner l'occasion de dévoiler son talent précoce, comme le Young People's Show en 1972.

Lucky Peterson à 7 ans dans l'émission "Young People's Show" (mars 1972)
Par la suite, tout en menant une riche carrière solo, Lucky Peterson a multiplié les collaborations, jouant aux côtés de nombreux artistes comme le bassiste Bootsy Collins avec qui il a formé un duo, la chanteuse Mavis Staples, le trompettiste Wynton Marsalis, ou encore son épouse la chanteuse Tamara Peterson, ainsi que la chanteuse Ayo pour son album Gravity at Last (2008).

Bootsy Collins et Lucky Peterson : "Time" (1996)
À partir des années 90, Lucky Peterson a intensifié le rythme de ses enregistrements discographiques, célébrant au fil des albums ses racines blues, rendant hommage à Mahalia Jackson en 1996 (avec Mavis Staples), puis à l'illustre organiste Jimmy Smith (dont il fut l'élève) en 2014... En 2009, il avait célébré de grands noms de la soul, du jazz et de la pop dans un triple album remarqué, Organ Soul Sessions.

En 2014, Lucky Peterson se souvenait de son enfance et de ses racines dans The Son of a Bluesman, un album très personnel, qui lui tenait à cœur et pour la promotion duquel il s'était mis en scène dans un clip émouvant.

Lucky Peterson : "I'm Still Here" - 2014
Très présent sur les scènes françaises, Lucky Peterson était un fidèle du New Morning à Paris, et se produisait régulièrement dans des festivals comme Jazz in Marciac, Jazz à Vienne, parmi tant d'autres.

Lucky Peterson chante "Every Day I Have the Blues" à Jazz in Marciac, avec entre autres le trompettiste Nicolas Folmer, en août 2016
En 2019, le bluesman avait sorti l'album Just Warming Up ! sur le label Jazz Village (auquel il était fidèle depuis 2014), un disque accompagné d'une série de concerts pour fêter un demi-siècle de musique. Comme le signifiait le titre de cette ultime parution discographique, Lucky Peterson considérait les cinquante premières années de sa carrière comme un "simple échauffement"... Son voyage musical s'est stoppé prématurément, plongeant ses admirateurs dans la stupeur et la tristesse.

Le New Morning perd "un membre de sa famille"

La directrice du New Morning Catherine Farhi a confié lundi après-midi à Franceinfo Culture sa profonde tristesse de voir disparaître un nouveau pilier du club parisien, un an et demi après la mort du trompettiste Roy Hargrove, autre musicien avec lequel le "New" entretenait une relation très proche. La mort de Lucky Peterson, des suites d'un AVC, lui semble d'autant plus brutale et inattendue qu'elle savait par ailleurs que le bluesman avait pris toutes les précautions possibles face à l'épidémie de Covid-19. Ces derniers temps, il postait des mini pastilles live - dont un Coronavirus Blues mi-mars - et incitait ses fans à faire attention. "Lucky était super parano face au virus. Il faisait très, très attention, il s'était confiné, il n'a pas été imprudent."

Lucky Peterson avait joué une "cinquantaine de fois" au New Morning depuis la création du club, se souvient Catherine Farhi"Selon les périodes, il pouvait passer deux, trois, quatre fois par an au New Morning, souligne-t-elle, émue. Marie-Claude Nouy, qui était la première programmatrice du New, avait travaillé sur sa communication au tout début. Le public avait une adoration pour Lucky. Et Lucky adorait être dorloté, il adorait être dans une ambiance familiale. Il y a quelques musiciens emblématiques du New : il y avait Roy Hargrove, Lucky Peterson, il y a Roy Ayers... Le New, c'est une grande famille. On est en train d'en perdre des membres très proches, c'est affreux. Le New sans Lucky, je ne sais pas comment cela pourra être..."

Les radios lui rendent hommage

France Musique, par le biais de l'émission Open Jazz d'Alex Dutilh, rend hommage à Lucky Peterson ce lundi 18 mai 2020. Le producteur et animateur a salué sur son profil Facebook (en accès public) "une boule d'énergie solaire. Comme guitariste, comme organiste, comme showman, comme so real bluesman."



La radio Fip consacre à Lucky Peterson une édition spéciale de sa célèbre émission Jazz à Fip, lundi 18 mai à 19 heures.

Le réseau RFI (Radio France Internationale) va consacrer à Lucky Peterson une émission spéciale de l'Épopée des Musiques Noires dimanche 24 mai 2020, durant laquelle le producteur Joe Farmer "diffusera des extraits des interviews passées, réalisées en 2005, 2009, 2014 et 2017", précise-t-il à Franceinfo Culture. Diffusion internationale le dimanche 24 mai 2020 à 13h30 et 18h30 (Heure de Paris).

La radio TSF Jazz lui rend également hommage dans la journée du lundi 18 mai. Et à 21 heures, dans l'émission Jazzlive, on pourra entendre plusieurs séquences live du bluesman disparu, dont l'une, d'anthologie, durant laquelle il était sorti du Duc des Lombards pour continuer son concert dans la rue des Lombards.


Parmi de nombreux hommages qui ont fleuri sur les réseaux sociaux, le festival Marseille Jazz s'est souvenu sur Twitter d'un artiste généreux qui "prêtait volontiers" sa guitare à un jeune spectateur, et de "son âme blues qui nous soulevait".


Côté musiciens, la blueswoman Natalia M. King a salué la mémoire de Lucky Peterson sur Facebook : "Rip BrotherBluesMan. Comme nous sommes chanceux d'avoir eu un Lucky Peterson de notre vivant."









Vous êtes à nouveau en ligne