Jean-Claude Arnault, un Français jugé en Suède pour viols sur fond de scandale Nobel

Jean-Claude Arnault se rendant au tribunal ce 19 septembre 2018.
Jean-Claude Arnault se rendant au tribunal ce 19 septembre 2018. (Jonathan NACKSTRAND / AFP)

Ce mercredi 19 septembre s'est ouvert devant le tribunal de Stockholm le procès pour deux viols d'un Français, Jean-Claude Arnault, figure influente de la scène culturelle suédoise, époux d'une membre de l'Académie Nobel. Une sorte d'une petite affaire Weinstein suédoise : révélée en pleine tempête #MeToo, l'affaire avait même entraîné le report du Nobel de littérature.

Il n'est pas jugé pour son rôle dans le scandale qui a ébranlé le Nobel de littérature 2018, mais pour des viols révélés en pleine tempête #MeToo : un Français comparaît devant la justice suédoise à partir de ce mercredi 19 septembre.

Huis clos

Accompagné de son avocat, Jean-Claude Arnault est arrivé au tribunal peu après 8H00. Echarpe grise nouée autour du cou, lunettes de vue à monture noire, veste sombre, il n'a fait aucune déclaration. "Il conteste les accusations", a annoncé devant les juges son conseil, Björn Hurtig, dont le client encourt de deux à six ans de prison. Comme souvent dans les affaires d'agressions sexuelles, le tribunal a ensuite ordonné le huis clos à la demande de la partie civile et les journalistes ont été priés de sortir.

La victime présumée, dont l'identité n'a pas été dévoilée, est allée déposer après la décision de huis clos, protégeant de ses mains son visage face au mur de caméras et d'appareils photo. "C'est une journée difficile pour ma cliente, mais elle va bien", a déclaré à la mi-journée son conseil, Elisabeth Massi Fritz, ténor du barreau suédois spécialisée dans la défense des femmes.

Jean-Claude Arnault influent dans le Tout-Stockholm culturel

Marié à une membre de l'Académie suédoise, qui décerne depuis 1901 le prix Nobel de littérature, Jean-Claude Arnault, 72 ans, fut une personnalité influente de la scène culturelle à Stockholm jusqu'à la déflagration provoquée par l'affaire Weinstein.
Jean-Claude Arnault avec son épouse en 2001.
Jean-Claude Arnault avec son épouse en 2001. (JONAS EKSTROMER / TT NEWS AGENCY / AFP)
Le Tout-Stockholm courait Forum, son club très sélect. Y gravitaient de nombreuses jeunes femmes férues de lettres et rêvant, entre un concert de jazz et une lecture de Proust, d'approcher un éditeur, un écrivain en vue. Un mois après les révélations en octobre 2017 des viols et abus sexuels commis par le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein, le quotidien Dagens Nyheter publiait le témoignage anonyme de 18 femmes affirmant avoir été violentées ou harcelées par Jean-Claude Arnault.

Cataclysme au sein de l'Académie

Le scandale a provoqué un cataclysme au sein de l'académie, avec laquelle Jean-Claude Arnault entretenait des liens étroits. Une enquête interne a établi que plusieurs académiciennes, conjointes ou filles d'académiciens, avaient elles aussi subi "l'intimité non désirée" et les comportements "inappropriés" de l'accusé.

Le 5 octobre 2011 dans un appartement stockholmois, Jean-Claude Arnault a contraint la plaignante à un "rapport oral" puis à une pénétration vaginale alors que la jeune femme se trouvait dans un "état de vulnérabilité" et "de peur intense" l'empêchant de se défendre, selon l'acte de mise en accusation consulté par l'AFP. Les faits se seraient répétés dans la nuit du 2 au 3 décembre 2011, dans le même appartement, tandis que la victime dormait. Si pour la défense c'est parole contre parole, Me Massi Fritz souligne au contraire "les éléments de preuve" et la "crédibilité" du récit de sa cliente, "soutenu par sept témoins" appelés à la barre jeudi.

Une partie de l'enquête préliminaire ouverte contre le Français pour d'autres viols et agressions sexuelles présumés commis entre 2013 et avril 2015 a été classée sans suite, frappée par la prescription ou faute de preuves.

Fonctionnement opaque de l'Académie Nobel

Selon une enquête du quotidien Svenska Dagbladet, Jean-Claude Arnault est né en 1946 à Marseille de parents réfugiés russes. Il serait arrivé en Suède à la fin des années 1960 pour étudier la photographie.
Dans un entretien donné à Dagens Nyheter en 2006, il affirmait être monté sur les barricades parisiennes en mai 1968 contre "la direction réactionnaire de l'université". "L'étincelle a été l'interdiction faite aux étudiants de partager les chambres des étudiantes", se souvenait-il. Il se vantait d'être le "19e membre" de l'Académie. Selon des témoins, il soufflait le nom des futurs lauréats Nobel à ses amis.

L'affaire a mis au jour le fonctionnement opaque de l'Académie, riche institution privée fondée en 1786 sur le modèle de son homologue française, ses conflits d'intérêt, ses jeux d'influence et la "culture du silence" qui y régnait. Huit académiciens se sont mis en congé provisoire ou définitif, dont la secrétaire perpétuelle Sara Danius. L'attribution du Nobel de littérature 2018 a été reportée à 2019, et le prestigieux conclave, en ruines, s'efforce depuis de se reconstruire. L'Académie doit élire dans les mois à venir de nouveaux membres, qui devront lire des dizaines d'auteurs parmi lesquels ils désigneront deux lauréats Nobel, 2018 et 2019.
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