Coronavirus : quand le jazz résiste et anticipe astucieusement le retour des concerts publics

La chanteuse Leïla Martial sur scène le 24 janvier 2020 à Caen
La chanteuse Leïla Martial sur scène le 24 janvier 2020 à Caen (ERIC BALEDENT / MAXPPP)

Alors que la pandémie a figé le spectacle vivant, des acteurs du monde du jazz anticipent avec originalité la reprise des concerts en France. Des festivals en version numérique permettent aux artistes de toucher une rémunération, tandis que d'autres dévoilent de savoureuses archives live.

Depuis la mi-mars, le spectacle vivant éprouve la plus inconfortable incertitude sur son avenir, souvent négligé, voire oublié dans les annonces de l'exécutif sur la gestion de la crise du coronavirus. Après n'avoir pas eu d'autre choix que de jeter l'éponge, réduisant à néant des mois de préparation de leur édition 2020, certains festivals de jazz tentent d'exister malgré la pandémie. Les artistes aussi, privés de scène et de cachets depuis des mois, d'où l'éclosion d'initiatives originales encouragées par la mise en place début juin par la Sacem d'un système de "rémunération exceptionnelle de droits d'auteur spécialement adaptée à la diffusion des livestreams". Du baume au cœur pour certains musiciens après des semaines de sessions live gracieusement offertes, depuis leur salon, aux internautes.

TV AdLib, la chaîne jazz d'une nouvelle scène jazz

La chaîne TV AdLib a été lancée dès le 14 mai par un collectif de jeunes musiciens issus de diverses compagnies de musiques improvisées. Elle propose chaque jeudi soir de vrais concerts retransmis en direct, organisés dans le respect des consignes sanitaires. Afin d'assurer aux artistes une rémunération, l'abonnement à la chaîne coûte 9,90 euros par mois. Après leur diffusion en live, les concerts demeurent disponibles en replay. Le dispositif court jusqu'à la mi-juillet (au moins). Parmi les artistes passionnants à soutenir ou à découvrir, figurent les chanteuses Ellinoa (en concert jeudi 18 juin) et Lou Tavano, le trio Sweet Dog ou encore le groupe House of Echo du pianiste Enzo Carniel.

Vidéo : AdLib - Concerts en circuit court

Les sessions live de TSF Jazz

Depuis le 1er juin, et jusqu'au 26 juin, du lundi au vendredi, la radio parisienne TSF Jazz organise et héberge des concerts dans le cadre d'un festival baptisé Studio Grands Boulevards - un clin d'œil à l'adresse de son nouveau siège depuis la rentrée 2018. Le batteur Arnaud Dolmen, les pianistes Grégory Privat, Éric Legnini et Fred Nardin, la chanteuse Sarah Lancman, les saxophonistes Samy Thiébault et Laurent Bardainne figurent parmi les nombreux artistes programmés - et rémunérés pour leur prestation. Le concert est retransmis à la radio et sur la page Facebook de TSF Jazz. Prochain concert : ce mardi soir avec la chanteuse Leïla Martial et son groupe Baa Box. Ci-dessous, le live du saxophoniste Laurent Bardainne, avec son groupe Tigre d'Eau Douce, le 12 juin dernier.


Laurent Bardainne (saxophone), Arnaud Roulin (orgue Hammond), Sylvain Daniel (basse), Philippe Gleizes (batterie), Roger Raspail (percussions)

Maisons-Laffitte Jazz en version digitale jusqu'au 21 juin

Le festival de l'ouest francilien Maisons-Laffitte Jazz s'est lancé le 7 juin dans une édition exceptionnelle 100% numérique avec sept concerts à l'affiche, donnés sur scène, sans public mais dans de bonnes conditions de son et d'image, et avec une rémunération pour les artistes même si elle est moins importante sans l'apport de la billetterie. Sur le site du festival, et via Facebook, il est possible de voir et revoir ces sessions organisées avec sept artistes et leurs groupes programmés initialement cette année : le violoniste Théo Ceccaldi, le guitariste Biréli Lagrène, l'accordéoniste Vincent Peirani, les batteurs André Ceccarelli et Anne Pacéo, le chanteur David Linx et le pianiste Paul Lay. Le festival digital s'achève le 21 juin, jour de la Fête de la Musique.

L'accordéoniste Vincent Peirani et ses Jokers Federico Casagrande (guitare) et Ziv Ravitz (batterie) : live digital au Maisons-Laffitte Jazz Festival 120620

Banlieues Bleues propose ses archives live avec "Initiales BB"

Stoppé net le 13 mars par le Covid-19, le festival basé en Seine-Saint-Denis nous envoie, chaque semaine depuis mai, des cartes postales musicales, des archives de ses concerts à disponibilité (hélas) limitée à huit jours, mais aussi des playlists émanant de la constellation de Banlieues Bleues, réalisées par des artistes programmés en 2020, certains ayant eu le temps de se produire avant l'arrêt du festival, d'autres non (Melissa Laveaux, Rodolphe Burger, la chanteuse-rappeuse des Exillians T.I.E, Femi Kuti, Onyx Collective, Sofiane Saidi...) et publiées par le Grigri, grisant média de musiques actuelles.

Ces derniers jours, côté live, Banlieues Bleues a mis en ligne jusqu'à mercredi matin, 17 juin, un concert donné par Tom Zé en 2005 durant l'Année du Brésil en France, entrecoupé d'échanges avec le regretté Rémy Kolpa Kopoul, grand spécialiste de musique brésilienne disparu en 2015, et qui révèle la personnalité hors norme de l'artiste cofondateur du mouvement tropicaliste. L'autre live disponible jusqu'au matin du 17 juin est celui du groupe Novembre, fondé par le jeune saxophoniste Antonin Tri Hoang, hanté par Ornette Coleman dans "Apparitions". Mercredi matin, un concert du saxophoniste éthiopien disparu Gétatchèw Mekurya (donné en 2006) et la soirée de célébration du label Ethiopiques (2018) seront mis en ligne pour huit jours sur le site de Banlieues Bleues dans le cadre d'Initiales BB, un titre en clin d'œil à Serge Gainsbourg.

Tom Zé - dada Brasil from lahuit on Vimeo.

Tom Zé : "Dada Brasil" - La Huit

Bientôt le retour des concerts publics, dès vendredi au Sunset-Sunside

D'autres grands festivals de jazz s'organisent en ce moment pour se relever sous de nouvelles formes du séisme causé par la pandémie sur le monde de la culture... Entre-temps, à Paris et ailleurs, se profilent déjà des retrouvailles bien réelles entre le public et les artistes - avec les nouvelles normes sanitaires - à compter du 22 juin, et même avant pour certains clubs de jazz de la capitale, le Sunset-Sunside en tête. Le club aux deux salles de la rue des Lombards propose une Fête du Jazz du 19 au 21 juin pour laquelle l'entrée sera gratuite (masques obligatoires dans les salles), avant de reprendre le fil de sa programmation avec ses festivals Jazz Vocal et Pianissimo.

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