Pourquoi DJ Bob Sinclar, roi du mix énergique, est devenu essentiel en temps de confinement

Le DJ français Bob Sinclar, le 24 avril 2015 à Rome (Italie).
Le DJ français Bob Sinclar, le 24 avril 2015 à Rome (Italie). (ERNESTO RUSCIO / REDFERNS / GETTY)

Tous les amoureux de funk, disco et house music, ont rendez-vous chaque jour depuis le 17 mars avec le pionnier de la french touch DJ Bob Sinclar, pour une heure de mix énergisant, vitale en temps de confinement.

On va vous faire une confidence : on a passé le week-end avec Bob Sinclar. Nous étions invités chez lui, dans l’intimité de son home studio parisien, pour une petite party durant laquelle le producteur et DJ passait quelques disques issus de sa fabuleuse collection (cet obsédé en quête de la perle rare collectionne les disques depuis ses 17 ans, il possède plus de 35.000 vinyles). On a dansé, braillé, sué avec lui au son des meilleurs hits funk, disco et électro. Nous étions des centaines, que dis-je, des centaines de milliers, coincés avec lui dans sa cabine de DJ perso, à faire la nique au confinement, à la déprime et au coronavirus... via Facebook.

Parce que ses mix sont jubilatoires

"Allez, on pousse les meubles, on s’éclate. We are live in Paris from my studio, it’s all about the music !" : depuis le 17 mars 2020, Bob Sinclar donne rendez-vous chaque jour à ses 2 millions d’admirateurs de 14h à 15h (heure française) sur Facebook et Instagram pour un mix à thème : Classic Funk, Classic House, French Touch Vibes, Disco Session, Africanism Live Dj set… Si les DJ et les musiciens rivalisent actuellement d’imagination pour nous divertir et tromper l’ennui du confinement, on n’a pas trouvé mieux que d’écouter et réécouter les mix de Bob Sinclar pour retrouver la patate.

Cette heure de mix jubilatoire passe en un clin d’œil : l’enthousiasme de Christophe Le Friant (de son vrai nom) est communicatif. Ce passionné de musique s’éclate visiblement à partager les pépites vintage de sa discothèque. Il mixe des hits maousse avec des club mix et perles plus rares. Comment résister à You Gotta Get Up (Majik), Get Down Saturday Night (Oliver Cheatham)And The Beat Goes On (The Whispers) et Body Music (The Strikers) pour la session Funk classic du 19 mars (notre préférée, à retrouver là) par exemple ? Ou à cet enchaînement de Runaway (Nuyorican Soul), Mama Say Mama Sa (Caramel) et Wanna Be Startin' Somethin' (Michael Jackson) avant un remix maison de Spacer de Sheila et Nile Rodgers de Chic pour la Disco-ish session ?

Parce qu'il s'éclate visiblement

Les disques ne font pas tout. Il y a quelque chose de réjouissant à voir cet érudit sonore partager ses morceaux favoris en piétinant la fameuse moquette léopard de son studio. Alors que l'on distingue son matériel et une partie de sa collection de vinyles, il fredonne ou mime les paroles, remue les hanches, lance des baisers, crie comme il le ferait en club pour couvrir le son alors qu'il est seul, réagit aux centaines de messages en provenance du monde entier qui défilent sur son écran et souhaite des anniversaires en direct. 

Musclé et hâlé comme un athlète californien, mais avec de faux airs d’Iggy Pop (en plus jeune et plus sain car Bob Sinclar, depuis toujours, ne boit pas, ne se drogue pas), le DJ encourage les soignants, "Alleeeezzz", en faisant des rouleaux avec les bras. Sans nostalgie, le sourire jusqu’aux oreilles, ce tout juste quinqua se souvient en plein mix funk de "La Scala, de l’Observatoire" et lance une "spéciale dédicace à DJ Abdel, Cut Killer, DJ Chabin, Dee Nasty, Radio Nova, Voltage" en pointant l’écran du doigt. Une autre fois, il interpelle Joey Starr qui vient de se connecter : "ça ne te rappelle pas des souvenirs ? Roger Boîte Funk ?".

Parce que ses mix nous réconcilient avec ce pionnier de la "French touch"

On ne va pas vous mentir : on avait perdu de vue Bob Sinclar depuis longtemps. D'abord fan de hip-hop, Christophe Le Friant fut un des pionniers de la French Touch, avant même qu’elle ne porte un nom. DJ aux Bains Douches et au Palace, ami de DJ Cam et de Thomas Bangalter de Daft Punk, il avait fondé un des premiers labels du mouvement, Yellow Productions, en 1994. Là, il sortait de l’abstract hip-hop et de l'acid-jazz sous différents pseudos, The Mighty Bop, La Yellow 357, Reminiscence Quartet. On a encore les T-shirts, même si on ne rentre plus dans ces XS fillette. Il publiait Kid Loco, Salomé de Bahia mais aussi l’un des gros succès de l’époque, l’album Sacrebleu de Dimitri From Paris.



En 1996, avec le maxi Space Funk Project naissait son alter-ego Bob Sinclar, une sorte de super héros disco entre Cerrone, Giorgio Moroder et Belmondo (Bob Sinclar est le personnage incarné par Bébel dans Le Magnifique de Philippe de Broca, un film à l’imaginaire débordant à voir et revoir en temps de confinement). Malgré ce surnom second degré, Christophe Le Friant passait soudainement de l’élégance underground à la dance à visée commerciale et nos oreilles prenaient la poudre d’escampette. En 2005, la sortie de Love Generation, hit international et générique de la Star Academy, le faisait définitivement passer dans le cercle des DJ stars, aux côté de David Guetta et Martin Solveig, cependant qu’il disparaissait de nos radars personnels. Récemment, la simplicité avec laquelle il montrait son travail de producteur lors de master class et autres vidéos nous avait un peu réconciliée avec le DJ survolté.

Parce qu'aucune playlist ne remplace un DJ sincère

Il y a un an, Bob Sinclar ambiançait l’anniversaire du footballeur Neymar, attaquant star du PSG. Ces dernières années, les DJ, tout comme les footballeurs justement, ont été souvent critiqués. Comment ces gars-là, "pas même musiciens", pouvaient-ils être payés des fortunes "juste pour passer quelques disques" (voire un mix sur clé usb) ? On redécouvre en temps de confinement leur fonction essentielle que ne peut remplacer aucune playlist "recommandée pour vous" par une plateforme de streaming. Au-delà de l’art du DJ "sélector" et de la science du mix, l’enthousiasme et l’envie de donner de la joie de certains de ces grands passeurs est irremplaçable.

Impliqué, Bob Sinclar incarne ses mix. Son amour sincère de la musique et sa passion des disques leur donnent chair. Avec ses sessions sur Facebook, il n’est plus ce DJ en surplomb dont on distingue au mieux la silhouette les bras en l’air. Il devient ce précieux "coloc" toujours de bonne humeur dont la proximité rassure. Bob Sinclar ne se prend pas au sérieux mais il est capable de balayer en quelques minutes l’abattement et l’anxiété du confinement. Il fait office de soupape de sécurité, fait œuvre de salubrité publique (et ce, gratuitement). Son enthousiasme et son exaltation sont éminemment contagieux, sans mauvais jeu de mots, et ce de Rome à Sao Paulo et de Marrakech à Bogota. Comme le dit Laurent Garnier, #hopefullywestillhavemusic (heureusement il nous reste la musique).

Toutes les sessions de Bob Sinclar en temps de confinement sont à retrouver ici

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14h till 15h EVERYDAY I PLAY MUSIC FOR U LIVE ON INSTAGRAM & FACEBOOK #ensembleàlamaison #togetherathome ❤️

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