"Priver ceux qui prennent du plaisir à entendre Bertrand Cantat me paraît particulièrement injuste", estime maître Henri Leclerc

L\'avocat pénaliste Henri Leclerc, en février 2015.
L'avocat pénaliste Henri Leclerc, en février 2015. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

L'avocat pénaliste Henri Leclerc a affirmé mercredi sur franceinfo que si l'on peut trouver "indécent" que l'ancien chanteur de Noir Désir remonte sur scène, la France ne vit pas "sous le règne de l'ordre moral".

L'ancien président de la Ligue des droits de l'Homme et avocat pénaliste, Henri Leclerc, a réagi mercredi 14 mars sur franceinfo à la polémique autour de la tournée de Bertrand Cantat. Si l'ancien chanteur de Noir Désir a renoncé à monter sur scène lors des festivals d'été, il continue pour autant sa tournée en France. À Grenoble, mardi soir, il a par exemple été accueilli par des insultes, des crachats et des jets d'objets. Une situation anormale pour maître Henri Leclerc.

franceinfo : Pourquoi trouvez-vous que le traitement qu'il subit est injuste ?

Henri Leclerc : Cet homme a accompli la peine qui lui a été infligée. À partir de ce moment il n'y a plus aucune interdiction de quelque nature que ce soit. Il a un casier judiciaire. L'homme a effectivement commis ces faits, c'est incontestable. Mais il n'empêche que rien ne dit dans la loi qu'un homme devrait cesser de faire ce qu'il fait pendant toute sa vie lorsqu'il a été condamné. Et tout ce qui n'est pas interdit par la loi ne peut être empêché.

Le fait que Bertrand Cantat exerce un métier public ne change-t-il pas les données du problème ?

Cela ne change strictement rien. Bertrand Cantat est un artiste, et la liberté de l'artiste et de la création artistique est reconnue par la loi, la loi de 2016 en particulier. Et l'empêchement à la liberté de l'artiste constitue même un délit. Il n'y a aucune raison légale pour lui interdire de se produire. On me dit qu'il y a une interdiction morale, je ne pense pas que notre démocratie vive sous le règne de l'ordre moral.

Que pensez-vous des propos de Nadine Trintignant qui trouve cela indécent et obscène qu'on applaudisse sur scène quelqu'un qui a tué ?

On peut penser que c'est indécent et obscène et, en tout cas, Nadine Trintignant a le droit de penser ce qu'elle veut. Elle a subi le pire préjudice. Ce qui lui arrivé est effrayant, et on est tous solidaires de Nadine Trintignant. Ce n'est pas là que se situe ma position. C'est une position de principe sur la liberté artistique. Alors bien sûr, nul n'est obligé d'aller à ce spectacle, mais je rappelle quand même que le spectacle n'est pas fait pour l'artiste. Et priver ceux qui prennent du plaisir à entendre Bertrand Cantat, me paraît particulièrement injuste.

Cette polémique révèle-t-elle selon vous un problème plus profond autour de la réinsertion en France ?

J'ai défendu dans ma vie des gens qui ont commis des choses affreuses, qui se sont parfaitement réinsérés et qui ont vécu, après, une vie normale. C'est l'objectif. La peine est aussi une réconciliation, une façon de réintégrer la société. Celui qui a effectué sa peine ne doit pas se voir interdire des choses en fonction de l'acte qu'il a commis, sauf si, dans le jugement de condamnation, ces interdictions sont mentionnées.

Vous êtes à nouveau en ligne