Pourquoi le bleu "terre de ciel" sera la couleur de l'été 2021 ? Réponse au salon Première Vision à Paris

Le forum Perpectives au salon Première Vision à Villepinte près de Paris, février 2020
Le forum Perpectives au salon Première Vision à Villepinte près de Paris, février 2020 (SALON PREMIERE VISION)

Dans le film "Le diable s'habille en Prada" de David Frankel, paru en 2006, la tyrannique rédactrice en chef d'un prestigieux magazine de mode américain explique à son assistante pourquoi le bleu céruléen est à la mode. Pour l'été 2021 ce sera le bleu "terre de ciel", une couleur omniprésente au salon Première Vision, qui se tient en ce moment à Villepinte. 

Si dans 18 mois vous portez du bleu "terre de ciel", cela ne sera pas dû au hasard. Spécialistes et influenceurs du monde entier ont déjà capté pour vous "l'air du temps". L'immersion dans cette nuance bleu-gris est immédiate au salon Première Vision, grand-messe bi-annuelle des matières, en amont de la filière mode, qui se tient du 11 au 13 février à Villepinte, et accueille 1.700 exposants.

De la couleur des murs et de la moquette, jusqu'au ruban sur lequel les badges des visiteurs sont accrochés : on ne peut pas passer à côté de ce bleu lors de ce rendez-vous entre fabricants et créateurs.

Le Pantone 19-4052 Classic Blue, une autre nuance de bleu, a d'ailleurs été déclaré couleur de l'année 2020 par le Pantone Color Institute, dont les experts sillonnent le monde à la recherche de nouvelles influences chromatiques. 

Le bleu exprime la fraîcheur, le sacré, l'écoresponsabilité...

"Historiquement Première Vision travaille sur l'intelligence collective bien avant que ce soit à la mode", explique Pascaline Wilhelm, directrice mode du salon créé il y a 45 ans par des tisseurs lyonnais et qui a pris au fil des ans une ampleur internationale.

La palette des couleurs pour l'été 2021, présentée lors de ce salon, est le fruit de concertations organisées avant cet événement parisien. "Nous sommes une quinzaine, les couleurs au Brésil ne sont pas les mêmes qu'en Angleterre, le Japon n'a pas la même perception que l'Italie et le Portugal a son mot à dire", détaille Pascaline Wilhelm. L'idée de ce bleu est celle "de fraîcheur, de porosité. Il incarne l'intellect, le sacré (...) la notion de l'écoresponsabilité, de mouvement, d'être à la fois dans l'eau et dans l'air", énumère-t-elle. 

Ici toute photo est interdite de même que les croquis : couleurs, motifs ou rayures ne verront pas le jour avant six à dix-huit mois sur les podiums des défilés et dans la rue, et certains seront adoptés en exclusivité par les grandes marques du luxe.

Le salon Première Vision à Villepinte près de Paris, février 2020
Le salon Première Vision à Villepinte près de Paris, février 2020 (FRANCOIS DURAND)

"Première Vision, c'est le début de l'histoire de la création"

La démarche du salon est particulière : "Il n'est pas possible de porter un regard analytique, on ne cherche pas à comprendre mais à capter l'air du temps", explique Gilles Lasbordes, directeur général de Première Vision. 

"Première Vision c'est le début de l'histoire de la création", souligne Jean-Pierre Blanc, fondateur du Festival international de Hyères, tremplin de la jeune création. Les finalistes du festival dont la 35e édition se tiendra en avril, tout comme des  créateurs, sillonnent le salon à la recherche de matières pour leur prochaine collection. Les exposants sont triés sur le volet, les critères étant la créativité et le renouvellement permanent.

"Des vêtements plus sexy, plus près du corps"

Les matériaux présentés comme des viscoses mélangées avec de la soie ou des lins "hybrides" chuchotent les silhouettes à venir. "On a des matériaux qui vont accompagner ces changements avec de la fluidité et de la légèreté. On va probablement revenir vers les choses plus sexy, plus près du corps, après avoir couvert depuis des années le corps de XXL et de superpositions", prédit Pascaline Wilhelm.

Retour en force du lin mais ni raide ni froissé !

Le lin, dont la France est le premier producteur au monde, revient en force. "Cela répond aux attentes sociétales d'avoir un produit plus en phase avec la nature et écoresponsable", explique Marie-Emmanuelle Belzung, directrice générale de la Confédération européenne du lin et du chanvre. Assoupli et hybride, il n'a plus ni l'aspect et ni le toucher d'un tissu "qui sort du placard des grands-mères". La maille a démocratisé la matière et l'a sortie du cycle des saisons. Le lin lavé avec tous les finissages et anoblissements aujourd'hui possibles n'est plus raide, ni froissé. L'innovation de la saison est le lin mélangé "non pas pour être moins cher mais pour surprendre" : avec du tencel (fibre à base de cellulose) pour un effet stretch ou "glamour et féminin" avec des fils dorés, "il peut se transposer sur les robes du soir".

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