Exit la jeune fêtarde en mini-robe du soir, retour à l'élégance décontractée et au chic minimaliste de Chloé

Celine ah 2019-20, à Paris, mars 2019
Celine ah 2019-20, à Paris, mars 2019 (Ik Aldama / dpa Picture-Alliance)

L'influent créateur français Hedi Slimane a dévoilé une collection féminine automne-hiver 2019-20 sage et rétro pour Celine, après avoir été vilipendé pour sa représentation de la femme, jugée non conforme aux codes de la maison lors de la saison printemps-été 2019.

Jupe culotte mi-longue à carreaux vichy avec des bottes hautes, tailleur pantalon gris porté sur un pull col roulé, chemise lavallière ou foulard noué : l'allure de working girl des années 70 est différente de la première collection du styliste destinée à la jeune fêtarde en mini-robe du soir évoluant dans une boîte de nuit. Le noir avec ses effets "laqués, satinés, lustrés, cuivrés" avait dominé sa collection printemps-été 2019 qui avait défilé en septembre 2018. Cette esthétique a suscité la colère des fans de la maison fondée en 1945 et connue par son élégance décontractée et son chic minimaliste. Même les supporteurs de Hedi Slimane ont admis qu'il avait passé au rouleau compresseur l'héritage de Phoebe Philo, sa prédécesseur britannique qui en dix ans chez Celine a contribué au succès de la marque.  

Pour l'automne-hiver 2019-20, les jeans slim se portent avec des cuissardes sous des manteaux longs. Pour une touche disco, un cardigan doré par ci, une veste noire à paillettes par là. La robe noire devient longue et fluide. Pas un morceau de peau n'est dévoilé. Les yeux sont cachés par des lunettes noires. 
Celine ah 2019-20, à Paris, mars 2019.
Celine ah 2019-20, à Paris, mars 2019. (Ik Aldama / dpa Picture-Alliance)

La maison a envoyé en guise d'invitation pour ce défilé un livre contenant des posters de couleur. Gris argenté, miel, mauve, lie de vin, doré, tabac : une palette dans laquelle on reconnaît les codes Celine, mais pas ceux de Hedi Slimane. Roi du noir, de la ligne acérée et de l'esthétique rock qu'il avait cultivés chez Dior et Saint Laurent, le styliste qui vient d'être désigné par le magazine Vanity Fair "le Français le plus influent du monde" avait pourtant déclaré en prenant les rênes de Celine qu'il poursuivait "obsessionnellement une allure, une silhouette" et n'était pas là pour "imiter" ses prédécesseurs.

Celine ah 2019-20, à Paris, en mars 2019.
Celine ah 2019-20, à Paris, en mars 2019. (Ik Aldama / dpa Picture-Alliance)

"Exagérations de puritantisme"

Si la presse française avait salué les créations "couture", les critiques de mode anglo-saxons avaient été impitoyables, allant jusqu'à qualifier ces vêtements de "dégradants" et Hedi Slimane de "Donald Trump de la mode" pas en phase avec l'époque post-#Metoo. Ils l'avaient accusé d'avoir jeté aux orties l'héritage de Phoebe Philo, auteure d'un vestiaire confortable.

Le créateur avait répondu à ces attaques : "L'esprit du défilé était léger et joyeux mais la légèreté et l'insouciance en mode sont aujourd'hui remises en question. J'ai déjà vécu cela chez Saint Laurent. Il y a la politique, les conflits d'intérêts et les coteries, une posture prévisible mais aussi des exagérations stupéfiantes de conservatisme et de puritanisme". 
Celine automne-hiver 2019-20, à Paris, en mars 2019.
Celine automne-hiver 2019-20, à Paris, en mars 2019. (Philippe LOPEZ / AFP)

Cette collection automne-hiver 2019-20 est une réponse aux détracteurs d'Hedi Slimane qui lui reprochaient de ne pas se renouveler. D'autres estimaient cependant que son style très reconnaissable était la clé du succès du styliste, l'un des plus influents de sa génération et la raison pour laquelle le groupe LVMH l'a embauché en espérant faire grimper les ventes. "Les gens qui critiquent Slimane ne comprennent pas qu'il existe une catégorie de clients qui le suivent de marque en marque. Alors il peut faire ce qu'il veut", estime Mikelle Street, chroniqueur de mode américain.


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