Venezuela : débat autour de l'attribution du prix littéraire Romulo-Gallegos, accusé d'être un "instrument de propagande"

L\'écrivain colombien Pablo Montoya, lauréat du prix littéraire Romulo-Gallegos en 2015, lors d\'un festival de littérature à Managua, au Nicaragua le 22 mao 2017. 
L'écrivain colombien Pablo Montoya, lauréat du prix littéraire Romulo-Gallegos en 2015, lors d'un festival de littérature à Managua, au Nicaragua le 22 mao 2017.  (INTI OCON / AFP)

Le prix est critiqué par plusieurs écrivains d'Amérique Latine qui dénoncent sa politisation sous l'influence des régimes vénézuélien et cubain. D'autres, au contraire, réfutent ces accusations et défendent un prix "né politisé". 

Vargas Llosa, Garcia Marquez, Bolaño...: la liste des gagnants du prix vénézuélien Romulo-Gallegos se lit comme un répertoire des grands écrivains hispanophones. Mais le débat autour de son attribution en novembre se teinte de politique, entre auteurs opposés à la "dictature" et autorités chavistes.

Décerné en théorie tous les deux ans, le prix Romulo-Gallegos, baptisé d'après un romancier et homme d'Etat vénézuélien, a eu un éclat inégalé dans le monde des lettres espagnoles et latino-américaines. Attribué pour la première fois en 1967 au Péruvien Mario Vargas Llosa (prix Nobel de Littérature 2010), "il a acquis rapidement un très grand prestige parce qu'il est devenu le prix du 'boom'", note pour l'AFP Gustavo Guerrero, éditeur du domaine hispanique aux éditions parisiennes Gallimard.

Le "boom", c'est cette parenthèse dorée du Venezuela des années 1960 et 1970, lorsque la rente pétrolière permettait à Caracas d'être parmi les premiers de la classe latino-américaine en économie. "C'était l'époque de la démocratie libérale", explique Gustavo Guerrero, natif de Caracas. Le Romulo-Gallegos est alors attribué à des auteurs plus prestigieux les uns que les autres : le Colombien Gabriel Garcia Marquez (1972) ou le Mexicain Carlos Fuentes (1977).

"Instrument de propagande"

Les choses se gâtent vers la fin du premier mandat du défunt président Hugo Chavez (1999-2013), car, poursuit Gustavo Guerrero, en 2005 "le gouvernement vénézuélien est intervenu dans la formation du jury". Cuba, allié indéfectible du président Chavez, a même "imposé des membres du jury. A partir de là, on a senti que le prix était en train de perdre son autonomie".

Quinze ans plus tard, le prix Romulo-Gallegos doit de nouveau être attribué, pour la première fois depuis 2015. Et comme à chaque fois désormais, la bourrasque des critiques l'emporte sur l'enjeu littéraire. Pour le romancier vénézuélien Rodrigo Blanco Calderon, qui vit en Espagne, le prix n'est plus qu'"un instrument de propagande et de légitimation de la dictature chaviste"

De quoi refuser un chèque en blanc aux jurés du Romulo-Gallegos "qui sont tous affiliés au chavisme, d'une manière ou d'une autre", explique Rodrigo Blanco Calderon à l'AFP. Avec d'autres écrivains, vénézuéliens surtout, il a appelé ses collègues auteurs à ne pas se prêter à cette "farce". "Il n'y a qu'à voir la liste des oeuvres en compétition pour se rendre compte que le prix Romulo-Gallegos est devenu un hôtel pour touristes de la dictature chaviste", a-t-il écrit sur Twitter au sujet des œuvres en lice, dont celle de l'Argentin Rodrigo Fresan.

Un prix "né politisé"

Depuis, les désistements se sont enchaînés. Comme celui de Maria Perez-Talavera, une écrivaine vénézuélienne en exil. Elle a retiré son livre Eran de madera pour ne pas devenir "l'instrument d'une plateforme littéraire politisée". Cette offensive n'a pas plu au Centre d'études latino-américaines Romulo-Gallegos (Celarg) qui attribue le prix. "Le prix est né politisé", s'est-il défendu dans un communiqué.

L'un des membres du jury, l'écrivain colombien Pablo Montoya (gagnant du prix en 2015), a réagi, lui, dans une tribune publiée mardi 11 août sur le site du quotidien de son pays, El Tiempo. "Il est faux de dire que nous - jurés et candidats - sommes les pauvres pions d'un régime", s'est-il insurgé.

Un peu moins de 200 écrivains sont en lice, mais certainement pas la Vénézuélienne Karina Sainz Borgo. "Je ne vais pas légitimer un régime qui n'est pas démocratique", dit à l'AFP l'auteure de La fille de l'Espagnole. Et, poursuit-elle, avec le trou béant dans les finances de l'Etat vénézuélien, "je ne suis même pas certaine qu'ils aient de quoi payer le prix", doté d'environ 80 000 euros.

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