L'écrivain Pierre Guyotat, prix Medicis en 2018, est mort à 80 ans

L\'écrivain Pierre Guyotat pose avec son livre \"Idiotie\", lauréat du prix Medicis en 2018, le 6 novembre 2018.
L'écrivain Pierre Guyotat pose avec son livre "Idiotie", lauréat du prix Medicis en 2018, le 6 novembre 2018. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Avec "Tombeau pour cinq cent mille soldats" et "Eden, Eden, Eden", il restera comme l'auteur de deux œuvres majeures de la littérature française du XXe siècle. 

Son roman Idiotie lui vaudra le prix Médicis en 2018. L'écrivain Pierre Guyotat est mort dans la nuit du jeudi 6 au vendredi 7 février à l'âge de 80 ans, a annoncé sa famille à l'AFP. Celui qui a toujours préféré la discrétion à la lumière restera comme comme l'auteur de deux œuvres majeures de la littérature française du XXe siècle : Tombeau pour cinq cent mille soldats, écrit en 1967 sur la guerre d'Algérie, et Eden, Eden, Eden, paru en 1970 et jugé pornographique par les autorités françaises de l’époque, interdit de publicité, d’affichage et de vente aux mineurs. Ce second livre, cru, parfois insoutenable, conforte son image d'écrivain maudit. Il met le lecteur loin de sa zone de confort mais sa syntaxe, sa langue sans pareil, font de Pierre Guyotat un écrivain unique et sidérant. 

Victime de la censure, rebelle à toute forme d'autorité, il signe en 1977, aux côtés de 68 autres intellectuels et écrivains de renom (Barthes, Beauvoir, Sartre, Chéreau, Kouchner, Lang...) une pétition rédigée par Gabriel Matzneff réclamant un assouplissement des lois régissant les relations entre mineurs et majeurs. Cette pétition finira par être exhumée au début de l'année à l'occasion de l'affaire Matzneff.

Un détective à ses trousses

Sans le chercher, Pierre Guyotat fait souvent scandale. Ses œuvres, toujours incandescentes, sont mises à l'index pour "obscénité".  Au soir de sa vie, dans Par la main dans les Enfers (2016), il raconte : "Mon rôle aura été de tenir la main à toutes mes figures pour les conduire vers leur non-destin, dans l'activité rude qui est la leur. Réciproquement, elles m'ont tenu la main pour me faire circuler dans les Enfers. Et oui, bien sûr, il en va de même du lecteur".

Sa vie n'est pas été un chemin de roses. Né en janvier 1940 dans une famille bourgeoise de Lyon, le jeune Guyotat envoie des poèmes à René Char et rêve d'ailleurs. Agé d'à peine 18 ans et donc encore mineur, il fugue pour Paris, persuadé que c'est dans la capitale qu'il pourra accomplir son destin de poète. Son père, médecin, lance un détective privé à ses trousses.

A Paris, c'est la dèche. Le jeune homme dort sous le pont de l'Alma, enchaîne les petits boulots. En 1961, alors que son premier texte (Sur un cheval) vient d'être accepté au Seuil, il est appelé sous les drapeaux pour servir en Algérie.

Son esprit réfractaire ne fait pas bon ménage avec la discipline militaire. Tabassages, vexations des gradés... Inculpé d'atteinte au moral de l'armée, il est condamné à trois mois de cachot avant d'être muté dans une unité disciplinaire. Ramené à la vie civile, Guyotat n'a de cesse de traduire en mots les horreurs qui le hantent. Il retourne à Paris, "vers la faim" mais "décidé à en découdre".

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