Jesmyn Ward lauréate du prix America pour "Le chant des revenants"

La romancière américaine Jesmyn Ward, mars 2018
La romancière américaine Jesmyn Ward, mars 2018 (ULF ANDERSEN / AURIMAGES / ULF ANDERSEN)

Jesmyn Ward est considérée par la critique américaine comme l'héritière de la romancière Toni Morrison, Prix Nobel de littérature en 1993.

La romancière américaine Jesmyn Ward a reçu mardi le prix America du meilleur livre américain pour Le chant des revenants un récit aussi puissant que déchirant autour d'une famille noire du Mississippi rongée par la drogue et la hantise de la prison.

Professeur d'anglais (elle a été la première de sa famille à fréquenter l'université), Jesmyn Ward, 42 ans, avait déjà été récompensée pour ce livre par le prestigieux National Book Award en 2017.

Elle est la seule femme à avoir reçu deux fois cette distinction considérée comme la plus importante récompense littéraire des États-Unis. Traduit de l'anglais par Charles Recoursé, Le chant des revenants (Sing, Unburied, Sing) est sorti en français chez Belfond en février.

Une équipée sauvage dans le Mississipi

Le roman raconte l'histoire de Leonie, une femme noire et toxicomane, parfois brutale, qui décide d'emmener ses enfants dans le nord du Mississippi pour aller chercher au pénitencier de Parchman leur père, Michael, un "petit blanc" issu d'une famille raciste. Le récit fait alterner les voix de Leonie, de son fils Jojo, un gamin de 13 ans, et de Richie, un fantôme qui ne parle qu'à l'oreille de Jojo.

A 13 ans, Jojo (pour Joseph) est est élevé par ses grands-parents maternels, notamment son grand-père prénommé River, et c'est souvent Jojo qui prend soin de sa petite soeur Kayla.

"Comme du bétail"

Si la ségrégation raciale appartient au passé dans le Sud des États-Unis, ses séquelles demeurent. "Pendant plus de 300 ans, les Américains noirs ont été traités comme du bétail", accuse Jesmyn Ward dans le nouveau numéro d'America à paraître mercredi.

"C'est une tendance qui dure depuis des siècles et qui est incrustée dans les fondations mêmes de l'Amérique", ajoute la romancière dont le frère, "homme noir de 18 ans", a été mortellement blessé par un conducteur ivre en octobre 2000. Le chauffard, blanc, a été arrêté par la police mais simplement condamné pour délit de fuite.

"Je me demande souvent à quel point le verdict aurait été différent si c'était mon frère qui l'avait renversé", s'interroge Jesmyn Ward.

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