Prix Goncourt : Irène Frain et Djaïli Amadou Amal toujours en lice, Emmanuel Carrère éliminé de la deuxième sélection

L\'écrivaine Irène Frain en 2011.
L'écrivaine Irène Frain en 2011. (ALAIN JOCARD / AFP)

Les huit ouvrages de la deuxième sélection ont été annoncés sur Twitter ce 6 octobre. Il faudra attendre le 27 octobre pour connaître les quatre finalistes. Le prix sera quant à lui décerné le 10 novembre.

L'Académie Goncourt a dévoilé sa deuxième sélection sur son compte Twitter. Si Irène Frain reste en lice avec Un crime sans importance (Seuil), Carole Martinez, Lola Lafon et Sarah Chiche, très présentes cette année dans la sélection des prix littéraires, n'y figurent plus. Tout comme Emmanuel Carrère et son ouvrage Yoga dont la forme, trop éloignée d'un roman à l'image du Lambeau de Philippe Lançon (Gallimard), avait fait débat.

La deuxième sélection :

Mohammed AÏSSAOUI, Les funambules (Gallimard)

Djaïli AMADOU AMAL, Les impatientes (Emmanuelle Collas)

Miguel BONNEFOY, Héritages (Rivages)

Irène FRAIN, Un crime sans importance (Seuil)

Hervé LE TELLIER, L'anomalie (Gallimard)

Jean-Pierre MARTIN, Mes fous (L'Olivier)

Maël RENOUARD, L'historiographe du Royaume (Grasset)

Camille DE TOLEDO, Thésée, sa vie nouvelle (Verdier)

"Yoga", livre le plus discuté de la rentrée littéraire

Carrère, l'une des vedettes de la littérature française aujourd'hui, n'a pas besoin de ce prix pour vendre. Lors de sa quatrième semaine en librairies, il était en tête des ventes de romans selon le classement hebdomadaire L'Express-Edistat. Mais le Goncourt est une consécration pour tout auteur de ce calibre, comme il l'avait été pour Michel Houellebecq en 2010.

"La course au Goncourt, le scandale: tout ça fait vendre. Un anonyme qui raconterait exactement la même histoire n'aurait jamais eu ce retentissement", souligne à l'AFP Nathalie Hauksson Tresch, professeur à l'université de Dalécarlie (Suède). Yoga a été l'objet d'une polémique publique entre l'auteur et son ex-épouse, l'ancienne journaliste Hélène Devynck.

Fin septembre planaient des interrogations sur la possibilité pour l'Académie Goncourt de conserver dans sa sélection ce qui ne serait pas une "oeuvre d'imagination", comme le mentionne le testament d'Edmond de Goncourt.

"Le contraire de la réalité"

Hélène Devynck le dit alors haut et fort, dans un droit de réponse à un article de Vanity Fair: Yoga contient une part non négligeable d'invention. Par exemple, à propos du séjour d'Emmanuel Carrère pour aider les réfugiés sur l'île grecque de Leros: "Les deux mois n'ont duré que quelques jours". "L'épisode dilaté est présenté comme une sortie de dépression, un retour à la vie. Le contraire de la réalité. Je pourrais multiplier les exemples", ajoute-t-elle.

Le romancier lui répond quatre jours plus tard dans Libération, revenant sur l'engagement, qu'il estime avoir respecté strictement, de ne pas parler de son ex-épouse sans son consentement. "Ce n'est pas moi qui l'ai rompu, mais Hélène elle-même qui, tout en exigeant d'être tenue à l'écart de ce livre, s'exprime dans les médias à son sujet. Je ne lui fais pas de reproche", affirme-t-il pour se défendre.

Dans ce débat difficile sur les limites à la création romanesque s'agissant de personnes réelles, et sur les frontières entre fiction et récit véridique, les deux parties ont en tout cas trouvé leurs défenseurs, même si le texte a également été évincé de la sélection du Médicis.

D'autres textes autobiographiques dans la sélection

Dans les ouvrages de cette deuxième sélection, on retrouve d'autres textes ouvertement autobiographiques, comme Un crime sans importance d'Irène Frain, sur le meurtre dont est victime sa soeur, Les Impatientes de la Camerounaise Djaïli Amadou Amal, sur le mariage forcé et la polygamie, ou Thésée, sa vie nouvelle, de Camille de Toledo, sur la dépression et le lourd passé d'une famille.

Du côté des fictions, L'Anomalie d'Hervé Le Tellier livre un suspense haletant sur un événement inexplicable que notre société occidentale s'échine à rationaliser. L'Historiographe du Royaume de Maël Renouard raconte le Maroc, Les Funambules de Mohammed Aïssaoui, l'Algérie. Enfin, Héritage de Miguel Bonnefoy est une saga familiale brillante, et Mes fous de Jean-Pierre Martin une réflexion sur la maladie mentale dans nos villes aseptisées.

La troisième sélection du Goncourt proclamera ses quatre finalistes le 27 octobre. L'écrivain primé sera quant à lui annoncé chez Drouant à Paris le 10 novembre. Proclamé pour la première fois en 1903, le Goncourt est toujours l'un des prix littéraires les plus prescripteurs

Vous êtes à nouveau en ligne