La série "Validé" et le livre "Pas pleurer" : nos conseils pour se cultiver pendant le confinement

Le rappeur Hatik, au centre, interprète la jeune pépite APASH dans la série.
Le rappeur Hatik, au centre, interprète la jeune pépite APASH dans la série. (MANDARIN PRODUCTION)

Tous les jours, franceinfo vous propose des conseils pour se cultiver même par temps confiné, face au coronavirus. 

Pour passer le temps avec le confinement, franceinfo vous propose des conseils culture pendant cette période particulière de lutte contre le coronavirus. Chaque jour, nous vous conseillerons de la lecture, de la musique, des séries ou des films.

Une série : "Validé", plongée dans l'univers du rap français

C'est la première série d’envergure sur l’univers du rap français et même si elle n’évite pas quelques clichés, Validé, dont la première saison est disponible sur MyCanal, est plutôt réussie. De PNL à NTM, en passant par Soprano, Lartiste ou Booba, Validé relève le défi d’une plongée dans un univers riche et complexe. 

Puisqu’il faut un héros, voici Clément, alias APASH, le phénoménal et charismatique rappeur Hatik dans la vraie vie. Devant la caméra c’est une jeune pépite, défiant un soir le héros de son enfance, Mastar, colosse du rap depuis une décennie, lors d’un freestyle dans la célèbre émission Planète Rap sur Skyrock. L’idole n’apprécie pas, tout s’enchaîne : clashs, jalousie, coups de vice et coups dans le dos. 

Violence, drogue, grosses voitures et bagarres dans tous les sens, Validé n’évite pas les clichés d’un univers qui les accumule, le tout est parfois trop écrit, expliquant lourdement les enjeux, entre fraude au streaming et contrats vérolés en maison de disques. Mais on sent bien que Franck Gastambide, acteur et réalisateur à l’origine du projet, assouvit ici une envie profonde.

Kool Shen, Soprano, Ninho, Lacrim, tous apparaissent à un moment donné dans la série, comme une certaine caution du milieu. Pourtant la principale réussite de Validé n’est pas à l’image, mais dans le son : sa bande originale (chez Polydor), avec Gims, Soprano, S.Pri Noir, Rémy, Hatik ou la révélation Sam’s… Rap français, succès : validé.

Un livre : "Pas pleurer", de Lydie Salvayre

En ces temps de privations de liberté, ce roman fait entendre la voix de nos aïeuls, qui eux ont connu la vraie guerre et qui ont eu la force de ne pas pleurer. Mieux, encore, d'en garder les plus beaux souvenirs.

Lydie Salvayre est née de parents réfugiés espagnols qui ont fui le franquisme. Quand sa mère Montse a 90 ans, elle la fait parler. Sa mémoire est défaillante, mais elle n'a pas oublié le mois de juillet 1936. Pauvre en Catalogne, elle se destine à travailler pour le notable du village qui la trouve "modeste", un mot gravé dans sa mémoire. Quand la guerre civile éclate, elle part à Barcelone avec son frère Josep, anarchiste, défendre la jeune république, ce se sera son plus bel été, malgré la défaite, le retour au village et l'exil qui suivront. Dans la ville, avant les déchirements entre républicains et l'assaut des franquistes, Montse assiste ébahie, émerveillée à la construction d'une utopie, à cette fraternité internationale. Elle y rencontre André, un Français, que sa fille se plait à croire être André Malraux, une passion qui file comme une étoile et dont il restera un fils. 

Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014, le 5 novembre 2014 à Paris.
Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014, le 5 novembre 2014 à Paris. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Pas pleurer n'est pas seulement l'émouvant récit d'une vieille dame drôle et enjouée. Lydie Salvayre invite dans son roman un auteur très éloigné d'elle. Georges Bernanos, fervent catholique, qui soutient de sa retraite aux Baléares les franquistes. Quand, épouvanté par les massacres des républicains à Majorque, cautionnés par l'église, il écrit, révolté Les grands cimetières sous la lune. Cette prise de conscience humaniste croise alors la lucidité de l'écrivaine sur les violences commises dans son propre camp.

Enfin, Pas pleurer c'est un délicieux traité empirique de langage populaire. Pour qui a connu ces réfugiés espagnols dans le sud de la France, lire ce qu'était leur langue est un délice. Montse, comme ses compagnons d'infortune ne parle plus l'espagnol et ne parlera jamais vraiment le français. Elle parle le "fragnol", langue bricolée, quand elle évoque sa première grossesse, elle dit "J'étais embarrassée", car en espagnol, enceinte se dit embarasada.
Lydie Salvayre qui a longtemps été pédopsychiatre auprès de populations "modestes" comme disait l'autre, magnifie la grâce, la créativité, l'humour de ces langues de la débrouille, de la survie en milieu hostile. La mémoire est un territoire merveilleux quand on sait voyager.

Pas pleurer de Lydie Salvayre, aux éditions du Seuil, prix Goncourt 2014.

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