Nobel de littérature : l'essayiste Sara Danius, ex-secrétaire perpétuelle de l'Académie suédoise, est morte

Sara Danius le 20 décembre 2017 à Stockholm
Sara Danius le 20 décembre 2017 à Stockholm (JONAS EKSTROMER / TT NEWS AGENCY / AFP)

L'auteure âgée de 57 ans se trouvait à la tête de la prestigieuse institution quand y a éclaté un scandale d'agressions sexuelles, lequel avait entraîné le report de l'attribution du Prix 2018. Elle a succombé à un cancer.

Sara Danius était la première femme devenue secrétaire perpétuelle de l'Académie suédoise qui décerne le prix Nobel de Littérature. Elle est morte samedi des suites d'un cancer, a annoncé à l'AFP l'académie.

L'essaiste avait annoncé en 2014 qu'elle souffrait d'un cancer du sein. Sa disparition survient deux jours seulement après la double attribution par le comité Nobel de l'Académie suédoise du prix de littérature 2018 à la Polonaise Olga Tokarczuk et du prix 2019 à l'Autrichien Peter Handke.

La voix et le visage de l'Académie

Professeure de littérature à l'université de Stockholm, Sara Danius était entrée à l'Académie en 2013 et en était devenue deux ans plus tard la secrétaire perpétuelle, première femme à ce poste depuis la création de la "Svenska Akademien" en 1786. Fonction prestigieuse qui a fait de cette intellectuelle passionnée de mode la voix et le visage de l'académie lors de l'annonce du Nobel de littérature devant les caméras du monde entier entre 2015 et 2017.

Elle a ainsi présidé au sacre de la Bélarusse Svetlana Alexievitch, mais surtout à celui du chanteur américain Bob Dylan, un choix assumé par Sara Danius, mais qui avait suscité de vives réactions dans le monde des lettres.

En octobre 2017, l'académie avait attribué le prix Nobel à l'écrivain britannique Kazuo Ishiguro, perçu comme l'expression d'un retour à l'orthodoxie pour un cénacle chahuté tant en ses murs qu'à l'extérieur.

Une institution rattrapée par #MeToo

Mais quelques semaines plus tard, en plein mouvement #MeToo, 18 femmes accusaient de harcèlement et d'agressions, dans une tribune publiée par le quotidien de référence Dagens Nyheter, une personnalité influente de la scène culturelle suédoise, le Français Jean-Claude Arnault. Ce septuagénaire marié à une académicienne recevait par ailleurs de généreux subsides de l'académie dont il se vantait d'être le "19e membre" et, selon des témoins, soufflait le nom des futurs lauréats du Nobel à ses amis.

Le scandale avait mis au jour le fonctionnement opaque de l'académie, les rivalités entre ses membres, la dénonciation par les soutiens de Sara Danius des forces du "patriarcat" à l'œuvre en son sein et la culture du silence qui protégeait le Français.

Depuis ce scandale, l'Académie suédoise a connu une hémorragie de membres. Sara Danius avait elle-même abandonné ses prérogatives de secrétaire perpétuelle en avril 2018 tout en conservant son fauteuil. Finalement, privée du quorum de membres siégeant prévu dans ses statuts pour désigner un lauréat, elle avait dû reporter l'annonce du Nobel 2018 d'un an, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale.

Depuis, les postes vacants ont été pourvus, les statuts de l'académie réformés. En février 2019, Sara Danius avait annoncé qu'elle rendait définitivement son fauteuil à l'académie.

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