Mort de Pierre Péan : le journaliste Christophe Nick salue "l'homme qui a donné toutes ses lettres de noblesse à l'enquête"

Christophe Nick et Pierre Péan, le 22 mai 1997.
Christophe Nick et Pierre Péan, le 22 mai 1997. (THOMAS COEX / AFP)

Pierre Péan, décédé jeudi, voulait laisser la "liberté au lecteur de se faire son propre jugement", a confié son ami et collègue Christophe Nick.

Pierre Péan est "l'homme qui a donné toutes ses lettres de noblesse à l'enquête", a salué sur franceinfo vendredi 26 juillet le journaliste Christophe Nick, après le décès de son ami et collègue jeudi soir. Pierre Péan avait sorti beaucoup d'affaires, comme les diamants de Bokassa ou les révélations sur la jeunesse trouble de François Mitterrand. "C'est un personnage immense", a estimé Christophe Nick.

franceinfo : Que représentait Pierre Péan pour vous ?

Christophe Nick : C'était mon patron, celui de plein de gens. C'était notre guide, un phare quand on voyait plus rien. C'était l'homme qui a donné toutes ses lettres de noblesse à l'enquête. Il a imposé une rigueur, le temps long, comprendre et ne pas juger, chercher les logiques de système derrière les enjeux de pouvoir, beaucoup plus que les enjeux humains et leur médiocrité. C'est un personnage immense. Beaucoup de vos auditeurs ont lu au moins un de ses livres et compris un peu mieux la complexité du monde et de la vie.

Pourquoi n'aimait-il pas le terme de "journaliste d'investigation" ?

Parce que l'investigation, pour lui, c'était chercher un coupable, le chercher à charge, l'attaquer et le traquer pour le juger. Pour lui, c'était l'inverse absolu de ce qui est l'enquête, qui est de comprendre, d'avoir toutes les clés, de prendre son temps pour analyser et peser, mais surtout de laisser libre le lecteur de se faire son propre jugement. C'était quasiment de la pédagogie. C'était permettre aux citoyens de pouvoir voter en sachant et pas en clouant au pilori, en s'acharnant ou en faisant des feuilletons médiatiques.

Y avait-il une méthode Pierre Péan ?

Oui. D'abord, quand on commençait quelque chose, on oubliait tout ce qu'on pensait, on doutait de tout, on repartait à la base. On commençait d'abord par lire ce que tout le monde avait déjà écrit. C'était très modeste ! C'était de dire : "On est les héritiers de gens qui ont déjà écrit avant nous et on contribue petit à petit à une vérité que d'autres reprendront derrière." C'était donc très laborieux. Son autre méthode était l'indépendance totale. C'est une leçon pour tous les journalistes, on peut être libres et on peut affirmer une ligne éditoriale indépendante.

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