"En attendant le jour" : pour la première fois le héros d'une série de Michael Connelly est une héroïne

Le romancier américain Michael Connelly
Le romancier américain Michael Connelly (HACQUARD ET LOISON)

Avec "En attendant le jour" (Calmann-Levy), Michael Connelly, roi du polar américain avec plus de 30 romans vendus à 65 millions d'exemplaires dans le monde, lance une nouvelle série dans laquelle pour la première fois il donne le premier rôle à une femme. Renée Ballard, jeune inspectrice au caractère bien trempé, est née dans l'imagination de Michael Connelly avant l'affaire Weinstein, ce qui ne l'empêche pas d'incarner les valeurs défendues par le mouvement #Metoo.

L'histoire : présentons d'abord la nouvelle héroïne, l'inspectrice Renée Ballard, hawaïenne, petite quarantaine, mince, sportive, elle n'a pas de domicile fixe et dort la plupart du temps sous une tente, sur la plage. Elle a grandi au bord de l'océan, et quand elle n'est pas occupée par son travail, elle surfe, ou fait de longues balades en paddle qui lui permettent de réfléchir aux enquêtes en cours. Célibataire, elle gère sa vie sexuelle librement. C'est un procès qu'elle couvrait en tant que journaliste pour le Los Angeles Times -viol et meurtre d'une jeune fugueuse- qui a décidé Ballard à rejoindre la police. Entrée au LAPD, elle est du genre à accomplir sa mission avec acharnement.

Harcèlement sexuel

Quand on fait sa connaissance, Ballard a été reléguée au quart de nuit après avoir accusé son supérieur hiérarchique de harcèlement sexuel. Plainte classée sans suite, elle s'est par la même occasion fâchée avec son co-équipier, Chastain, qui n'a pas levé le petit doigt pour la défendre. Malgré cette mise au ban, la jeune inspectrice accomplit son travail plus que sérieusement avec son nouveau co-équipier, l'inspecteur Jenkins, son "compagnon des ténèbres". La première nuit de ce premier épisode commence dans la routine, avec un cambriolage chez une vieille dame.

La suite va se révéler beaucoup plus agitée. Les inspecteurs sont depêchés à l'hôpital pour interroger une prostituée transsexuelle battue à mort et laissée pour morte par son agresseur sur un parking de Santa Monica. "La maison à l'envers", sont les seuls et derniers mots que la victime réussit à prononcer avant de plonger dans le coma. Au même moment, ou presque, une fusillade fait cinq morts au Dancers, un night-club de la ville. Quand la cinquième victime arrive à l'hôpital, il est 1h27 et Ballard a commencé son service à peine deux heures plus tôt. La nuit va être longue, les jours et les nuits qui suivent pas moins.

Une héroïne dans l'air du temps

Ce premier opus de la série est une réussite. Écrit avant l'affaire Weinstein (le livre est paru il y a deux ans aux États-Unis), ce nouveau roman de Michael Connelly fait pourtant échos au mouvement #Metoo. Le romancier américain donne pour la première fois le rôle principal à une femme, dont il dresse, dès ce premier épisode, un portrait fouillé. Un personnage avec des failles, et une vie un brin décalée, mais une femme forte, indépendante, qui dirige librement sa vie et n'entend pas se soumettre à la domination des hommes. On est avec elle, au plus près, tout au long de cette double enquête (presque triple, avec le cambriolage).

On retrouve dans En attenant le jour les ingrédients qui font des romans de Michael Connelly des best-sellers (65 millions d'exemplaires vendus dans le monde) : un souci maniaque, quasi documentaire, du travail policier, une peinture réaliste de l'Amérique d'aujourd'hui, et notamment de la ville de Los Angeles, véritable personnage parmi les personnages bien campés de ce nouveau roman, avec une intrigue ne laissant au lecteur aucun répit.

Cette nouvelle série démarre en France sur les chapeaux de roue avec déjà 75.000 exemplaires vendus depuis sa sortie dans les librairies mi-mars. On attend avec impatience le deuxième épisode dans lequel Renée Ballard devrait, nous dit-on, croiser la route de ce vieux briscard d'inspecteur Harry Bosh…

Couverture de En attendant le jour, Michael Connelly 
Couverture de En attendant le jour, Michael Connelly  (Calmann-Levy)

En attendant le jour, Michael Connelly
Calmman-Levy – 417 pages – 21,90 euros)

Extrait :

"Elle avança dans le couloir, regarda par les fenêtres des salles d'opération et remarqua que Ramon Guttierrez avait été monté dans l'une d'entre elles et subissait déjà une opération destinée à réduire la pression due à son œdème cérébral. Elle observa la scène quelques instants jusqu'à ce que son portable vibre. C'était un texto du lieutenant Munroe qui voulait savoir comment se portait la cinquième victime. Ballard lui répondit en gagnant l'ascenseur.
TMC – Je vais à la scène du crime
TMC était un vieil acronyme qu'on prononçait à la fin d'un appel radio. D'après certains, il signifiait "tenez-moi au courant" mais à l'usage il avait pris le sens de "terminé" et, le temps aidant, celui de "service terminé" ou encore, dans le cas présent, de "décès de la victime".
En attendant le jour, Michael Connelly (page 33)

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