"Une rose seule" : un flamboyant roman de Muriel Barbery

L\'écrivaine Muriel Barbery
L'écrivaine Muriel Barbery (© Boyan Topaloff)

L'autrice de "L'élégance du hérisson" publie son cinquième roman, une douce histoire à l’écriture tout en délicatesse.

L’histoire : Née en France d’une mère qui a quitté son père japonais qu’elle n’a du coup jamais rencontré, Rose est une jeune femme à la mélancolie profonde. Un jour, elle reçoit un message et un billet d’avion pour Kyoto, la ville aux mille temples, où son père, apprend-elle, vient de décéder. Elle y est attendue par un exécuteur testamentaire, dénommé Paul. Commence alors pour Rose le cheminement vers une renaissance autant inespérée qu’improbable, au monde, et à elle-même. Une rose seule, de Muriel Barbery, est paru aux éditions Actes Sud le 19 août 2020.

Remplis de mots à l'ordonnancement tout en finesse, les chapitres s’ouvrent et se referment sur de courts contes orientaux qui guident le parcours de Rose, qui ne semble d’abord trouver aucun sens à ce qui lui arrive. La jeune femme, botaniste, navigue de temple bouddhiste en jardin zen, s’échappant de la laideur de certains lieux kyotoïtes, selon une mise en scène voulue par son père, guidée par le mystérieux Paul. De fleurs en pierres, de minéralité en ivresses, elle progresse pas à pas, sans savoir vers quoi ni vers qui.

Un puzzle minéral et végétal 

Muriel Barbery nous entraîne à sa suite sur les traces flottantes des absents, dénicher la beauté qui se noue dans d’improbables détails. Rose découvre ainsi en parallèle son père et le monde de son père, et s’aperçoit qu’il ne l’a jamais vraiment laissée, mais suivie à distance comme un kami, un esprit, en découvrant des photos : "Sur l’une d’elles, on voyait une petite fille rousse dans un jardin estival. A l’arrière-plan, de grands lilas blancs masquaient un mur de pierres sèches. A droite, le regard filait vers une vallée avec des collines vertes et bleues, une rivière qui serpentait, un ciel aux nuages rebondis. Elle regarda l’ensemble des photographies et, après un moment, comprit que c’était la seule à n’avoir pas été volée. Toutes les autres avaient été prises au téléobjectif sans qu’elle le sache, sous des angles divers, par toutes les saisons."

De rencontres en promenades, Rose croise des personnages qui s'ordonnent sur son parcours, et qui progressivement l'entourent, s'imbriquant dans un puzzle minéral et végétal, jusqu'à révéler un tableau qui s'incarne au dernier moment. 

Une succession de chapitres comme une cérémonie du thé

La plume de Muriel Barbery nous entraîne autant que ses personnages. Ses mots mis bout à bout forment de fines guirlandes surprenantes : "La lumière matinale, versée par une ouverture quadrillée de bambou, jetait des lucioles sur les murs et, un instant, inondée d'un chatoiement de vitrail, elle se crut dans une cathédrale."
Et le raffinement de l'art de vivre japonais se ressent jusque dans l'agencement des mots : une succession de chapitres, comme une cérémonie du thé, ses rituels, et son rythme impassible. Une architecture verbale qui nous plonge dans un imaginaire à la fois drôle, inquiétant, et très doux. 

Couverture d\'Une rose seule, de Muriel Barbery
Couverture d'Une rose seule, de Muriel Barbery (Actes Sud)

Une rose seule, de Muriel Barbery, paru aux éditions Actes Sud le 19 août 2020 (160 pages, 17,50€)

Extrait : "La musique des pins l’enveloppa comme une liturgie, la noya dans les branches griffues, les torsions en pointe d’aiguilles souples ; une atmosphère de cantique flottait, le monde s’aiguisait, elle perdait la notion du temps. La pluie reprit, fine et régulière, elle ouvrit son parapluie transparent – quelque part en lisière de sa vision, quelque chose s’agita. Ils passèrent le porche, il y eut un autre coude vers la droite puis, devant eux, une allée. Longue, étroite, bordée de buissons de camélias et de rampes de bambous par-dessus une mousse argentine, cernée, à l’arrière, de hauts bambous gris, surplombée d’un arceau d’érables, elle menait à un portail à toit de chaume et de mousse où on avait planté des iris et où s’alanguissait la dentelle des feuilles. C’était, en réalité, plus qu’une allée ; un voyage, se dit Rose ; une voie vers la fin ou vers le commencement."     

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