Le prix Médicis est décerné à Luc Lang pour "La tentation"

Luc Lang arrive au restaurant La Méditerranée, à Paris, pour recevoir le prix Médicis pour son roman \"La tentation\" (Stock), le 8 novembre 2019
Luc Lang arrive au restaurant La Méditerranée, à Paris, pour recevoir le prix Médicis pour son roman "La tentation" (Stock), le 8 novembre 2019 (ERIC FEFERBERG / AFP)

L'auteur avait remporté le prix Goncourt des lycéens en 1998 pour "Mille six cents ventres", publié chez Fayard.

Luc Lang a reçu vendredi 8 novembre le prix Médecis pour son roman La Tentation, publié aux éditions Stock, roman sombre et puissant qui raconte, à hauteur d'homme, l'histoire d'un monde en train de s'effondrer, a annoncé le jury. "J'ai essayé d'écrire une apocalypse", confiait récemment l'écrivain âgé de 63 ans à un journaliste.

En recevant son prix, le romancier, la voix nouée par l'émotion, s'est dit "extrêmement touché". En début de semaine, l'écrivain avait été finaliste malheureux du prix Femina. Il est toujours en course pour le prix Wepler qui sera décerné lundi. La jurée Pascale Roze a salué "la puissance de sa langue, la puissance des scènes qu'il est capable de bâtir". 

Le Médicis étranger a été attribué à l'Islandaise Audur Ava Olafsdottir pour Miss Islande aux éditions Zulma. Le Médicis essai a été attribué à Bulle Ogier et Anne Diatkine pour J'ai oublié aux éditions du Seuil.

Un roman sur un monde qui disparaît

Le héros de La Tentation, François, la cinquantaine, est un chirurgien renommé. Chasseur, on le découvre au début du roman en Savoie tenant dans sa ligne de mire un grand cerf à seize cors. François hésite, tire et blesse l'animal.

Est-ce là que tout commence à basculer ? François choisit de soigner l'animal plutôt que de l'achever. Alors qu'il s'apprête à rejoindre l'animal blessé, une voiture surgit brutalement sur la petite route de montagne. Dans l'habitacle, François croit voir le visage apeuré de sa fille.

François est père de deux enfants. Mathieu son fils exilé à New York est financier international adepte de placements à risques. Mathilde, sa fille, a abandonné ses études de médecine pour suivre un golden-boy, client de son frère, peu scrupuleux. A travers ses enfants, François est le témoin d'un monde, le sien, en train de disparaître.

Une écriture au scalpel pour raconter la fin des illusions

L'écrivain, qui aime les mots rares, écrit avec la précision du chirurgien maniant son scalpel. Le roman s'achève dans une explosion de violence, une apocalypse où, étrangement, l'espoir demeure. "Je voulais une apocalypse joyeuse", avait confié l'écrivain. Une apocalypse comme une rédemption.

Luc Lang, Goncourt des lycéens en 1998 pour Mille six cents ventres (Fayard), nous raconte depuis des années à travers ses romans la fin des illusions. Dans un monde où l'argent est roi quelle place reste-t-il pour des valeurs devenues ringardes comme l'humanisme, la compassion ou la charité ? "Le capitalisme universel est devenu la réalité et nous laisse sans recours", déplorait Luc Lang lors de sa rencontre avec l'AFP.

Dans le monde cupide et sans affect incarné par ses enfants, François le chasseur de La Tentation, François l'honnête homme au sens qu'il avait au XVIe siècle, n'est-il pas devenu la proie comme le cerf qu'il tenait dans sa ligne de mire ?

L'an dernier, le prix Médicis avait été décerné à Pierre Guyotat pour Idiotie (Grasset).

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