La mort de Judith Kerr, auteure du roman "Le Tigre qui s'invita pour le thé"

Judith Kerr dans sa maison de l\'ouest de Londres, le 12 juin 2018
Judith Kerr dans sa maison de l'ouest de Londres, le 12 juin 2018 (TOLGA AKMEN / AFP)

Écrivain britannique d'origine allemande, elle avait 95 ans.

"C'est avec une grande tristesse que nous annonçons la mort de notre auteure et illustratrice bien aimée, Judith Kerr", a annoncé jeudi sa maison d'édition HarperCollins sur Twitter. L'auteur a succombé à une courte maladie, a précisé la même source.

"C'était une artiste et une conteuse extrêmement talentueuse qui nous a laissé une œuvre extraordinaire", a déclaré Charlie Redmayne, le PDG de HarperCollins.

Née à Berlin le 14 juin 1923, écrivain britannique d'origine allemande, Judith Kerr avait fui, enfant, l'Allemagne avec sa famille en 1933, sa famille étant d'origine juive, et s'était réfugiée à Londres.

Judith Kerr publia en 1968 le célèbre Tigre qui s'invita pour le thé, traduit et vendu à plus de 5 millions d'exemplaires dans le monde. Cet ouvrage est une histoire pour enfants qu'elle avait à la fois écrite et illustrée. "C'était une histoire du soir que j'avais imaginé pour ma fille de trois ans", racontait à l'AFP l'auteure en 2018 dans le salon de sa maison en briques où elle a élevé ses enfants Matthew et Tacy. Son époux, l'écrivain et scénariste Nigel Kneale, était en déplacement et sa femme et sa fille "s'ennuyaient beaucoup". "Nous espérions que quelqu'un vienne et j'ai pensé qu'un tigre serait assez sympathique."

Plus de cinquante ans plus tard, le livre reste très populaire outre Manche et a fait l'objet d'une adaptation au théâtre.

Judith Kerr a également signé une série d'ouvrages pour la jeunesse à succès consacrés à son chat Mog.

Un roman qui relate la fuite loin du régime nazi

Elle s'est également illustrée par une trilogie semi-autobiographique, Out Of The Hitler Time, dont le premier livre s'intitule Quand Hitler s'empara du lapin rose (When Hitler Stole Pink Rabbit), publié en France chez Albin Michel Jeunesse.

Ce premier volet, qui figure au programme des écoliers allemands, relatait la fuite de la famille Kerr face à la menace nazie.

En février 1933, un policier anonyme appelle le père de Judith, Alfred Kerr, critique de théâtre et dramaturge opposé au nazisme. "Mon père était cloué au lit avec la grippe et cet homme l'appelle et lui dit : Ils veulent confisquer votre passeport, vous devez quitter le pays immédiatement." Alfred Kerr comprend immédiatement la situation et prend le premier train pour la Suisse, où le rejoignent quelques jours plus tard sa femme et leurs enfants, un jour seulement avant l'avènement des nazis.

Pour la jeune Judith et son frère, cette fuite - la Suisse, la France et enfin l'Angleterre - prend des allures d'aventure. Ils ne réaliseront que plus tard l'angoisse dans laquelle étaient plongés leurs parents, terrifiés et sans ressources.

Des écoles primaires à son nom

Aujourd'hui, deux écoles primaires portent le nom de l'auteure, l'une à Berlin, non loin du quartier de Grunewald, où vivait la famille Kerr, et l'autre dans le sud de Londres.

Judith Kerr expliquait le succès du livre par le fait qu'"à l'époque de sa publication, les Allemands n'avaient pas réussi à parler du passé à leurs enfants". Pour elle, le livre a été un "moyen facile" d'évoquer cette période.

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