"Kyoto song", l’écrivaine Colette Fellous nous embarque dans un voyage intérieur au Japon

L\'écrivaine Colette Fellous
L'écrivaine Colette Fellous (ANDERSEN ULF/SIPA / SIPA USA)

Un récit en forme de rêverie érudite, rythmé par les haïkus, le cinéma japonais, et les réflexions d’une petite fille de dix ans.

Colette Fellous était partie, pour écrire son énième roman, chercher l’inspiration dans un lieu cher qu’elle n’avait plus arpenté depuis plus de dix ans. Elle est revenue de ce voyage en compagnie de sa petite fille avec un récit aérien, parsemé d’art japonais et de réminiscences douloureuses, adoucies par de douces rêveries au présent. Kyoto song, de Colette Fellous, est paru le 6 février 2020 aux éditions Gallimard. 

Peut-on se choisir un nouveau pays natal ? C’est une question lancinante et oxymorique que se pose Colette Fellous tout au long des pages de son dernier récit de voyage. Ecrivaine déracinée du pays aimé, qui a grandi dans les lumières et les pastels de Sidi Bou Saïd, dans la banlieue de Tunis, elle fait correspondre ces sensations enfouies avec celles qu’on pourrait appeler non pas des madeleines de Proust, mais plutôt des gâteaux au thé Matcha de Colette.

Un récit initiatique en forme de transmission

Peut-on se choisir un nouveau pays natal, donc. A cette question, les mots du récit répondent mille fois oui, un pays littéraire, artistique, qui apaise, inspire l’écrivaine, qui ainsi peut à son tour faire voyager les lecteurs avec elle dans les lieux aimés. Arpentant Kyoto, l’ancienne capitale impériale du Japon, la ville aux mille temples figés dans le temps, la grand-mère fait découvrir à sa petite fille une culture qu’elle affectionne, et en retour reçoit le regard neuf de celle qui "rêvait d’être encore une enfant pour découvrir le Japon". Parsemé de haïkus, ces courtes phrases qui composent un poème japonais, de littérature française et japonaise, de réflexions sur la fugacité de l’écriture, ce récit initiatique en forme de transmission et d’aller-retours entre les générations nous emporte avec légèreté dans l’intimité de son auteur : "On remarque d’abord / le visage des pêcheurs / puis les pavots en fleurs. J’aurais aimé dire aussi à Lisa le lien d’amitié qui se crée parfois avec certains livres ou certains films, avec des auteurs, des actrices, des cinéastes, des chanteurs, des artistes, ou même avec des passants qu’on a frôlé d’un regard, tout mérite une attention extrême alliée à un léger état de distraction, tout devient plus mystérieux, plus dense, tout peut s’orchestrer, devenir musique. » Une douce déambulation physique et psychique bienvenue pour s’échapper en ces temps de confinement…  

Couverture de \"Kyoto song\", de Colette Fellous
Couverture de "Kyoto song", de Colette Fellous (GALLIMARD)

Extrait : "Dans le prunier blanc, la couleur se change en aube. Quelque chose naît et disparaît, toujours. Dans un même mouvement. Et c’est là que le ravissement surgit, la beauté aussi. Le roman essaie de rendre compte de cet événement inoui, naître et disparaître au même moment. Il rassemble, examine, compte et recompte. Les jours, les lettres, les mots, les dates, les échos, il veut comprendre. Il devient essai, c’est bien ça. Il utilise très peu de mots, toujours les mêmes, il choisit de dire avec peu de choses."   

Kyoto song, de Colette Fellous, est paru le 6 février 2020 aux éditions Gallimard, 183 pages, 20€ (14,99€ en format ePub).

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