Après 100 ans de rivalité familiale, Gibert Joseph est prêt à sauver son frère Gibert Jeune de la liquidation judiciaire

La librairie Gibert Jeune, sur la place Saint-Michel à Paris, en mai 2017.
La librairie Gibert Jeune, sur la place Saint-Michel à Paris, en mai 2017. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Le tribunal de commerce de Paris devrait se prononcer, mercredi, sur le rachat de Gibert Jeune. Gibert Joseph est le seul repreneur. Les syndicats attendent plus d'informations avant de se réjouir de la nouvelle.

Une petite révolution à Paris. Gibert Joseph et Gibert Jeune, les deux librairies mythiques du quartier Saint-Germain sont en voie de réconciliation. Plus exactement, la première s'apprête à racheter la seconde. Le tribunal de commerce de Paris devrait donner son feu vert, mercredi 17 mai.

Vous ne le saviez peut-être pas mais ces deux enseignes n'appartiennent pas au même groupe. Pourtant, elles ont été créées par une même famille. Depuis la loi Jules Ferry du 28 mars 1882, l'école est obligatoire : à Saint-Etienne, un professeur de lettres se saisit de cette occasion et en 1886, Joseph Gibert s'installe à Paris. Deux ans plus tard, il ouvre un magasin boulevard Saint-Michel pour vendre des livres scolaires d'occasion : l'enseigne Gibert est née.

Un mariage après 100 ans de rivalité familiale

Joseph Gibert meurt en 1915 avant que sa famille ne se déchire. En 1929, la société est scindée en deux : tandis que le fils cadet garde les librairies près du quai de Seine, en prenant le nom de Gibert Jeune, le fils aîné part en ouvrir une autre, à son nom, 200 mètres plus haut sur le même boulevard. C'est Gibert Joseph. Les deux librairies sont désormais concurrentes.

Pour autant, près de 100 ans plus tard, les salariés ne se sentent pas en opposition frontale. "C'est une scission qui apparemment était d'un commun accord. Cela n'a pas été l'issu d'un conflit familial sanglant comme cela a pu être présenté, rappelle Rémy Frey, représentant CGT chez Gibert Joseph. Pour les plus anciens et quelques-uns, il y a encore un peu un esprit de compétition qui a été entretenu pendant toute une période par les deux directions. Une ''guéguerre' respectueuse entre les deux enseignes."

Depuis quelques années, il y a vraiment une prise de conscience que les implantations de ces enseignes sont nécessaires au maintien d'une fréquentation du quartier.Rémi Frey, CGT Gibert Josephà franceinfo

Selon le délégué CGT, les Parisiens qui veulent acheter un livre en magasin viennent ici, à Saint-Michel, parce qu'ils savent "qu'il y a Gibert Jeune et Gibert Joseph et que ce que je ne trouve pas chez l'un, je le trouve chez l'autre". 

Les salariés dans l'attente

La famille devrait donc bientôt être à nouveau réunie. Gibert Jeune est en redressement judiciaire. Seul repreneur, Gibert Joseph est prêt à sauver son frère. Les syndicats y sont plutôt favorables car l'enseigne "est positionnée sur le même secteur, la librairie indépendante" et parce que cela "permettrait de revivifier un peu le quartier en terme de fréquentation des librairies", indique Rémy Frey.

Cela nous tranquillise sur le fait que notre direction cherche à maintenir, sinon développer, son commerce. Sur le projet en tant que tel, bien évidemment on pourrait presque dire qu'on y est favorables.Rémy Frey, CGT Gibert Josephà franceinfo

Bruno Gibert, le PDG de Gibert Jeune, a évoqué de probables économies d'échelle avec ce rachat, sans plus de précisions. Selon la direction, les magasins et les équipes seront maintenus mais, pour le moment, les salariés n'ont pas d'informations précises sur les possibles restructurations. Gibert Jeune compte 170 salariés, contre 220 pour Gibert Joseph. "Les questions sont vraiment sur les conséquences pratiques pour les salariés. Qu'est-ce que cela va impliquer en termes de regroupement, de restructuration etc. ?, s'interroge Rémy Frey. Les seules interrogations qu'on a, ce sont les conséquences pour les salariés."