Affaire Matzneff : publier l'écrivain "devenait de plus en plus problématique", explique Antoine Gallimard

L\'écrivain Gabriel Matzneff en 2015.
L'écrivain Gabriel Matzneff en 2015. (ULF ANDERSEN / AURIMAGES / ULF ANDERSEN / AFP)

L'éditeur explique que la lecture du "Consentement", de Vanessa Springora, lui "a fait prendre la mesure des effets dévastateurs de la manipulation d'un adulte sur une toute jeune fille".

Les éditions Gallimard ont décidé de mettre fin à la commercialisation du Journal de Gabriel Matzneff, auteur visé par une enquête pour viol sur mineur. Antoine Gallimard, le PDG de la maison d'édition, justifie cette décision dans une interview au Journal du dimanche.

"Je le considère comme un écrivain, mais j'ai toujours été gêné que le Journal fasse état de faits réels concernant des personnes vivantes", explique l'éditeur. "Bien sûr, j'ai eu des doutes" quant au bien-fondé de la publication du Journal de l'écrivain, reconnaît-il, soulignant au passage son opposition à "toute forme de censure".

Je sentais bien que le lien, la tension entre ses écrits et la vie réelle devenait de plus en plus problématique et que l'esprit de transgression ne pouvait seul en justifier la programmation.Antoine Gallimarddans "Le Journal du dimanche"

La maison d'édition a annoncé mardi l'arrêt de la vente du Journal de Gabriel Matzneff qu'elle publiait depuis trente ans, à la suite du témoignage de Vanessa Springora dans Le Consentement, livre qui jette une lumière crue sur les pratiques pédophiles de l'écrivain de 83 ans, désormais visé par une enquête pour "viol sur mineur". C'est la première fois que Gallimard prend une telle mesure.

"Entendre la souffrance des autres"

"Quand j'ai entendu parler du Consentement, avant sa mise en librairies, je ne pensais pas bouger", raconte Antoine Gallimard. "Mais, ajoute-t-il, au-delà du débat sur la qualité littéraire du texte, j'ai été très touché par la lecture du livre de Vanessa Springora. Elle m'a fait prendre la mesure des effets dévastateurs de la manipulation d'un adulte sur une toute jeune fille."

Dans le 'Journal' de Gabriel Matzneff, il y avait une part manquante : la victime.Antoine Gallimarddans "Le Journal du dimanche"

C'est ce texte qui a "motivé" sa décision, assure Antoine Gallimard, car sa "responsabilité d'homme et d'éditeur est aussi d'entendre la souffrance des autres".

Après Gallimard, trois autres maisons d'édition – La Table Ronde (groupe Madrigall, contrôlé par Antoine Gallimard), Léo Scheer et Stock – ont annoncé qu'ils cessaient la commercialisation d'ouvrages de l'écrivain.

Vous êtes à nouveau en ligne