A Abidjan, dernier hommage à Bernard Dadié, "père de la littérature ivoirienne"

L\'écrivain Bernard Dadié reçoit le premier prix Jaime Torres Bodet de l\'Unesco, le 11 février 2016 à Abidjan.
L'écrivain Bernard Dadié reçoit le premier prix Jaime Torres Bodet de l'Unesco, le 11 février 2016 à Abidjan. (Sia Kambou / AFP)

Le père de la littérature ivoirienne, l'écrivain Bernard Dadié, décédé à l'âge de 103 ans, a été inhumé vendredi à Abidjan en présence d'une foule importante et après des hommages militaires. "Ecrire est, pour moi, un désir d'écarter les ténèbres, un désir d'ouvrir à chacun des fenêtres sur le monde", disait ce géant de la littérature africaine.

Requiem à la cathédrale Saint Paul du Plateau

Une foule composée d'anonymes et de personnalités politiques, dont le ministre ivoirien de la Culture, Maurice Bandaman, l'ex-première Dame Simone Gbagbo ou l'ancien Premier ministre Charles Konan Banny, ont assisté à la messe de requiem à la cathédrale Saint Paul du Plateau.

Le cardinal d'Abidjan, Mgr Jean-Pierre Kutwa, a décrit "un homme affectif cultivant l'amour et vénérant la vérité". "Nous avons besoin aujourd'hui dans notre Côte d'Ivoire de beaucoup d'amour et beaucoup de vérité pour que notre pays (...) soit toujours debout pour des siècles et des siècles", a affirmé le religieux dans son discours. 

Après la messe, trois détachements de l'armée ivoirienne ont rendu les honneurs militaires à l'écrivain dont le cercueil, recouvert du drapeau national orange-blanc-vert, était dressé sur le parvis de la cathédrale, avant son enterrement au cimetière de Williamsville-Adjamé.

Dadié a touché à tous les genres littéraires

Considéré comme le "père de la littérature ivoirienne", Bernard Binlin Dadié est l'auteur d'une oeuvre prolifique dans laquelle il a abordé tous les genres : poésie, roman, chroniques, contes traditionnels et théâtre.

Né en 1916 à Assinie (sud-est de la Côte d'Ivoire) et décédé le 9 mars dernier, l'écrivain était "un homme convivial, affable, accessible", explique M. Bandaman. Grand par la taille et précoce intellectuellement, Dadié est formé à l'école française en Côte d'Ivoire puis à Dakar, et se fait connaître dès 1934, à 18 ans, avec une pièce de théâtre satirique, "Les Villes", devenant le premier auteur de théâtre d'Afrique francophone.

En 1950 il publie un recueil de poèmes engagés, "Afrique debout !", qui dénonce les relations de domination entre Blancs et Noirs dans l'Afrique coloniale. Dès ses premiers écrits, l'auteur de la pièce "Béatrice du Congo" milite pour l'indépendance d'une Côte d'Ivoire alors française. Il exalte le "haut idéal de libération qui doit être celui de tout Noir".

"Cimbié", son autobiographie romancée

Son autobiographie romancée, "Climbié", parue en 1952, est sans doute son oeuvre la plus célèbre, exprimant les dilemmes identitaires de la jeunesse noire alphabétisée, très critique vis-à-vis du colonialisme. Dans la même lignée, son roman "Les jambes du fils de Dieu", publié en 1980, remporte aussi un franc succès. Tout comme ce poème au titre évocateur: "Je vous remercie mon Dieu de m'avoir créé noir!"

Ses livres de contes, "Légendes africaines" (1954) et "Le Pagne noir" (1956), puisent dans la tradition orale africaine. Là encore, il est un précurseur, insistant sur l'importance de la transmission des racines culturelles africaines.

Sa trilogie romanesque "Un Nègre à Paris" (1959), "Patron de New York" (1964) et "La Ville où nul ne meurt" (1969) conte avec ironie la confrontation de l'homme africain avec les métropoles occidentales. Elle lui vaudra deux fois le grand prix littéraire d'Afrique noire.

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