Le ministre de la Culture brésilien démis de ses fonctions après son discours inspiré de Joseph Goebbels

Le ministre de la Culture brésilien Roberto Alvim le 16 janvier 2020.
Le ministre de la Culture brésilien Roberto Alvim le 16 janvier 2020. (SECRETARIA DA CULTURA GOVERNO DO BRASIL)

Le ministre de la Culture brésilien Roberto Alvim, lors d'un discours annonçant le nouveau "Prix national des Arts", s'est inspiré d'un discours du ministre de la propagande nazie, provoquant l'indignation de la communauté artistique et politique. On apprenait vendredi après-midi son limogeage.

Les références sont flagrantes et inquiétantes. Jeudi 16 janvier, les brésiliens découvraient sur Twitter le discours de Roberto Alvim, ministre de la Culture du gouvernement Bolsonaro, annonçant la création d'un "Prix national des Arts". La vidéo mise en ligne par le ministère montre le ministre à son bureau, sous le portrait du président d'extrême-droite et à côté d'une étrange croix en bois, avec comme musique de fond l'opéra Lohengrin de Richard Wagner. 

"Nous voulons une culture dynamique, mais aussi enracinée dans la noblesse de nos mythes fondateurs" déclare le ministre. "La famille, le courage du peuple et son lien profond avec Dieu guident notre action dans la création de nouvelles politiques publiques. Les vertus de la foi, de la loyauté, du sacrifice de soi et de la lutte contre le mal seront directement liées à la création des oeuvres d'art"

"...ou ne sera pas"

Une déclaration qui pose déjà de nombreuses questions, mais sans commune mesure avec celle qui suit. "L'Art brésilien de la prochaine décennie sera héroïque et national. Il sera dôté de grandes capacités d'implication émotionnelle et sera impératif, puisque profondément lié aux aspirations urgentes de notre peuple, ou ne sera pas".

Une déclaration qui a tout de suite provoqué un tollé sur les réseaux sociaux, où de nombreux internautes ont fait le lien avec une déclaration du ministre de la propagande nazie Joseph Goebbels : "l'art allemand de la prochaine décennie sera héroïque, fondamentalement romantique, objectif et libre de sentimentalisme, il sera national avec beaucoup de pathos et également impératif et rassembleur, ou ne sera pas".

"Ils ne se cachent même plus..."

Le choix de Lohengrin comme musique de fond a aussi éveillé les soupçons des internautes, puisque cet opéra est cité par Hitler, dans son autobiographie, comme ayant marqué sa vie.

Les réactions de la sphère artistique brésilienne ne se sont pas faites attendre. L'écrivain Antonio Prata a déclaré sur Twitter : "triste époque où les personnages politiques actuels sont plus caricaturaux que les plus pathétiques des caricatures". Le célèbre rappeur Marcelo D2 s'est aussi indigné : "ils ne se cachent même plus..."

Le réalisateur Kleber Mendonça, qui avait gagné le Prix du Jury à Cannes pour Bacurau a déclaré sur Twitter que "il semblerait qu'une armée de clown tristes aient pris le contrôle du navire".

De son côté, le ministre s'est défendu en déclarant sur Facebook que ces références étaient de pures "coïncidences rhétoriques".

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