"Nous, nous savons ce que notre ville vaut" : à Niort, Michel Houellebecq ne s'est pas fait que des amis

L\'écrivain français Michel Houellebecq à Paris, le 20 novembre 2018.
L'écrivain français Michel Houellebecq à Paris, le 20 novembre 2018. (GINIES / SIPA)

Dans "Sérotonine", le dernier roman de l'écrivain qui sort vendredi, le personnage principal qualifie la commune des Deux-Sèvres de "l'une des villes les plus laides" qu'il lui ait été donné de voir. 

Il faut pousser la lecture jusqu'à la page 45. "C'est dans un état d'exaspération avancée que j'arrivai à Niort, une des villes les plus laides qu'il m'ait été donné de voir." Dans Sérotonine, son dernier roman qui paraît vendredi 4 janvier, Michel Houellebecq n'y va pas avec le dos de la cuillère pour évoquer la préfecture des Deux-Sèvres. Enfin, ce n'est pas l'écrivain directement qui le dit. Mais son personnage principal, Florent-Claude Labrouste, qui semble garder un souvenir particulièrement ému de "l'hôtel Mercure-Marais Poitevin", au point de parler... d'"humiliation".

Capture d\'écran de \"Sérotonine\", le roman de l’écrivain Michel Houellebecq, sorti le 4 janvier 2019.
Capture d'écran de "Sérotonine", le roman de l’écrivain Michel Houellebecq, sorti le 4 janvier 2019. (RAPHAEL GODET / FRANCEINFO)

Les extraits, parfois déformés ou grossis, ont rapidement fait le tour de la ville de 61 000 habitants. "C'est vrai que ça fait pas mal causer ces derniers jours, reconnaît le maire Jérôme Baloge, auprès de franceinfo. Certains ont bien failli s'étouffer. Il y a une réaction de fierté, d'ego chez les habitants. Voir sa ville décrite comme l'une des plus moches qui existent, c'est un peu violent. Mais nous, nous savons ce que Niort vaut, son activité économique incroyable, son patrimoine incroyable, son histoire incroyable." 

Je me demande bien si Michel Houellebecq est vraiment venu dans la ville. Si oui, quand ?Jérôme Baloge, maire de Niortà franceinfo

Vexé, l'élu UDI ? "Pas du tout, je vais même être beau joueur : Michel Houellebecq est le bienvenu !" Comprendre : si l'écrivain s'ennuie de nouveau en circulant sur l'A10 un jour, "qu'il vienne nous voir !" 

Guillaume Chiche, député de la majorité dans la première circonscription des Deux-Sèvres, a aussi fait savoir sur Twitter que la porte de sa permanence parlementaire est ouverte, au cas où l'auteur voudrait venir.

"Et si les Niortais boycottaient son dernier livre ?"

Certains ont moins d'humour. Romain Boeuf-Alary, référent des "Jeunes avec Macron" dans le département voisin de la Charente-Maritime, appelle carrément au boycott de Sérotonine

Le maire n'est pas favorable à un boycott. "C'est de la littérature, de la fiction, il a le droit d'écrire cela !", coupe Jérôme Baloge, qui rappelle que la ville a déjà vu grandir deux Prix Goncourt, Mathias Enard, récompensé en 2015, et Ernest Pérochon, qui l'a obtenu en 1920. Même son de cloche à la rédaction de La Nouvelle République, qui a qualifié le passage en question d'"attaque gratuite" il y a quelques jours dans ses colonnes. "On a dit ce qu'on en pensait, point final. Pas question d'appeler les lecteurs au boycott ou de publier une tribune, précise à franceinfo l'un des journalistes du quotidien régional. On fera notre travail comme pour n'importe quelle sortie marquante de livre, c'est-à-dire qu'on ira dans les allées des librairies voir l'accueil qui lui est réservé. Pas plus, pas moins."

A la Librairie des Halles, la plus importante de la ville, on a commandé une centaine d'exemplaires de l'ouvrage "bien avant d'avoir pris connaissance de tout ce bruit". Sa directrice assure à franceinfo préparer "la sortie d'un livre-événement" et "pas la sortie d'un livre dont le personnage principal dit du mal de Niort".

On a même lancé une demande pour que Michel Houellebecq vienne en dédicace.la Librairie des Halles, à Niortà franceinfo

Si c'est le cas, monsieur le maire recevra son carton d'invitation. En attendant, il se pourrait bien qu'il fasse une allusion humoristique "au Niort de Michel Houellebecq" dans un prochain discours. C'est en tout cas ce qu'il a glissé à franceinfo. "Il faut juste trouver la bonne occasion."

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