Faut-il se déguiser pour être un bon espion ?

Un agent de la Stasi essaie des déguisements lors d\'un séminaire en ex-RDA.
Un agent de la Stasi essaie des déguisements lors d'un séminaire en ex-RDA. (SIMON MENNER / BSTU 2013 )

Des photos retrouvées dans les archives de la Stasi, l’ancienne police secrète est-allemande, confirment ce que les romans d’espionnage nous apprennent : les espions se travestissent pour remplir leurs missions. Mais est-ce une bonne chose ?

Créé en 1950 sur le modèle du KGB russe, le ministère de la Sécurité d’Etat est-allemand, plus connu sous le nom de Stasi, a employé jusqu’à la fin de la guerre froide près de 300 000 agents. Ses archives, mises à la disposition du public, ont été décortiquées pendant deux ans par l’artiste allemand Simon Menner. Parmi les photos découvertes, celles d’agents secrets essayant divers déguisements.

Outre le fait que ces clichés vintage, pris dans les années 1960-1970, nous semblent un peu absurdes, une question se pose : un agent doit-il se déguiser pour être un bon espion ?

Oui, et ça s’apprend

Compilées dans l’ouvrage Top Secret : Bilder aus den Archiven der Staatssicherheit / Images from the Archives of the Stasi, les photos découvertes par Simon Menner montrent que les espions est-allemands participaient à des séminaires de formation. Avant de se perfectionner dans la filature, la surveillance de boîtes aux lettres ou la photographie à charge de chambres d’adolescents, les futurs agents secrets fraîchement recrutés y apprenaient l’art du déguisement. Ainsi, savoir se transformer en ouvrier ou en chauffeur de bus faisait partie du tronc commun de la formation.

Un agent de la Stasi déguisé.
Un agent de la Stasi déguisé. (SIMON MENNER / BSTU 2013 )

Oui, et ça marche

La série The Americans, diffusée prochainement sur Canal+ Séries, raconte le quotidien d’un couple d’espions du KGB infiltrés aux Etats-Unis au milieu des années 1980. Cette série, écrite par un ancien agent de la CIA, s’inspire de l’arrestation, en juin 2010, d’une dizaine d’agents dormants aux Etats-Unis. La plupart travaillaient en duo et formaient, aux yeux de leurs voisins américains, une famille parfaite.

Dans The Americans, deux agents russes sont missionnés pour devenir des agents dormants aux Etats-Unis sous l’ère Reagan. Devenus Elizabeth et Philip Jennings, ils s’installent dans la banlieue de Washington et font des enfants. Le jour, ils travaillent dans une agence de voyage et s’occupent de leur progéniture. La nuit, ils planifient des enlèvements et se cachent dans la forêt pour envoyer des informations confidentielles au KGB. Seul moyen pour eux de ne pas griller leur couverture, les déguisements qu’ils enfilent à longueur d’épisodes afin de mener à bien les missions ordonnées par Moscou.

Oui, mais ça n’empêche pas de se faire démasquer

Le 20 janvier 2010, Mahmoud Al-Mabhouh, un haut responsable du Hamas considéré comme le principal fournisseur d’armes au mouvement islamiste dans la bande de Gaza, est retrouvé assassiné dans sa chambre d’hôtel à Dubaï (Emirats arabes unis). Les caméras de surveillance de l’hôtel permettent rapidement d’incriminer onze suspects, tous soupconnés d’appartenir au Mossad, les services secrets israéliens. Même si cet assassinat semble s’être déroulé comme prévu, l’amateurisme dont font preuve les agents secrets, en particulier dans le choix de déguisements grossiers, est mis au jour dans ces vidéos de surveillance. Le mythe de l’agent secret James Bondien en prend un coup.

Oui, mais ça ne suffit pas

En mai 2013, Ryan Fogle, un jeune agent de la CIA attaché à l’ambassade américaine à Moscou, est arrêté par les autorités russes. Il est soupçonné de chercher à recruter un agent. Lors de son arrestation filmée (lien en anglais), Fogle porte une perruque blonde totalement improbable et une casquette de baseball. Il transporte également sur lui une boussole, des billets de 500 euros et un "contrat de recrutement". Un attirail qui n’aurait pas déplu à l’inspecteur Clouseau…

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