Pourquoi Beethoven est-il devenu culte? La Philharmonie de Paris dissèque le mythe

(IAN LANGSDON / EPA)

Portraits, sculptures, mèches de cheveux, l'exposition Ludwig van - le mythe Beethoven, présente un parcours original à la découverte de l'un des musiciens classiques les plus admirés au monde.

Depuis le samedi 14 octobre, la Philharmonie de Paris propose une exposition consacrée au célèbre compositeur allemand Beethoven. Mais ne vous attendez pas à apprendre énormément de choses sur la vie du musicien. L'expo, intitulée Ludwig van - le mythe Beethoven, a choisi de se pencher sur la postérité de l'artiste devenue une icône, une légende, et même un Dieu pour certains.

"Une gueule" qui obsède les artistes

Et c'est vrai que de Stanley Kubrick à Andy Warhol, l'oeuvre et la figure de Beethoven continue de marquer. Même là où on ne l'attend pas. Un sketch de Pierre Desproges, les atermoiements de Snoopy et Charly Brown, une pub pour les matchs de Ligue 1...Dès la 1ère salle de l’exposition, une dizaine d’écrans diffusent Beethoven à toutes les sauces, même les plus surprenantes.

Puis, on commence par la fin : la mort du grand homme, en 1827. Dans une scénographie spectaculaire où l’on évolue dans le noir, le masque mortuaire de Beethoven impressionne, comme il a fasciné des générations d’artistes. "On fige à jamais une image. C'est l'image de Beethoven avec ses yeux exhorbités, avec cette moue qui le défigure. Et ce visage là, cette gueule là, elle va obséder les artistes et elle va assurer à Beethoven une vie posthume, explique Colin Lemoine, le commissaire de l’exposition. " Tous les artistes vont avoir dans leur atelier ce masque de Beethoven comme une forme d'icône du génie qui veille sur la création."

L\'une des oeuvre présentée dans le cadre de l\'exposition Ludwig van - le mythe Beethoven, à la Philarmonie de Paris, du 14 octobre au 29 janvier 2016.
L'une des oeuvre présentée dans le cadre de l'exposition Ludwig van - le mythe Beethoven, à la Philarmonie de Paris, du 14 octobre au 29 janvier 2016. (IAN LANGSDON / EPA)

Un musicien culte parce que maudit

D’une salle à l’autre on découvre ce visage. Ici sculpté par Antoine Bourdelle, là sérigraphié par Andy Warhol. Beethoven prophète, donc, mais aussi Beethoven sanctifié. Une salle consacrée aux reliques intrigue particulièrement, avec cheveux de l’artiste, cornets acoustiques et même un morceau de parquet de la chambre où il est mort.

Mais pourquoi Beethoven suscite-t-il plus ce culte qu’un autre artiste? Le commissaire Colin Lemoine a son idée. "Dès sa mort, Beethoven va incarner l'idée que l'on se fera du génie moderne, articulé autour de deux notions que sont à la fois, l'héroïsme - Beethoven est un artiste qui fait une musique qui emporte- et puis à la fois la malédiction, la surdité étant evidemment la malédiction par excellence. Quoi de mieux qu'un artiste maudit?"

Un artiste maudit devenu aussi symbole de liberté. Jouée lors de la chûte du mur de Berlin, entonnée place Maïdan, lors de la révolution ukrainienne, l’Ode à la joie de la 9e Symphonie de ce compositeur allemand a été choisie hymne d’une Europe politique. C’était en 1970, lors du bicentenaire Beethoven.

L'exposition Ludwig van - le mythe Beethoven, à la Philharmonie de Paris, est à voir jusqu'au 29 janvier.