Sur les bords de Loire, un passionné perpétue la tradition du gyotaku, art ancestral japonais

Détail d\'un Gyotaku de Nicolas Trolonge.
Détail d'un Gyotaku de Nicolas Trolonge. (France 3 Centre-Val-de-Loire / L. Pérot)

Il y a cinq ans, Nicolas Trolonge découvrait le Gyotaku. Depuis, ce passionné d'art et de pêche s'est lancé dans l'exploration de cet art ancestral japonais qui mêle calligraphie et dessin.  

Dans cet atelier lumineux, situé à Tours à deux pas de la Loire, nous sommes bien loin de la mer du Japon. Pourtant, chez Nicolas Trolonge, l'empire du Soleil-Levant est partout. Sur les murs, dans les tiroirs ou étalés sur la table à dessin, les créatures étranges nagent entre deux eaux, entre deux mondes. Ce sont des gyotaku, des représentations à l'encre de Chine de poissons, dont la poésie indéniable a séduit l'artiste.

En japonais, gyo signifie poisson d'eau douce et taku, empreinte. Logiquement, le gyotaku est donc l'art de reproduire sur papier ou tissu, une empreinte de poisson. Selon la légende, au 19e siècle à la fin de l'ère Edo, un seigneur aurait pêché une dorade grise magnifique, un specimen de choix digne de l'empereur lui-même. Ce dernier étant trop loin, le samouraï et ses hommes auraient alors fixé sur papier l'empreinte du poisson afin de l'offrir au souverain.

Plus prosaïquement, l'art ancestral du Gyotaku aurait eu à l'origine une vocation utilitaire : afin de couper court aux discussions sur le poids et la qualité de leur marchandise, des pêcheurs auraient eu l'idée de transférer l'empreinte de leurs prises sur un support, à l'aide d'encre de seiche. Accompagnés d'un texte calligraphié indiquant le lieu et la date de pêche ainsi que les caractéristiques des spécimens, ces "fiches signalétiques" sont devenues oeuvres d'art au XIXe siècle.

Le Gyotaku un art japonais ancestral.
Le Gyotaku un art japonais ancestral. (France 3 Centre Val-de-Loire)

En plus de deux siècles, la technique n'a guère évolué. Le poisson est lavé, séché, enduit d'un mélange à base d'eau et d'encre avant d'être appliqué sur un support, textile ou papier. Commence alors le véritable processus créatif. Car le gyotaku est avant tout histoire d'interprétation. "J'ai fait cinq empreintes différentes", explique Nicolas Trolonge qui exhibe plusieurs représentations du même esturgeon. "A chaque fois, mon interprétation sera différente." Car après le transfert, la silhouette du poisson reste incomplète. Il faut lui donner vie. C'est là qu'entre en action l'artiste. Patiemment, à l'aide d'une plume et d'encre de Chine, il remplit les blancs, s'appuyant sur des photos et sur l'image qu'il se fait de l'animal. Un porcessus de cration presque divin qui aujourd'hui encore fascine.

Vous êtes à nouveau en ligne