Exposition "Marche et démarche" au MAD : la chaussure, accessoire de mode ou instrument de torture ?

Exposition \"Marche et démarche. Une histoire de la chaussure\" au MAD Paris 
Exposition "Marche et démarche. Une histoire de la chaussure" au MAD Paris  (MAD PARIS / HUGUES DUBOIS)

Après "La Mécanique des dessous" (2013) et "Tenue correcte exigée !" (2017), le musée des Arts Décoratifs poursuit l’exploration du rapport entre le corps et la mode avec un volet consacré à l'histoire de la chaussure.

L’exposition Marche et démarche. Une histoire de la chaussure s’interroge sur le statut de cet accessoire de mode indispensable au quotidien. C'est une exploration tout d'abord historique des différentes façons de marcher du Moyen-Âge à nos jours, tant en Occident que dans les cultures non européennes. 500 œuvres - chaussures, peintures, photographies, objets d’art, films et publicités - proposent une lecture de cette pièce vestimentaire.

Le thème de cette exposition est né lors de l’étude, dans les collections du musée, d’un soulier porté par Marie-Antoinette en 1792 qui ne mesure que 21 cm de long et 5 cm de large. Comment cette femme de 37 ans pouvait-elle glisser son pied dans un soulier aussi menu, s'est demandé le commissaire de l'exposition ? Les textes de l’époque révèlent que les dames de l’aristocratie au XVIIIe siècle, puis de la haute bourgeoisie au XIXe siècle, marchaient peu, que leur mobilité était contrôlée et que l’univers urbain leur était hostile : boue, sols irréguliers, pavés.... 

Exposition \"Marche et démarche. Une histoire de la chaussure\". Modèle Raf Simons pour Christian Dior. Paire d’escarpins pour femme, Paris, collection haute couture automne-hiver 2014-2015. 
Exposition "Marche et démarche. Une histoire de la chaussure". Modèle Raf Simons pour Christian Dior. Paire d’escarpins pour femme, Paris, collection haute couture automne-hiver 2014-2015.  (MAD PARIS / CHRISTOPHE DELLIERE)

Nous, on a visité et on a adoré. Voici au moins cinq raisons qui justifient de prendre vraiment le temps de savourer cette exposition.

1Le parcours historique est très riche 

L’exposition s’ouvre sur une analyse de la façon de marcher au quotidien, de l’enfance à l’âge adulte, en Europe, en Afrique, en Asie et en Amérique. Du XVe au XIXe siècle, des facteurs environnementaux - tels les sols irréguliers et boueux - viennent contraindre la marche, imposant l’usage de souliers adaptés.

Exposition \"Marche et démarche. Une histoire de la chaussure\". Sandale pour femme, France, vers 1938. 
Exposition "Marche et démarche. Une histoire de la chaussure". Sandale pour femme, France, vers 1938.  (MAD PARIS / HUGUES DUBOIS)

Les formes des chaussures sont abordées par l’étude de pièces à semelle plate, à talon ou à plateforme qui ont une incidence directe sur le confort du soulier. En France sous l’Occupation, les pénuries engendrent la fabrication de semelles en bois qui entraînent une démarche saccadée et bruyante. 

Exposition \"Marche et démarche. Une histoire de la chaussure\" : sandale pour femme, vers 1942, Paris.
Exposition "Marche et démarche. Une histoire de la chaussure" : sandale pour femme, vers 1942, Paris. (MAD PARIS / HUGHES DUBOIS)

2Le culte du petit pied n'est pas une particularité chinoise 

Comment les femmes adeptes du culte du petit pied, tant en Europe à partir du XVIIe siècle qu’en Chine depuis le Xe siècle, ont-elles pu concilier idéal de beauté et mobilité ? 

Les cultes des petits pieds bandés en Chine, et des pieds contraints en France du XVIIe au XVIIIe siècles, sont dévoilés par des photographies, des moulages, des caricatures et des souliers dont des étonnants "lotus d’or" chinois.

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3Il n'est pas aisé de marcher sur des plateformes

Le parcours historique se termine par un espace où le visiteur est invité à tester la marche via plusieurs modèles extraordinaires de chaussures à plateforme vertigineuse refaits à l’identique par le bottier Fred Rolland pour l’occasion.

Le visiteur peut ainsi chausser sur un parcours de quelques mètres plusieurs modèles de hauteurs différentes. Des barres lui permettent de se tenir solidement pour ne pas perdre l'équilibre tant la hauteur de certaines chaussures compromet la marche. 

Exposition \"Marche et démarche. Une histoire de la chaussure\" au MAD Paris 
Exposition "Marche et démarche. Une histoire de la chaussure" au MAD Paris  (OLESYA OKUNEVA)

4ll faut des chaussures adaptées pour certaines activités

La deuxième partie du parcours est plus contemporaine. Elle aborde des domaines tels que le sport - chaussure de tennis, de course, de basket, de danse - mais s'intéresse cependant peu aux sneakers. A l'heure où la fièvre autour de ces baskets rares est spéculative, il est un peu dommage que ce domaine ne fasse pas l'objet d'une section plus étendue. 

L'exposition aborde aussi la chaussure militaire avec notamment la création de la chaussure d’Alexis Godillot au XIXe siècle ; des chaussures de clowns et celles de Charlie Chaplin sont aussi exposées sans oublier les chaussures magiques telles que les talonnières d’Hermès ou les bottes de sept lieues !

Exposition \"Marche et démarche. Une histoire de la chaussure\" : prototype de la paire de chaussures de clowns de Warren Zavatta. Paris, 2009-2010. Maison Clairvoy
Exposition "Marche et démarche. Une histoire de la chaussure" : prototype de la paire de chaussures de clowns de Warren Zavatta. Paris, 2009-2010. Maison Clairvoy (MAD PARIS / HUGUES DUBOIS)

5Adeptes du fétichisme et créateurs aiment les modèles singuliers 

Une autre section se penche sur le fétichisme avec des chaussures élégantes de cuir aux talons vertigineux et des bottes lacées très haut. Elles évoquent, dans le XIXe siècle bourgeois, le fantasme notamment de la part de clients de maisons closes pour la contrainte des pieds et la démarche entravée. Et pour découvrir ces modèles, le visiteur doit soulever des rideaux noirs. 

En 2007, le bottier Christian Louboutin avait demandé au réalisateur David Lynch de photographier des danseuses du Crazy Horse portant des souliers à talons démesurés dans un univers fétichiste.

Exposition \"Marche et démarche. Une histoire de la chaussure\". Christian Louboutin et David Lynch. Paire de ballerines pour femme, modèle Ballerina Ultima. Paris, 2007
Exposition "Marche et démarche. Une histoire de la chaussure". Christian Louboutin et David Lynch. Paire de ballerines pour femme, modèle Ballerina Ultima. Paris, 2007 (MAD PARIS / HUGUES DUBOIS)

Enfin, une sélection de pièces de 1990 à nos jours, met en évidence des modèles insolites et déroutants avec lesquels il est difficile, voire impossible, de marcher. Les créateurs de mode n'hésitent pas à monter leurs mannequins, le temps d'un défilé, sur des modèles incroyables.... et les chutes sont inévitables !

Exposition \"Marche et démarche. Une histoire de la chaussure\". Modèle Iris Schieferstein, Horseshoes, 2006 Berlin. 
Exposition "Marche et démarche. Une histoire de la chaussure". Modèle Iris Schieferstein, Horseshoes, 2006 Berlin.  (MAD PARIS / HUGHES DUBOIS)

Quelles sont les motivations des créateurs contemporains, davantage artistes plasticiens que bottiers traditionnels – Alexander Mc Queen ou Iris van Herpen – qui réalisent des souliers avec lesquels il est impossible de marcher ? 

Exposition "Marche et démarche. Une histoire de la chaussure" jusqu’au 23 février au Musée des Arts Décoratifs. 107, rue de Rivoli. 75001 Paris. Du mardi au dimanche de 11h à 18h.

Affiche de l\'exposition \"Marche et démarche. Une histoire de la chaussure\" au MAD Paris
Affiche de l'exposition "Marche et démarche. Une histoire de la chaussure" au MAD Paris (MAD)

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