Corinne Dadat, une femme de ménage sur les planches du théâtre de la Colline

Corinne Dadat et Mohamed El Khatib.
Corinne Dadat et Mohamed El Khatib. (Capture d'écran reportage France 3 - Basse Normandie)

Corinne Dadat, femme de ménage, interprète son quotidien dans une pièce chorégraphiée de Mohamed El Khatib au théâtre de la Colline à Paris.

Une femme de ménage sur une scène, mais pas pour y passer la serpillère : Moi, Corinne Dadat est un spectacle de Mohamed El Khatib, actuellement au théâtre de la Colline à Paris. Avec beaucoup d'humour, le metteur en scène-chorégraphe dirige cette femme de ménage rencontrée à Bourges. Depuis trois ans, ils ne se quittent plus.

"Tu ne disais jamais bonjour !"

L'histoire commence mal, Mohamed El Khatib anime un atelier de théâtre dans un lycée de Bourges, là où travaille Corinne Dadat, femme de ménage, 53 ans. "Tu ne disais jamais bonjour, dit le premier, quand je suis venu te voir..." "Ben oui, lui répond la seconde. Les gens ne disent jamais bonjour. Alors ça m'a fait du bien, quand tu m'as posé cette question là..."

Corinne Dadat, une femme de ménage sur les planches du théâtre de la Colline
--'--
--'--

"Il a fallu le temps de s'apprivoiser mutuellement. Le temps que s'installe une confiance... Ce qui m'a frappé, c'est sa capacité à apprendre l'espace, une forme de virtuosité dans le ménage, une extrême précision", explique Mohamed El Khatib. "J'ai dit oui tout de suite, se souvient Corinne Dadat. Et pourtant il n'avait rien écrit. Je me suis méfiée au début... Le plus dur, c'est d'attendre que les gens entrent et s'asseoient. C'est horrible ça..."

Une femme de l'ombre dans la lumière, sans pathos

Sur scène, Corinne Dadat improvise chaque soir, épaulée par la danseuse Elodie Guézou, elle tente des chorégraphies. Cash, drôle, elle parle de sa vie : "On est des femmes de l'ombre", dit-elle. Mohamed El Khatib, la met en lumière, sans pathos, ni parole moralisatrice. "Je suis issu d'une famille de culture ouvrière. Quand je vois Corinne, je vois ma mère, d'une certaine manière. Ce sont des gens qui ont une vie extrêmement laborieuse et beaucoup de dignité... Puisque les gens auxquels on souhaite s'adresser ne viennent pas dans les salles de théâtre, on les fait venir sur les plateaux !" En peuplant les plateaux, le metteur en scène espère peupler les salles, un peu plus à l'image de la France d'aujourd'hui, dans sa diversité.

"Dans mon lycée, se souvient Corinne Dadat, il y avait des profs qui ne me disaient jamais bonjour. Et après ma représentation à Bourges, en reprenant le travail, les profs sont passés à côté de moi, et m'ont, là, dit bonjour. Il y en a qui me disaient même "Bonjour Coco ! Faux-culs, va..."

Entre deux spectacles, le retour au travail

Depuis trois ans Moi, Corinne Dadat tourne en France et à l'étranger, entre deux spectacles, Corinne retourne travailler. "Cela me change, s'amuse-t-elle. Parce que je n'étais jamais sortie de Bourges. Maintenant, je prends le train toute seule, je vais dans les hôtels, je mange dans les restaurants." Il y a bien une chose qui lui manque : son fils de 35 ans, qui vit à La Réunion. Elle espère que lui aussi viendra la voir, malgré les billets d'avion.

>> Moi, Corinne Dadat au théâtre de la Colline à Paris jusqu'au 1er avril et en tournée en France. 

Vous êtes à nouveau en ligne