Le Brexit "distrait" des vrais problèmes du Royaume-Uni, s'indigne le réalisateur Ken Loach au Festival Lumière

le réalisateur britannique Ken Loach au Festival de San Sebestien en septembre 2019.
le réalisateur britannique Ken Loach au Festival de San Sebestien en septembre 2019. (CLEMENS NIEHAUS/GEISLER-FOTOPRES / GEISLER-FOTOPRESS)

Aux yeux du réalisateur britannique Ken Loach, invité du Festival Lumière à Lyon, le Brexit est l'arbre qui cache la forêt.

Interrogé sur le Brexit, sur lequel doivent voter samedi 19 octobre les parlementaires de la Chambre des Communes britannique, Ken Loach, estime que la question qui occupe le Royaume-Uni depuis trois ans n’est qu'"une distraction" face aux dérives de l'ultralibéralisme.

"L'espoir c'est quand les gens se battent"

Toujours aussi engagé, le cinéaste militant anglais, invité du Festival Lumière à Lyon, dont le dernier film Sorry We Missed You, sur l’uberisation, sort mercredi 23 septembre en France, juge que la "nécessité de se battre" n'a "jamais été aussi forte". "Je pense que nous devons combattre cela de toutes les façons possibles, politiquement, en s'organisant, en comprenant les causes de ce qui ne va pas", alors que cette "économie libérale de marché entraîne des baisses de salaires, des fermetures d'entreprises, du chômage, de l'insécurité et l'augmentation de la pauvreté dans de nombreux endroits", a-t-il développé.

Le réalisateur britannique Ken Loach sur le tournage de son film \"Sorry We Missed You\" en 2019.
Le réalisateur britannique Ken Loach sur le tournage de son film "Sorry We Missed You" en 2019. (Copyright Joss Barratt)

"Nous devrions nous trouver renforcés par notre nombre. Nous sommes beaucoup et ils sont peu", a-t-il martelé, estimant qu'il "y a de l'espoir". "L'espoir c'est quand les gens se battent", a-t-il dit lors de sa masterclass, où il dialoguait avec le directeur de l'Institut Lumière Thierry Frémaux et la députée de la France insoumise Clémentine Autain.

Pour cet inlassable combattant, face à cette lutte à mener, "le Brexit est une distraction", car "les gros problèmes que nous connaissons alors que nous sommes dans l'Union européenne, ils seront toujours là quand nous la quitterons". "Et si Boris Johnson est Premier ministre, les problèmes seront encore plus importants".

L’engagement de Ken Loach

L'Union européenne a donné son feu vert jeudi à un accord sur le Brexit négocié juste avant un sommet européen, mais le Premier ministre Boris Johnson va devoir batailler pour le faire accepter par son Parlement. Jeremy Corbyn, le chef du Parti travailliste, principale formation d'opposition au Royaume-Uni, a appelé les députés britanniques à le "rejeter".

Alors que des élections législatives anticipées devraient avoir lieu dans les semaines ou mois à venir au Royaume-Uni, Ken Loach a estimé que le Parti travailliste "répond(ait) à ce dont les gens ont besoin". "Ils ont besoin d'un système de santé, ils ont besoin d'emplois sûrs, ils ont besoin de savoir qu'ils peuvent planifier une vie digne", a-t-il dit.

Dans Sorry We Missed You, film coup de poing en compétition au dernier Festival de Cannes, Ken Loach raconte l'histoire d'un couple, Ricky et Abby, parents de deux enfants, qui travaillent dur sans parvenir à se désendetter. Lassé d'enchaîner les jobs mal payés, Ricky achète une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte, tout en étant embauché par une agence, un travail qui va le mettre encore un peu plus en difficulté.

Le Pacte

L'idée du film est venue à Ken Loach et son scénariste Paul Laverty alors qu'ils visitaient des banques alimentaires (qui fournissent des repas aux plus démunis) pour son précédent film, Moi, Daniel Blake, Palme d'or à Cannes en 2016.

"Il y avait des gens là-bas qui travaillaient, qui n'étaient pas juste des personnes sans emploi ou qui vivaient dans la rue, mais des travailleurs pauvres", a-t-il raconté. "On s'est rendu compte que les deux tiers des nouveaux emplois de ces dix dernières années étaient des emplois précaires". L'histoire de ces emplois, "c'est celle que nous voulions raconter, nous avons senti que c'était nécessaire".

Pour Ken Loach, éternel défenseur des classes laborieuses, "un film qui est simplement de la propagande n'est pas un bon film". Mais, "il y a un lien ombilical entre les joies, les tristesses et les difficultés de notre vie privée et la situation économique et sociale dans laquelle on se trouve", a-t-il ajouté. "On ne peut pas couper le cordon".

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