"Her Smell" : instantanés pleins d'excès sur la chute inexorable d'une rock star

Après 75 minutes de folie desructrice, le film offre à Becky Something un moment de répis et de grâce.
Après 75 minutes de folie desructrice, le film offre à Becky Something un moment de répis et de grâce. (DONALD STAHL)

Elisabeth Moss interprète une chanteuse punk en pleine déchéance, et parvient à exceller dans chaque tableau : l'instabilité erratique et la tendre faiblesse.

Jusqu'à aujourd'hui, Alex Ross Perry n'est pas parvenu à se faire un nom en France. Son nouveau film Her Smell, qui sort ce mercredi 17 juillet, pourrait remédier à cette situation. Au festival de Toronto en 2018, le public était resté mal à l'aise face à cette fable punk crade et sans concession.

Her Smell suit le parcours plein de tumultes de la chanteuse punk Becky Something, incarnée par une extraordinaire Elisabeth Moss (Mad Men, The SquareThe Handmaid's Tale), prise dans les affres de la drogue, de l'alcool et de la maladie mentale. Paranoïaque, dépressive, dépendante, Becky perd le contrôle. Nombreux sont les films de type "rise and fall". Ici, l'ascension et la gloire se passent avant le début du long-métrage, et seule reste la chute. Lente et inexorable.

Inspiration réelle, rendu choc

Le film ne s'embarasse pas à faire de l'exposition. Trois filles fument au fond d'un couloir avant de remonter sur scène pour un rappel, un public crie le nom de sa star, des rails de coke sont sniffés à un rythme d'usine... Le décor est planté en moins de dix minutes. Le reste du film ne sera qu'une mise en situations, toujours douloureuse, des personnages de l'histoire.

Et en premier lieu Becky, chanteuse, guitariste, compositrice et star du groupe Something She, inspirée de vraies rockeuses des années 90 comme Courtney Love et Donita Sparks. Autour d'elle gravitent sa bassiste et sa batteuse, son producteur, sa mère, son ex-mari et sa fille, trois rockeuses représentant la nouvelle garde du punk, et un gourou énigmatique.

Une déchéance inexorable

Cet entourage, nombreux et majoritairement très raisonnable, offre un repère salvateur tout au long du film, mais ne fait pas le poids face à l'instabilité grandissante de Becky Something. Le film se découpe en cinq scènes de 25 minutes, chacune gardant une unité de lieu et se déroulant en temps réel. Les trois premières sont l'occasion de montrer la déchéance de plus en plus grande de la chanteuse, dans des coulisses sombres et poisseux.

Elle se montre violente avec sa famille et ses amis, délire sur sa capacité de contrôle et adopte une posture de paranoïa complète. S'en remettant uniquement au public, elle finit par débarquer sur scène menottée et le nez en sang après avoir menacé sa batteuse avec un tesson de bouteille.

Dylan Gelula, Ashley Benson et cara Delevingne incarnent les membres d\'Akergirls, un groupe de femmes plus jeunes symbolisant la relève de Becky Something.
Dylan Gelula, Ashley Benson et cara Delevingne incarnent les membres d'Akergirls, un groupe de femmes plus jeunes symbolisant la relève de Becky Something. (Don Stahl)

Ces 75 premières minutes sont longues, difficiles, et la performance d'Elisabeth Moss laisse le souffle court. Alex Ross Perry a sciemment écrit Becky Something comme insupportable, incontrôlable, pour mettre le spectateur autant à l'épreuve que les personnages, tous incapables de faire face. Le cinéaste utilise exclusivement une caméra à l'épaule instable, qui tente de suivre les mouvements imprévisibles et les excès erratiques de la star punk, isolée de son environnement par des gros plans incessants. Un choc permanent parfois poussif et inutilement exagéré.

Mourir en rock star ou vivre en has-been

Mais cette épreuve de visionnage est récompensée par la quatrième scène. Ne subsistent que des plans larges et fixes, très lumineux, dans une maison perdue au milieu de la campagne. Becky Something s'est retirée, reprend conscience et sa vie en main. Elle n'est plus seule face à elle-même, mais placée dans un environnement assaini et apaisant. En reprenant superbement Heaven de Bryan Adams au piano, Elisabeth Moss signe un moment de grâce absolu, capable de jouer sur tous les tableaux émotionnels. Elle parvient même à rendre attachante l'insupportable Becky, révélant son combat face à son mal-être chronique. 

"J'ai déjoué la mort", dit-elle, comme étonnée d'avoir survécu pour retrouver le calme. Ultimement, la seule issue de secours de la chanteuse est l'anonymat et l'absolution auprès de sa fille en bas âge. Mourir en rock star, ou vivre en has-been ? A cette question, le cinquième tableau apporte une conclusion douce-amer. La fin d'une épopée dont on n'aura vu que la face sombre, déglamourisant une bonne fois pour toute l'esprit rock 'n' roll.

Elisabeth Moss incarne Becky Something, une rock star à la recherche de son identité.
Elisabeth Moss incarne Becky Something, une rock star à la recherche de son identité. (Potemkine Films)

La fiche

Genre : Drame
Réalisateur : Alex Ross Perry
Acteurs : Elisabeth Moss, Cara Delevingne, Amber Heard, Agyness Deyn, Eric Stolz

Pays : Etats-Unis
Durée : 2h14
Sortie : 17 juillet 2019
Distributeur : Potemkine Films
Synopsis Becky Something est une superstar du rock des années 90 qui a rempli des stades avec son girls band : "Something She". Quand ses excès font dérailler la tournée nationale du groupe, Becky est obligée de compter avec son passé tout en recherchant l'inspiration qui les a conduites au succès.

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