"Ayka", prix d'interprétation féminine à Cannes : le calvaire d'une sans-papiers

Samal Yeslyamova dans \"Ayka\" de Sergey Dvortsevoy
Samal Yeslyamova dans "Ayka" de Sergey Dvortsevoy (Kinodvor / PallasFilm / OtterFilms)

"Ayka" a valu à l’actrice Kazakhe Samal Yeslyamova le prix d'interprétation féminine à Cannes. Deuxième collaboration avec le réalisateur Sergey Dvortsevoy après "Tulpan", "Ayka" suit à Moscou une jeune femme kirghize sans papiers. Elle cherche un travail pour rembourser la mafia à qui elle a emprunté de l'argent. Un parcours désespéré dans une Russie implacable. Apre.

Corvéable à merci

Kazakh comme son actrice, Sergey Dvortsevoy dénonce dans son film le rejet des ex-compatriotes soviétiques originaires des anciennes républiques d'URSS par Moscou. Considérés comme des étrangers, ils constituent une main d'œuvre corvéable à merci, sous payée quand elle l'est, harcelée par les forces de l'ordre corrompues et proie facile des mafias.
Ayka (Samal Yeslyamova) accumule les malheurs. Sans papiers depuis une année, elle vient d'accoucher d'un enfant sans père et doit de l'argent à des mafieux qui la menacent de la vendre à un trafic d'organes. Elle travaille deux semaines dans des conditions sordides sans finalement être payée. Le film s'étend sur l'errance d'Ayka, avec un voyeurisme misérabiliste qui met mal à l'aise. Sergey Dvortsevoy appuie sur l'indifférence des Russes en s'attardant sur une chienne soignée pour une hémorragie, alors qu’Ayka perd son sang dans l'indifférence générale après avoir accouché. 

Politique

L'image est volontairement "sale", les couleurs glauques, ou les plans sont immaculés de neige ; les cadrages bougés évoquent un reportage. Le réalisateur ne filme pas un spectacle, mais une réalité. Sa dramaturgie expose l'échec d'une société russe qui laisse la corruption faire loi, au détriment de l'humain. Samal Yeslyamova, dans une prestation très physique et peu valorisante par son rôle de victime, porte le film sur ses épaules. C'est ce qui a touché le jury cannois.
(Nord Ouest Films)
"Ayka" commence dans la douleur, finit juste avant la tragédie, après avoir traversé angoisse, souffrance, tension et désespoir. Moscou paralysé par la neige rappelle les films de l’Ukrainien Sergei Loznitsa ("Donbass", "Une femme douce"). Comme lui, Sergey Dvortsevoy traite des tensions entre les anciennes républiques soviétiques et Moscou. Leurs films à sujets sociaux dénoncent une politique visant implicitement Poutine, avec en première cible, la corruption. Très géopolitiquement localisé, le sujet d’"Ayka" n’en demeure pas moins universel.
L\'affiche de \"Ayka\"
L'affiche de "Ayka" (Nord Ouest Films)

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Sergueï Dvortsevoy
Avec : Samal Yeslyamova
Pays : Russie, Allemagne, Pologne, Kazakhstan
Durée : 1h40
Sortie : 16 janvier 2019

Synopsis : Ayka vient d'accoucher. Elle ne peut pas se permettre d'avoir un enfant. Elle n'a pas de travail, trop de dettes à rembourser, même pas une chambre à elle. Mais c'est compter sans la nature, qui reprendra ses droits.

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