Rudolph Noureev fait le grand saut dans "The White Crow", son biopic au cinéma

Oleg Ivenko dans \"White Crow\" de  Ralph Fiennes
Oleg Ivenko dans "White Crow" de  Ralph Fiennes (Sony Pictures Classics)

Danseur le plus célèbre de l’histoire du ballet moderne, immense star au-delà de sa discipline artistique pour être le dissident russe le plus médiatisé de la Guerre froide, Rudolph Noureev fait l’objet d’un biopic. "The White Crow" a été réalisé par l’acteur Ralph Fiennes ("La Liste de Schindler") qui passe pour la quatrième fois derrière la caméra.

Plus de 26 ans après la mort du danseur-chorégraphe à Paris en 1993, "The White Crow" est la première biographie filmée consacré à Noureev. Le film, encore sans distributeur en France, alors qu'il s'agit d'une production franco-britannique, a été projeté à Paris fin janvier au festival L'Industrie du rêve et sort en Grande-Bretagne le 22 mars.

Le grand saut vers la liberté

"Je voudrais rester dans votre pays": avec cette simple phrase à l'aéroport du Bourget, près de Paris, le 16 juin 1961, le danseur soviétique de 23 ans échappait à ses gardes du KGB et entrait dans l'Histoire. Le film immortalise la scène extraordinaire où, face à des membres du KGB paniqués essayant de retenir Noureev (joué par le danseur ukrainien Oleg Ivenko), un officier français s'interpose et lance un "On est en France ici !", résumant la dimension politique de ce passage à l'Ouest.

"Le grand saut vers la liberté", titrait le lendemain la presse internationale qui y a vu une victoire du "monde libre", l'année de la construction du mur de Berlin et du voyage de Gagarine dans l'espace. Claude Lelouch s'était inspiré de l'événement dans "Les Uns et les autres" (1981), où Noureev était remplacé par un alter-ego fictif interprété par le danseur argentin Jorge Donn. Ce dernier effectuait un grand saut symbolique au-dessus des barrières douanières de l'aéroport pour échapper à ses gardes du corps.
Ralph Fiennes et Oleg Ivenko dans \"The White Crow\" de Ralph Finnes 
Ralph Fiennes et Oleg Ivenko dans "The White Crow" de Ralph Finnes  (Sony Pictures Classics)

Retours en arrière

"Il a été un traître pour l'Union soviétique mais le meilleur ambassadeur de la danse russe", affirme à l'AFP Ariane Dollfus, auteure de la biographie "Noureev L'insoumis". Reprise dans le film, elle y raconte l’anecdote de la fameuse tournée parisienne du Kirov de Léningrad (actuel Mariinsky de Saint-Pétersbourg), où Noureev avait provoqué l'ire du KGB en sortant avec ses nouveaux amis parisiens, le danseur Pierre Lacotte (Raphaël Personnaz) plus connu comme chorégraphe, mais aussi Clara Saint (Adèle Exarchopoulos), ex-fiancée d'un fils d'André Malraux, alors ministre de la Culture.

"The White Crow" est ponctué de flash-back : la naissance de ce fils de Tatars musulmans à bord du Transsibérien, la misère et la faim à Oufa, dans l'ouest russe, et un père dur opposé à ce que son fils danse. Enfant, "Rudik" n'avait pas de chaussures pour aller à l'école. Après sa mort, une de ses paires de chaussons de danse sera vendue 9.200 dollars. Il y a aussi ses débuts dans l'actuelle Académie Vaganova où il rencontre son mentor, le professeur de ballet Alexandre Pouchkine, interprété avec brio, et en russe, par Ralph Fiennes

Noureev aura une liaison avec la femme de Pouchkine et avec un jeune danseur, Teja Kremke. "Il n'a jamais fait son coming-out mais n'a jamais caché son homosexualité", une fois en Occident, selon Ariane Dollfus. "Noureev a été un visage de la Guerre froide, des rebelles années 60 mais aussi des années sida", précise-t-elle. La maladie emporta la star à 54 ans le 6 janvier 1993.
Oleg Ivenko dans \"White Crow\" de Ralph Fiennes
Oleg Ivenko dans "White Crow" de Ralph Fiennes (Sony Pictures Classics)

Fusionner l’art russe de la danse et l’Opéra de Paris

Le film montre aussi certains de ses légendaires coups de sang... "Une fois, il a jeté un thermos sur la tête d'une ballerine", affirme Ariane Dollfus. Une ancienne ballerine anglaise Beryl Grey, a évoqué comment il pouvait soudainement entrer dans une rage folle, la menaçant une fois avec un couteau.

Le film n'évoque pas la suite de sa carrière internationale après son refuge en France, ni le couple qu'il a formé sur scène avec la grande ballerine britannique Margot Fonteyn.

"La première fois que je l'ai vu danser, j'étais secouée", affirme Brigitte Lefèvre, ex-directrice de la danse à l'Opéra de Paris (1995-2014). Noureev, qui a valorisé le rôle du danseur face à la primauté jusqu’alors donnée aux ballerines, a revisité des classiques un peu partout dans le monde. Ainsi a-t-il renouvelé à l'Opéra de Paris une grande partie de son répertoire. La compagnie qu'il a dirigée de 1983 à 1989 redonne sa version du "Lac des Cygnes à partir du 16 février.

"Il a fait cette fusion entre la danse russe et la compagnie française", estime Mme Lefèvre, soulignant la "technique très exigeante" de ses chorégraphies.

Rudolf Noureev ne fut autorisé à retourner en Russie qu'en 1987 pour revoir sa mère mourante et ne fut réhabilité qu'après sa mort. Son personnage divise toujours les Russes : en 2017, la première du ballet "Noureev" au Bolchoï de Kirill Serebrennikov, aujourd'hui assigné à résidence, avait été retardé de six mois après une controverse sur une photo du danseur nu.
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