VIDEOS. Performance de Lady Gaga, critiques du mur de Trump et discours sur les menstruations : revoyez les séquences les plus fortes des Oscars

Lady Gaga et Bradley Cooper interprètent la chanson \"Shallow\", nommée à l\'Oscar de la meilleure chanson originale, lors de la 91e cérémonie des Academy Awards, le 24 février 2019 à Hollywood.
Lady Gaga et Bradley Cooper interprètent la chanson "Shallow", nommée à l'Oscar de la meilleure chanson originale, lors de la 91e cérémonie des Academy Awards, le 24 février 2019 à Hollywood. (MIKE BLAKE / REUTERS)

La cérémonie n'avait pas de présentateur cette année, et les organisateurs ont choisi de la raccourcir au maximum.

Deux ans après l'incroyable imbroglio de la remise de l'Oscar du meilleur film au mauvais lauréat, il n'y a eu ni énorme surprise ni polémique pour faire dérailler la 91e cérémonie des Oscars, dimanche 24 février. L'absence de présentateur, après l'éviction de Kevin Hart pour des tweets homophobes, a fait que la cérémonie n'était pas aussi riche en blagues et en sketches qu'à l'accoutumée. Mais quelques messages politiques ont animé la soirée, et une performance musicale intense a ému les spectateurs. Voici les passages les plus marquants de la soirée.

Lady Gaga et Bradley Cooper électrisent le public en chantant "Shallow"

Nommée à l'Oscar de la meilleure actrice pour son premier rôle au cinéma, Lady Gaga était déjà une des belles histoires de cette saison des récompenses, et son interprétation de Shallow était un des moments attendus de la cérémonie.

Sa performance intense au côté de Bradley Cooper, qui joue le vieux chanteur de country qui la prend sous son aile dans A Star is Born, est certainement la séquence qui a provoqué le plus de réactions sur les réseaux sociaux, pour l'alchimie qui se dégageait du duo sur scène. "Trouve quelqu'un qui te regarde comme Lady Gaga regarde Bradley Cooper", dit cet internaute qui résume le sentiment général sur Twitter.

Quelques minutes plus tard, Lady Gaga a remporté l'Oscar de la meilleure chanson originale, pour Shallow, devenant la première artiste à remporter la même année un Oscar, un Golden Globe, un Bafta et un Grammy Award (et même plusieurs).

Quelques rares piques contre Donald Trump

L'an passé, les Oscars avaient été marqués par la réaction à l'affaire Weinstein et au mouvement #MeToo, qui avaient éclaté quelques mois plus tôt. Cette année, les discours n'ont pas toujours été aussi percutants. Ainsi, le nom de Donald Trump n'a pas été prononcé sur scène. Mais certains se sont tout de même autorisés des piques en direction du président américain. "Un point pour ceux qui sont perdus : il n'y aura pas de maître ou de maîtresse de cérémonie, pas de catégorie film populaire et le Mexique ne paiera pas pour le mur", a ainsi plaisanté l'actrice Maya Rudolph, qui remettait le premier prix de la soirée. 

"Aucune frontière, aucun mur n'arrête le génie et le talent", a lancé Javier Bardem, en espagnol, avant de remettre le titre de meilleur film étranger à un film mexicain, Roma.

Le chef cuisinier espagnol José Andrés, qui présentait la bande-annonce de Roma, a salué un film qui "nous rappelle la compréhension et la compassion que nous devons tous aux personnes invisibles de nos vies : les immigrés et les femmes, qui font avancer l'humanité !" Récompensé avec l'Oscar du meilleur réalisateur pour ce même film, le Mexicain Alfonso Cuarón a remercié l'Académie d'avoir récompensé "un film centré autour d'une femme indigène" et "une des 70 millions d'employés domestiques dans le monde, sans droits du travail, un personnage historiquement relégué à l'arrière-plan au cinéma."

Enfin, s'il y avait un lauréat qui ne pouvait pas éviter de parler de politique, c'est bien Spike Lee, récompensé de l'Oscar du meilleur scénario adapté pour BlackKkKlansman, son film sur l'infiltration d'un policier noir dans le Ku Klux Klan. Il a dénoncé le "génocide des peuples natifs" des Etats-Unis, et rendu hommage à "nos ancètres volés à Mother Africa" il y a 400 ans, et à sa grand-mère, diplomée d'une université "alors que sa mère avait été une esclave""L'élection présidentielle de 2020 arrive. Mobilisons-nous tous. Soyons tous du bon côté de l'histoire. Faisons le choix moral de l'amour face à la haine", a-t-il lancé, terminant par un clin d'œil à un de ses films les plus célèbres : "Let's do the right thing".

Un témoignage du racisme des années 1960

"C'est une histoire d'amour, qui nous invite à nous aimer malgré nos différences", s'est contenté de déclarer Peter Farrelly, le réalisateur de Green Book, lauréat de l'Oscar du meilleur film. Son long-métrage parle pourtant du racisme dans le sud des Etats-Unis, un sujet qui est loin d'avoir disparu de l'actualité. 

Un peu plus tôt, en revanche, la bande-annonce de Green Book avait été introduite par John Lewis, élu de la Géorgie à la Chambre des représentants, qui était un des leaders du mouvement des droits civiques dans les années 1960 aux côtés de Martin Luther King. "Je peux témoigner du fait que le portrait de cet endroit et ce moment de notre histoire est très vrai. Il est gravé dans ma mémoire, a-t-il expliqué. Notre nation porte les cicatrices du temps, tout comme moi."

Les non-dits de l'équipe de "Bohemian Rhapsody"

Avec quatre récompenses, le biopic de Freddy Mercury a été le plus récompensé de la soirée, et son acteur principal, Rami Malek, a été sacré meilleur acteur. Mais dans son discours de remerciements, comme celui des lauréats des Oscars du meilleurs montage de son, meilleur mixage de son et meilleur montage, il n'y a pas eu une seule mention du réalisateur du film, Bryan Singer. 

Fin 2017, alors qu'il venait d'être viré du tournage (pour des absences injustifiées, selon la production), il a été assigné en justice pour viol sur mineur. Mais un autre homme l'avait déjà accusé de faits similaires en 2014. Ce qui a inspiré à un internaute ce commentaire ironique : "Bohemian Rhapsody a gagné le meilleur montage pour la façon magistrale dont ils ont réussi à faire semblant qu'il n'avait pas été réalisé par Bryan Singer."

Un discours émouvant sur les menstruations

"Je ne suis pas en train de pleurer parce que j'ai mes règles", a plaisanté Rayka Zehtabchi, la réalisatrice de Period. End of Sentence. Ce documentaire sur le combat de femmes indiennes pour un meilleur accès aux protections périodiques a remporté l'Oscar du meilleur court-métrage documentaire. "Je n'arrive pas à croire qu'un film sur les menstruations ait gagné un Oscar !", a poursuivi la jeune femme.

"Je partage ce prix avec les enseignants et les étudiants du monde entier", a acquiescé Melissa Berton, la productrice du film, qui a estimé que les règles "ne devraient pas mettre fin à l'éducation d'une fille", jouant sur le mot "period" qui désigne en anglais à la fois les règles et le point final d'une phrase.

Le discours rafraichissant d'Olivia Colman

Nommée face à Glenn Close, une légende du cinéma, jamais récompensée par les Oscars, Olivia Colman est une lauréate de l'Oscar de meilleure actrice plutôt inattendue. Mais l'actrice britannique de 45 ans, venue du monde des séries (Broadchurch notamment), a charmé l'assistance par son discours drôle et plein de naturel.  "Vous êtes mon idole depuis tellement longtemps, et ce n'est pas comme ça que je voulais que ça se passe", a-t-elle lancé à Glenn Close, qui n'a pas eu l'air de lui en vouloir le moins du monde. Elle a aussi remercié ses enfants "qui regardent à la maison - enfin, si vous ne le faites pas, bravo, mais j'espère quand même que vous le faites".

La joie de Samuel L. Jackson pour Spike Lee, et son scepticisme pour "Green Book"

Samuel L. Jackson était invité à remettre les deux Oscars du meilleur scénario –original et adapté– et le contraste entre ses deux réactions en dit long. L'acteur n'a pas pu contenir sa joie quand il a lu le nom de Spike Lee, dont c'est le premier Oscar, et qui s'est jeté dans ses bras sur scène.

En revanche, quand il a lu le nom de Green Book dans son autre enveloppe, son haussement de sourcils n'est pas passé inaperçu. Il a été vu comme une marque de scepticisme par de nombreux internautes.

Il faut dire que le scénario de Green Book était au cœur d'une polémique. Il raconte l'histoire d'un jazzman noir accompagné en tournée, dans le sud américain raciste des années 1960, par un chauffeur blanc, qui surmonte son propre racisme et devient son ami. Mais la famille du jazzman a accusé le film de mal représenter l'histoire de leur ancêtre, le film suivant le point de vue du chauffeur, dont le fils a co-écrit le scénario.

La victoire d'un "fils d'immigrés" et des récompenses historiques pour les minorités

Rami Malek, est devenu le premier acteur arabe à gagner le titre de meilleur acteur, et c'est la première fois que trois des quatre acteurs récompensés ne sont pas blancs d'origine européenne. Dans son discours, celui qui incarne Freddy Mercury dans Bohemian Rhapsody a rendu hommage à ses parents, "des immigré venus d'Egypte", et s'est félicité d'avoir participé à un film "sur un homme gay, un immigré, qui vivait sa vie en étant simplement lui-même, sans jamais s'excuser".

Depuis 2016 et le mouvement #OscarsSoWhite, qui dénonçait le manque de diversité parmi les nommés et les lauréats des Oscars, une attention particulière est prêtée à cette question. Et les deux victoires de Ruth E. Carter et Hannah Beachler, respectivement à l'Oscar des meilleurs costumes et celui des meilleurs décors, toutes deux pour Black Panther, sont historiques. Avant elles, une seule femme noire avait déjà remporté un Oscar dans des catégories autres que meilleure actrice ou meilleure actrice dans un second rôle. Et c'était en 1984. C'est aussi la première fois que plus d'une femme noire l'emporte dans une même cérémonie des Oscars - elles sont trois cette année, avec Regina King, meilleure actrice dans un second rôle.

Mahershala Ali est, de son côté, devenu le premier acteur noir à l'emporter deux fois dans une même catégorie – meilleur acteur dans un second rôle –, et le quatrième Noir à gagner plusieurs Oscars dans sa carrière.

Par ailleurs, un journaliste mexicain a souligné l'incroyable succès de ses compatriotes dans la catégorie meilleur réalisateur, remportée par un Mexicain à cinq reprises en six ans.

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