Pourquoi Isabelle Huppert a toutes ses chances pour les Oscars

Isabelle Huppert, lors du festival international du film de Marrakech (Maroc), le 4 décembre 2016. 
Isabelle Huppert, lors du festival international du film de Marrakech (Maroc), le 4 décembre 2016.  (COLLET GUILLAUME/SIPA)

La comédienne a décroché plusieurs récompenses aux Etats-Unis pour son rôle dans "Elle", alors que la campagne pour les Oscars bat son plein. 

Distante, énigmatique, glamour, glaciale, puissante, désirable... Tout a été dit et écrit sur Isabelle Huppert, 63 ans, dont 45 années dédiées au cinéma. Grâce à sa performance dans Elle, de Paul Verhoeven, la Française est en course pour l'Oscar dans la meilleure actrice, après avoir déjà remporté un Golden Globe pour sa prestation.

La comédienne ne cesse de décrocher des prix aux Etats-Unis. Elle y défend ce film où elle joue une femme d'affaires dont la vie bascule après un viol. Autant de points marqués alors que la campagne pour les Oscars bat son plein à Hollywood. Franceinfo revient sur les atouts d'Isabelle Huppert dans sa quête pour remporter la précieuse statuette.  

Une carrière vertigineuse

Les données sur la carrière d'Isabelle Huppert donnent le tournis. Plus d'une centaine de films ; des réalisations françaises mais aussi américaines, russes, italiennes ; des collaborations avec Claude Chabrol, Jean-Luc Godard, Maurice Pialat, Jacques Doillon, Michael Haneke, Bertrand Tavernier... Nommée quinze fois aux César, elle décroche celui de la meilleure actrice en 1996 pour La Cérémonie. Deux fois lauréate à Cannes (pour Violette Nozière en 1978 et La Pianiste en 2001), Isabelle Huppert a également était maîtresse de cérémonie et jurée du prestigieux festival.

Une carrière prolifique et des choix exigeants qui l'amènent à jouer tous les rôles ou presque : victime, bourreau, prostituée, bourgeoise, juge, perverse, machiavélique, séductrice, professeure de piano sado-maso... "Le cinéma sert à explorer les passions les plus extrêmes, dans tout ce qu’elles peuvent avoir de scandaleux, de transgressif. Voilà ce que je recherche, comme actrice et comme spectatrice", confie-t-elle à Studio, en mai 2016, alors qu'on l'interroge sur ses rôles d'"ogresses" ou de "mauvaises mères".  

Une image de légende vivante

Isabelle Huppert est une grande actrice et elle le sait. Elle gère parfaitement son image et sait se montrer très exigeante avec les médias, comme le rapportait Libération en 2015. La journaliste chargée d'interroger l'actrice rapporte avoir vacillé "face à tant de calme glacé et une telle obstination à ne pas parler d’elle". Car Isabelle Huppert n'est pas silencieuse, elle parle du cinéma, de ses films et de ses rôles, en maîtrisant à merveille son discours, mais ne s'exprime pas ou peu sur... Isabelle Huppert. Encore moins sur sa vie privée.

A-t-elle conscience d'être intimidante, lui demande Libé : "On me le dit tout le temps. Moi qui suis si timide… Ce n’est pas moi, ce sont des noms comme Godard, Pialat ou Cimino qui s’entrechoquent et auxquels les gens m’associent. Je dois en avoir conscience de manière théorique, mais pas intimement. Vous savez, les gens qui me connaissent bien le savent, que ce n’est pas moi…"

Isabelle Huppert lors d\'une séance photos à Cannes, le 21 mai 2016.
Isabelle Huppert lors d'une séance photos à Cannes, le 21 mai 2016. (ALBERTO PIZZOLI / AFP)

Même (fausse) candeur lorsqu'on évoque ses rôles parfois choquants, à l'image de Elle "Je n’ai pas l’impression de transgresser quoi que ce soit. Peut-être que j’ai tort, peut-être que je suis un peu naïve ou inconsciente... Mais je ne suis ni l’une ni l’autre", assure-t-elle à Paris Match. Sur le verrouillage de son discours, l'actrice explique : "Je laisse juste libre cours à ma nature, qui me pousse vers le confort. Et le confort, pour moi, c’est le silence dans certains contextes." Et elle s'amuse du décalage créé entre la personne publique telle qu'elle est perçue et celle qu'elle est vraiment : "J’ai peu à voir avec les personnages que j’interprète la plupart du temps. Mais si on veut me voir comme ils sont, ça ne me dérange pas. C’est une image... (...) Je n’ai pas le sentiment d’être ce que j’entends parfois. "

Une campagne américaine bien rodée

En voyage aux Etats-Unis pour faire la promotion de Elle, Isabelle Huppert a été distinguée plusieurs fois. Le 13 novembre,  les membres du festival de l'American Film Institute lui ont rendu hommage. Emue aux larmes, elle a reçu le 28 novembre le prix de la meilleure actrice pour Elle aux Gothams Awards, cérémonie dédiée au cinéma indépendant. Le New York Film Critics Circle Awards lui a également remis un prix pour ses performances d'actrices dans Elle et dans L'Avenir, de Mia Hansen-Love. Même récompense pour Elle de la part de l'Association des critiques de films de Los Angeles.  

Nommée aux Golden Globes, Isabelle Huppert ne cesse donc de marquer des points dans la longue course aux Oscars. Elle est désormais bien placée par le site de pronostics Goldderby.com. "Je ne suis pas encore en campagne. J'attends", avance-t-elle prudemment au Journal du dimanche. Pas sûr, toutefois, qu'elle se livre à la même campagne que Jean Dujardin, qui avait décroché l'Oscar en 2012 pour The Artist. A la surprise de la presse professionnelle hollywoodienne (en anglais), Elle ne figure finalement pas parmi les neuf films pré-sélectionnés en lice pour l'Oscar du meilleur film étranger. Mais ce camouflet ne "préjuge en rien de la nomination d’Isabelle Huppert à l’Oscar de la meilleure actrice, décidée par les comédiens de l’Académie", précise Le MondeLa liste des finalistes pour les Oscars sera dévoilée le 24 janvier. 

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